Tiré du nom du photographe canadien qui a mis cette technique en place, l’effet Orton était relativement complexe à mettre en place en argentique. Mais avec les outils numériques, sa réalisation est devenue bien plus simple. Voici comment.

effet orton

Michael Orton est un photographe canadien dont la carrière a débuté dans les années 1980. Un peu plus de dix ans plus tard, il s’est fait remarquer pour une technique particulière qu’il avait mise en place pour donner un aspect pictural à ses images, publiées dans l’ouvrage Once Upon an Island paru en 1992. L’effet en question a alors été baptisé "effet Orton".

Cette technique est née il y a des années de mes recherches pour imiter les aquarelles en plaçant simplement les images hors du plan de netteté. Si vous avez déjà vu des combinaisons d’encre à la plume et d'aquarelle, vous comprendrez d’où vient l'inspiration pour ajouter du détail.

Michael Orton, photographe

La technique originale

Ne disposant à l’époque que des technologies argentiques, Michael Orton avait mis en place un processus de superposition d’originaux où une diapositive contenait l’information de détail — elle était correctement mise au point et surexposée — et la seconde apportait l’information de couleur. Elle était floue et également surexposée pour que l’ensemble présente une densité normale. Cette technique pouvait également être pratiquée avec trois originaux.

Pour que les images se superposent parfaitement, il était nécessaire d’utiliser un trépied, mais surtout de travailler avec un zoom. En effet, Michael Orton explique qu’il commençait toujours par réaliser la photo floue. En faisant ensuite le point progressivement, l’image devenait plus petite. Il était donc nécessaire de zoomer légèrement pour qu’une fois développées les deux images se superposent parfaitement. Autant dire que la procédure n’était pas simple et pouvait conduire à de nombreux ratés en raison d’une mauvaise superposition sur certaines zones.

Si les deux images nettes et floues sont mal superposées, des bords disgracieux apparaissent

Le numérique simplifie la donne

Avec les techniques modernes, il est devenu bien plus simple d'obtenir l’effet Orton. En automne 2011, Photoshop Elements 10 a même intégré une fonction afin de réaliser cette manipulation de manière guidée. En pratique, il est possible de réaliser un effet Orton avec n’importe quel logiciel à condition qu’il gère les calques et les modes de fusion.

L'effet Orton dans Photoshop Elements 10.

Il y a deux méthodes pour réaliser un effet Orton en numérique. La première est la plus proche de la méthode initiale, puisqu’elle consiste à réaliser deux prises de vue successives dans les conditions énoncées ci-dessus, et à les superposer en retouche. Contrairement à l’argentique, il n’est pas nécessaire de surexposer les images à la prise de vue, car on pourra jouer sur l’opacité des calques en post-production, ni de zoomer dans l’image, car on pourra si nécessaire opérer un recadrage dans son logiciel de montage pour superposer parfaitement les deux images. En revanche, cette méthode demande forcément de travailler sur trépied avec un sujet fixe, pour s’assurer de réaliser deux images superposables. Pour ces raisons, nous préférons la seconde solution, qui s'applique sur une seule image initiale et que nous allons vous exposer maintenant.

Effet Orton mono-image

En travaillant à partir d’un seul et même fichier, il est possible d’appliquer l’effet Orton en post-production à n’importe quelle image. Vous pouvez replonger dans vos archives à la recherche d’une photographie que vous auriez laissée de côté, mais qui pourrait ainsi présenter un autre intérêt.

Pour pratiquer l’effet Orton, mieux vaut travailler à partir d’un fichier RAW afin de s’assurer de conserver un maximum de détail, malgré la surexposition que vous allez appliquer à votre image.

effet orton

Vous trouverez sur Internet des méthodes expliquant comment procéder à partir d’un fichier JPEG directement, mais si l'on en juge par nos propres essais, les résultats sont meilleurs si l'on commence par surexposer son image en Raw avant d'effectuer une récupération des hautes lumières pour conserver du détail dans toute l’image. Une fois cette manipulation réalisée, vous pouvez exporter votre fichier en TIFF ou en JPEG et l’ouvrir avec Photoshop.

effet orton

Là, commencez par dupliquer votre calque d’arrière-plan. Vous disposez ainsi de deux calques correspondant aux deux images que Michael Orton réalisait à la prise de vue.

effet orton

Sur le calque du dessus, nous allons appliquer le flou correspondant à ce que nous aurions pu faire à la prise de vue en décalant la mise au point. Photoshop propose plusieurs outils pour réaliser du flou dans une image. On évitera toutes les options de la "Galerie d’effets de flou", qui peuvent conserver des zones nettes tout en appliquant un flou sur d’autres zones. Ici, notre souhait est de rendre toute l’image floue, et c’est l’option "Flou gaussien" qui donne les résultats les plus acceptables. L’intensité du flou va dépendre de l’effet souhaité ; elle est assez difficile à anticiper à cette étape du traitement. Pour cela, on commencera par convertir notre calque en objet dynamique, afin de revenir ultérieurement sur ce réglage.

effet orton

Une fois le calque supérieur flouté, on va jouer sur les options de fusion. Pour que le calque supérieur apporte l’information de couleur et donne l’aspect pictural recherché par Orton tout en récupérant les détails du calque inférieur, on va appliquer une fusion "Produit". On voit immédiatement apparaître les détails du calque du dessous. L’intérêt de procéder de la sorte est qu’une fois cette image obtenue, on va pouvoir jouer a posteriori sur l’intensité du flou du premier calque ainsi que sur son opacité.

effet orton

À partir d’un JPEG

Si vous travaillez à partir d’un JPEG, ouvrez directement votre image dans Photoshop. Commencez par dupliquer deux fois votre arrière-plan. Appliquez alors une fusion "Superposition" à votre calque supérieur : vous obtenez l’image surexposée nécessaire pour pratiquer l’effet Orton.

effet orton

Fusionnez ces deux calques et dupliquez le résultat pour obtenir les deux originaux nécessaires au traitement. Dès lors, exactement comme dans la méthode précédente, Vous pourrez appliquer un filtre flou au calque supérieur avant de procéder à une fusion "Produit". En conservant l’arrière-plan original, vous pourrez jouer sur les masques de fusion pour venir rechercher un peu de détail dans les zones qui auront été cramées par la première étape.

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Une grande variété d’images

En pratiquant l’effet Orton de manière logicielle sur une seule image, il est possible de travailler sur des sujets mobiles, donc d’appliquer cet effet à des portraits. On peut commencer par procéder à une conversion en noir et blanc.

À gauche la photo originale, à droite avec l'effet Orton.

L’effet Orton va donner des résultats très différents en fonction des sujets et permet de multiplier les essais. Les résultats s’approchent parfois de ce que provoque un réglage négatif du curseur de Clarté, mais on peut voir dans les exemples ci-dessous que l’effet Orton se distingue par des détails plus marqués et des images globalement plus dynamiques. Il engendre des images très typées. On fera donc en sorte de ne pas en abuser pour ne pas basculer dans la caricature !

À gauche avec une Clarté négative et à droite avec un effet Orton.

À gauche avec une Clarté négative et à droite avec un effet Orton.

Pour en savoir plus :
> Le site officiel de Michael Orton

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications