Quatrième volet de notre série de tutoriels sur l'initiation à la vidéo ! Après avoir vu les bases de la captation, la grammaire de l'image animée, et l'application concrète à travers la réalisation de votre première interview, nous proposons d'aborder maintenant les bases du montage vidéo. En effet, tout comme la photo n'a d'existence que développée (en chambre claire ou noire), une vidéo ne prend vie qu'à travers la narration portée par un montage. Voici donc quelques points qui vous aideront à comprendre ce que l'on nomme souvent "la troisième écriture".

effet koulechov, koulechov, le montage,

Le montage est avant tout ce qui va soutenir une narration, le fil qui permet de dérouler une histoire dans le temps d'un visionnage. Monter, ce n'est pas simplement accoler des plans bout à bout, c'est aussi une question de sens et de rythme. Contrairement à la photographie, où une image peut se suffire à elle-même, il est rare qu’en vidéo un plan unique suffise à raconter une histoire. Si, pour simplifier, on peut considérer que le montage vidéographique est un assemblage de plans ayant pour but de créer une narration, cette narration repose sur un langage qui répond à des règles grammaticales et syntaxiques. Exactement comme une phrase ne se compose pas de mots accolés dans le désordre, le montage obéit à des lois d’ordonnancement du discours qui facilitent le dialogue entre le réalisateur et le spectateur. Monter, c’est faire prendre vie à l’histoire, et l’histoire repose sur la cohérence du montage. Si vous vous lancez dans la réalisation d’œuvres vidéographiques, il est primordial de comprendre à quel point cette notion est importante, car c’est bel et bien elle qui portera la signification de votre propos.

Plusieurs typologies de montage permettent d’obtenir du sens. Nous ne les énoncerons pas toutes ici, mais voici quelques indispensables.

split screen,

• Le montage cut : les plans se succèdent sans raccord particulier.

• Le montage alterné : deux actions se déroulent au même moment et sont montrées en alternance. Par exemple, lors d'une attaque des Indiens par les Yankees, sur un premier plan un Yankee tire avec son fusil, sur un second plan les Indiens chargent sur leurs chevaux.

• Le montage parallèle : on montre une succession de plans qui permet de créer une corrélation entre deux actions différentes en apparence. Par exemple, un premier plan montre une foule de personnes entrant dans une usine , le plan suivant dévoile une batterie de moutons allant se faire tondre.

• Le flash-back : il expose un retour en arrière dans le temps. Par exemple, on montre un homme contemplant la photo d’une femme ; sur le plan suivant, on retrouve cet homme plus jeune marchant main dans la main avec la femme de la photo.

• L’ellipse : c’est une astuce cinématographique qui permet de faire un saut dans le temps afin d’éviter les longueurs. Par exemple, un plan montre une bande de voyous marchant vers un individu. Sur le plan suivant, on voit ce dernier assommé sur un trottoir.

• Le split-screen : cette méthode de montage divise l’écran en plusieurs parties afin de montrer simultanément plusieurs scènes différentes ou plusieurs points de vue de la même scène.

regard hors champ,

Raccorder les plans

Pour conserver l’analogie avec le langage, on peut considérer que les raccords s’apparentent à la syntaxe du discours. En effet, faire se succéder deux plans sans soigner leur enchaînement reviendrait à écrire deux phrases sans articulation ni transition. Pour écarter toute incompréhension, il faudra veiller méthodiquement à la façon dont deux plans se suivent et se répondent. De plus, les raccords sont la base de ce qui sert la dynamique du montage.

On distingue principalement les raccords de mouvement et les raccords de caméra, afin de créer une cohérence visuelle entre ce que l’on montre à l'écran et ce que l’on veut que le spectateur comprenne.

raccord de plan 30°

• Le raccord de mouvement : sur un premier plan, un personnage s'apprête par exemple à ouvrir un paquet de cigarettes. Sur le plan qui suit plus serré, la main de ce personnage ouvre le paquet et en sort une cigarette. Le raccord se fait sur le mouvement de la main.

• Le raccord de caméra : on utilise souvent des valeurs de plans différentes, les techniques du champ/contrechamp ou encore la règle des 30° pour raccorder deux plans qui s’inscrivent dans la continuité. Par exemple, sur la première séquence, en plan moyen, un homme roule à vive allure sur une route de campagne. Sur le second plan, en plan serré, la main du pilote manie avec dextérité un levier de vitesse.

• Le raccord de regard : dans un premier plan, un personnage regarde par exemple dans une direction hors champ ; dans le plan qui suit, la caméra montre ce que la personne observe, une voiture qui arrive à un rendez-vous.

• Le champ/contrechamp : dans une séquence, on suit une femme de dos qui marche en direction d'un restaurant, puis franchit le seuil. Dans le plan suivant, au moment où elle franchit ce dernier, on bascule sur un plan de face plus large et on voit la femme se faire accueillir par un homme qui l'attendait.

