Alors que de nombreux amateurs pratiquent le développement de films noir et blanc à domicile, beaucoup s’imaginent que les procédés couleurs sont trop complexes ou trop contraignants pour être réalisés à la maison. Ce n’est pas forcément le cas et il est en réalité parfaitement possible de s’y essayer. Après un premier article consacré au développement des films négatifs noir et blanc, nous vous proposons donc de découvrir les différentes étapes d’un traitement film couleur.

tutorial développement film couleur

Négatif ou positif

Évidemment, les traitements négatif et positif ne sont pas identiques. Mais si nous avons décidé de les regrouper dans un même article, c’est parce que tous deux font appel à des chimies similaires, notamment pour éliminer les grains d’argent du film et procéder à la révélation de ses colorants. Car c’est bien une particularité des films couleurs : contrairement aux films noir et blanc, une fois le développement réalisé, il ne reste plus du tout d’argent dans le film. De plus, si le traitement C41 est prévu pour les films négatifs couleurs et le traitement E-6 pour les films inversibles couleurs, vous pouvez parfaitement décider d’inverser les formules pour réaliser du traitement croisé. En revanche, n’essayez pas de développer un film noir et blanc avec un procédé C41 ou E-6, car il ne resterait tout simplement plus rien sur votre film !

tutorial développement film couleur

Le procédé C41

Des différents procédés permettant de développer des films négatifs couleurs, c’est la formule de Kodak qui a été retenue et fait qu’aujourd’hui encore on utilise la référence C41. Dans la littérature, vous trouverez peut-être aussi le nom employé par Agfa, AP70, permettant d’obtenir les mêmes résultats. Contrairement au développement noir et blanc, où le choix d’un révélateur résulte d’une démarche esthétique, pour obtenir un grain plus ou moins fin, un micro-contraste plus ou moins marqué ou encore une aptitude plus ou moins grande aux traitements retenus et poussés, le procédé de développement couleur est standard : tous les films s'accommoderont d’un procédé C41 correctement réalisé. Pour faire du développement négatif couleur en cuves, vous trouverez aujourd’hui sur le marché les solutions Rollei Digibase C-41, vendue environ 25 € pour développer 10 à 12 films, et Tetenal Colortec Kit Rapid C-41, commercialisé un peu plus de 50 € pour développer de 30 à 40 films.

tetenal colortec C-41

Beaucoup de personnes s’imaginent qu’il est trop difficile de développer soi-même des films négatifs couleurs, mais c’est en raison de l’exigence d’une température fixe et du besoin d’une agitation constante. L’usage d’une machine avec système d’agitation est donc nettement plus confortable. Pour maintenir les chimies à température constante, on prendra soin de réaliser un bain-marie suffisamment grand pour qu’il possède une bonne inertie thermique. Certains utilisateurs utilisent pour cela de grandes glacières en plastique. Nous allons ici vous détailler la procédure classique, mais en fonction de votre kit, la température exacte et le temps de traitement peuvent varier. Pensez donc à vous référer à votre mode d’emploi.

En théorie, le traitement C41 s’effectue à une température de 37,8°C ± 0,2°C. Il se compose de trois bains actifs séparés de lavages selon l’ordre suivant…

→ Révélateur chromogène : 3 min 15 s.
→ Blanchiment : 4 min 20 s à 6 min 30 s.
→ Lavage : 1 min 06 s.
→ Fixateur : 4 min 20 s à 6 min 30 s.
→ Lavage final : 3 min 15 s.
→ Bain final : 1 min.
→ Séchage.

Source : Wikipedia.

Le révélateur chromogène

Dans cette solution basique, les halogénures d’argent qui ont été exposés à la prise de vue vont être réduits en argent métallique. À ces emplacements sur le film, le révélateur oxydé va réagir avec les coupleurs du film pour former les colorants : jaune dans la couche sensible au bleu, magenta dans la couche sensible au vert et cyan dans la couche sensible au rouge. Comme pour les autres types de développement, cette étape est la plus cruciale pour la réussite du traitement. Une réaction trop faible donnerait l’effet d’un film sous-exposé et un traitement trop important, une surexposition. Il faut donc contrôler précisément la température, la durée du traitement, l’agitation et le taux d’entretien des chimies. Une fois cette étape terminée, le film contient donc des particules d’argent métallique et des colorants au niveau des zones exposées. Il faut ensuite rapidement le plonger dans la solution de blanchiment.

Le blanchiment

Le blanchiment est une solution acide qui va stopper instantanément l’action du révélateur. Composée d’EDTA (éthylène diamine tétracétate ammoniacoferrique), elle va également permettre l’oxydation des particules d’argent en ions Ag+. Pour réoxyder l’EDTA ferreux en EDTA ferrique, on peut pratiquer un bullage à l’air. À cette étape, il est important de contrôler le PH de la solution et son potentiel d’oxydoréduction. Si vous utilisez des solutions usagées et un blanchiment au PH trop faible, le colorant cyan peut revenir à son état de leucocyan incolore. Si l’opération a été correctement réalisée, le film contient alors des colorants jaune, magenta et cyan sur les zones exposées et des ions Ag+. On va alors procéder à un lavage pour éviter de polluer le bain suivant de fixateur, notamment parce qu’il serait dégradé par les ions Fe+.