Pour souligner l'importance de l'enchaînement des plans, rappelons ici "l'effet Koulechov" : le cinéaste russe montra qu’en enchaînant trois fois le même plan d’un visage d’homme sans expression en alternance avec trois plans différents (un bol de soupe, un homme mort et une femme allongée sur un canapé), le public interprétait le regard du visage sans expression comme exprimant à merveille la faim, la tristesse et le désir.

En juxtaposant deux plans sans rapport, le spectateur est inconsciemment amené à interpréter les images dans leur succession et à leur donner du sens.

raccord fondu enchaîné

Une des erreurs les plus communes est de vouloir utiliser toute la bibliothèque d’effets de transitions pour créer de l’originalité. Malheureusement, un montage peut vite se montrer indigeste si vous usez de transitions trop farfelues ou multipliez les effets. Une transition ne doit pas attirer l’attention sur elle-même. Elle est l’équivalent d’une ponctuation dans une phrase.

On utilise principalement deux types de fondus de transitions : le fondu enchaîné et le fondu au noir ou blanc. Le premier permet à deux plans de se fondre l’un dans l’autre et de disparaître/apparaître progressivement. Souvent utilisé pour raccorder deux plans fixes, par exemple, on s’en sert pour indiquer un saut dans le temps ou de lieu. Le second est davantage utilisé en fin et/ou début de séquence. Dans tous les cas, évitez de les placer n’importe où. Si un changement de lieu est signifié par un fondu enchaîné, il est préférable de conserver cette "ponctuation" tout au long du montage. Évitez les transitions tape-à-l’œil comme les transitions dynamiques (3D, objet, flou, etc.) : elles sont peu utilisées et vous stigmatiseront en tant qu’amateur.

Attention au son

retouche du son, audition

La question du son est toujours délicate à traiter, car cette composante de la vidéo la nourrit intrinsèquement. Un montage parfait agrémenté d’une bande-son ratée est un film bon à jeter. Toutes les techniques du montage vidéo peuvent s’appliquer au traitement et au montage du son, qu’il soit d’ordre technique (raccord, découpage, effets...) ou sémantique (association d’idées qui se crée entre un plan vidéo et un son). Il peut être pertinent de choisir votre musique avant son montage de façon à la placer d’abord sur votre timeline, puis de placer les plans en fonction de son rythme.

Il sera de votre devoir de monteur de trouver un bon équilibre entre musique d’ambiance et prise de son directe. Notez qu’il existe désormais des banques de sons disponibles en ligne (Soundbank, Soundfishing, Soundsnap). L’audio permet de mettre en exergue l’image et de la soutenir. Prenons l’exemple d’un dialogue entre deux personnages en plan serré. Peu importe la lisibilité du lieu du tournage si vous ajoutez en fond sonore des bruits de klaxon, de moteur, de pas, de métro, etc. : le spectateur aura l’impression que la scène est tournée en pleine ville.
Tout comme pour l’image, vous pourrez à loisir ajuster les transitions, superposer plusieurs pistes en fonction de leur intensité ou de leur poids narratif. Pensez que l’effet Koulechov fonctionne bien ici aussi. Le réalisateur Chris Marker a placé en concordance une même séquence vidéo montrant des ouvriers dans une ville et des commentaires audio tour à tour positif, neutre et négatif : la compréhension de la séquence s’en est trouvée profondément modifiée selon la bande-son.

Pensez au moment du tournage à bien choisir entre un enregistrement direct sur la piste vidéo ou via un enregistreur externe. Cette deuxième solution offre plus de possibilités, mais il faudra alors synchroniser l’image et le son au montage. Vous placerez des repères sonores au tournage, tel un clap, que vous retrouverez au montage pour synchroniser à la main le son et l’image ou via un logiciel comme Pluraleyes.

montage en L

Comme pour les pistes vidéo, il est possible d’ajouter une multitude de pistes sonores pour enrichir le discours du montage. Pensez d’abord à nettoyer le son (Sound Forge est assez performant pour cela), puis à ajouter
des transitions pour passer d’une piste audio à une autre. Exactement comme un faux raccord en image, il est désagréable d’entendre une saute de son. Il faudra donc amener l’un et l’autre à se chevaucher progressivement. Pour éviter d’appliquer systématiquement des effets de transitions, on utilise la technique du montage en L. Cette dernière consiste à se faire se chevaucher une ou deux secondes de son de l’image qui suit sur une image en cours de visualisation afin de préparer notre oeil à ce qu’il va voir. Notre cerveau y voit alors un enchaînement logique.

Dans notre prochaine partie, nous aborderons les manipulations de logiciels.

David Lefevre

Photographe et vidéaste professionnel, spécialiste des reportages, des conseils photo et surtout adore regarder la terre vue du ciel avec ses drones. Ses publications 

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