Le fixateur

Pour cette étape, et comme avec les autres types de développement, on va utiliser une solution de fixage qui va transformer les ions argent insolubles dans l’eau en des complexes d’argent solubles. Étant donné que tout l’argent métallique du film a été oxydé durant l’étape du blanchiment, on va ainsi éliminer tout l’argent contenu dans le film. Dans les laboratoires, ce bain peut être recyclé après avoir été désargenté par électrolyse pour récupérer l’argent qu’il contient. Un test peut être réalisé en éclairage infrarouge : si l’action du fixateur a été totale, le film doit être transparent. On peut alors passer au lavage final qui va servir à éliminer toutes les traces de fixateur. Il s’effectue à l’eau, mais dans les minilabs, on va également utiliser des solutions de lavage chimique qui vont rendre inertes les résidus d’autres bains. Le bain final contient quant à lui un agent mouillant qui favorise l’écoulement de l’eau et un dérivé de formol (formaldéhyde) favorisant la conservation des colorants. Attention, ce bain ne doit surtout pas être agité, car l’agent mouillant mousse et laisserait des traces sur le film !

Une fois ces étapes terminées, vous pouvez procéder au séchage de votre film.

développement C41

Le procédé E6

Si le processus traditionnel de développement des films inversibles couleurs contient six bains actifs, il est possible de trouver une formule simplifiée adaptée au traitement en cuves. Cette dernière, vendue sous la référence Tetenal Colortec E-6, contient quatre bains actifs – bien qu’elle soit nommée “chimie en trois bains” ! Elle est vendue un cinquantaine d’euros pour réaliser 2,5 l de solution.

La procédure de développement des films inversibles fait appel à deux révélateurs successifs. Le premier correspond à un révélateur noir et blanc tandis que la suite du développement est proche d’un développement film C41. Comme pour le développement des films négatifs couleurs, les solutions de traitement E6 conviennent à tous les types de films. Pour les temps exacts de traitement, on se fiera aux indications du fabricant. Nous vous donnons ici des temps indicatifs, sachant que les chimies doivent toutes se trouver à une température fixe de 38°C…

→ Premier révélateur : 6 min.
→ Premier lavage : 2 min.
→ Inversion : 2 min.
→ Révélateur chromogène : 6 min.
→ Conditionneur (ou préblanchiment) : 2 min.
→ Blanchiment : 6 min.
→ Fixateur : 4 min.
→ Lavage : 2 min.
→ Second lavage : 2 min.
→ Bain final : 30 s à 1 min.

tetenal colortec E6

La solution Tetenal Colortec E-6

La procédure simplifiée proposée par Tetenal comporte quatre bains : un révélateur noir et blanc nommé FD, un révélateur chromogène, un bain de blanchiment-fixage et un stabilisateur.

Lors du premier bain, les zones exposées de l’image vont être révélées, c’est-à-dire que comme pour le révélateur film noir et blanc (voir Lire aussi…), les halogénures d’argent exposés à la lumière vont être réduits sous forme d’argent métallique. Il est très important de respecter le temps de traitement, la température et l’agitation pour ne pas sur ou sous-développer le film. C’est à cette étape que l’on peut, au contraire, décider d’adapter le temps de traitement pour pousser un film ou le retenir légèrement. On va ensuite soigneusement laver le film pour éliminer tous les résidus de révélateur.

Dans la procédure traditionnelle, on va ensuite plonger le film dans un bain d’inversion que certains remplacent simplement par une exposition à la lumière puisqu’il consiste à exposer toutes les zones non développées du film. C’est cette étape qui permet de passer d’une image négative à une image positive. Elle n’est pas nécessaire dans la procédure simplifiée qui bascule automatiquement à l’étape du révélateur chromogène. Comme dans le traitement C41, on va alors réduire les ions Ag+ résultant en argent métallique et oxyder les coupleurs pour former les colorants jaune, magenta et cyan. Une fois que le révélateur chromogène a agi, tous les ions Ag+ ont donc été réduits en argent métallique. Il n’est plus nécessaire de maintenir l’obscurité et la température des bains suivants peut également varier légèrement des 38°C sans risque. Il est important de procéder à un rinçage de la solution avant de passer au bain actif suivant. Il s’agit d’un bain couplé qui contient à la fois des agents de blanchiment et de fixage, c’est-à-dire que tout l’argent métallique va être oxydé et éliminé dans la solution. On prendra soin de bien laver et passer au bain de stabilisation qu'il ne faut pas agiter à cause de la mousse qui provoque des marques au séchage.

Au moment d’étendre les films, il se peut qu’un léger voile apparaisse. Aucune crainte, il va disparaître au séchage et montrer un support de film parfaitement transparent.

développement E6

Le traitement croisé

Comme nous l'écrivions en introduction, il est tout à fait possible de développer un film négatif couleur dans une chimie E6, ou inversement, un film diapositive couleur dans des bains C41. C’est ce que l’on nomme le “traitement croisé” dont les effets sont très différents en fonction des films que vous utilisez, avec souvent de fortes dominantes colorées. Développer un film diapo en chimie C41 va donner une image négative sur un film dont la base est incolore. Le résultat est souvent caractérisé par un fort contraste et de fortes densités. Un film négatif développé en E6 donnera pour sa part une image positive qu’on ne pourra pas utiliser telle quelle, car le film conservera son support+voile jaune orangé.

Film diapositive Agfa CT Precisa développé en C41.

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Pascale Brites
Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications