Dernière partie de cette série d’articles consacrée à la prise de vue astro avec du matériel photo conventionnel (pas de lunette, pas de monture permettant de compenser la rotation de la Terre), nous allons aborder ensemble le troisième temps fort lors de votre projet de prise de vue : le traitement et la retouche de votre photo.

Crédit photo : den-belitsky

Traiter et retoucher sur DxO Optics Pro et Lightroom

Quel logiciel pour quelles actions ?

DxO Optics Pro et Lightroom sont tous deux d’excellents logiciels de retouche photo, complets et abordables d’un point de vue technique, utilisables pour traiter vos prises de vues du ciel nocturne. À la fois semblables et complémentaires, ils peuvent transformer votre photo et la rendre encore plus belle qu’elle ne l’est déjà, ou rattraper les défauts de votre objectif !

DxO Optics Pro est un très bon dérawtiseur : ses fonctions de correction optique, de réduction du bruit (module PRIME dans les dernières versions), d’amélioration de la dynamique de l’image, des tonalités et des microcontrastes, sont performantes, mais à manier avec précaution au risque de “surtraiter” l’image. Dans le cadre de l’astrophotographie, il peut être utilisé comme logiciel pour traiter l’image, c’est-à-dire réduire ou éliminer ses défauts avant de poursuivre la retouche dans une autre application.

Lightroom, le célèbre logiciel d’Adobe pour les photographes, est également plutôt à l’aise avec les photos nocturnes, notamment au niveau de la retouche. Il partage avec DxO beaucoup d’outils et de fonctions tout en étant légèrement moins performant que ce dernier, mais il se rattrape sur des fonctions héritées de Photoshop (les brushes et dégradés), ce qui permet de retoucher localement une partie de l’image. Pratique pour diminuer la pollution lumineuse ou bien révéler un peu le sol, sans que le ciel ne soit pour autant davantage exposé (nous verrons cela un peu plus bas) !

Les images en astrophotographie peuvent être traitées uniquement sur l’un ou sur l’autre ; toutefois, en combinant la puissance de traitement de DxO et la souplesse d’utilisation de Lightroom, vous obtiendrez des images plus abouties.

Les étapes suivantes de traitement sont dans un ordre déterminé, un workflow conseillé qui consiste d’abord à traiter l’image pour réduire/éliminer les défauts, puis de la retouche pour améliorer son esthétisme.

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Corrections vignettage + déformations

Abordés dans la première partie de cette série d’articles, le vignettage et les déformations (nous ne parlons pas ici de la coma, mais des déformations de perspectives) sont des défauts à limiter autant que possible.

DxO et Lightroom proposent chacun une option de correction optique qui se base sur les données EXIF de votre image, à savoir quel objectif a été utilisé. Ces données sont présentes si vous enregistrez votre image en format RAW. Sur DxO, une fenêtre apparaît lorsqu’il détecte pour la première fois l’utilisation d’une nouvelle combinaison boîtier/objectif (pour rappel, DxO procède à de nombreux tests et les propose en ligne sur son site https://www.dxomark.com/), et vous invite à télécharger la correction optimisée de votre matériel. Sur Lightroom, la liste des corrections est alimentée par les mises à jour du logiciel.

Comment procéder : Sur DxO, une fois le profil de correction téléchargé, c’est automatique ; vous allez voir l’aperçu de votre image se modifier, devenir “plus plat”, et ses bords seront moins sombres. Sur Lightroom, il faut aller dans la section Corrections de l’objectif, puis Activer le profil de correction pour constater le même effet.

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Réduction du chromatisme

Le chromatisme est ce petit effet indésirable sur les étoiles les plus brillantes : elles s’entourent d’un anneau violet, causé par la mauvaise gestion de la diffraction de la lumière par le train optique de l’objectif. En fermant un peu celui-ci, vous pouvez réduire ce défaut (voir première partie). Le traitement par les logiciels va totalement supprimer ce problème.

Comment procéder : Sur DxO, c’est le module Aberration chromatique qui s’occupe de cela (n’hésitez pas à zoomer dans l’image pour vérifier le rendu). Sur Lightroom, il faut aller dans la section Corrections de l’objectif, puis Manuel, et déplacer le curseur Valeur de la partie Supprimer la frange violette.

Traitement du bruit et netteté

Étape importante du traitement de votre image, la réduction du bruit et la gestion de la netteté en parallèle peuvent être parfois délicates. Il faut à la fois “lisser” les zones où le bruit est très visible, sans effacer les étoiles les plus faibles ou diluer les bords des objets/étoiles sur l’ensemble de l’image.

Comment procéder : Sur DxO Optics Pro, 2 choix s’offrent à vous : le module Réduction du bruit offre une qualité HQ présente sur les 2 versions du logiciel, similaire à celle de Lightroom ; mais nous allons surtout nous intéresser à la deuxième qualité, baptisée PRIME, disponible uniquement sur la version Elite du logiciel. Très performant, PRIME va vous permettre de conserver les détails de votre image tout en unifiant le fond du ciel. Zoomez sur l’image pour vérifier chaque modification. Le module Masque de netteté pourra affiner la netteté de l’image, mais attention à ne pas trop en ajouter : l’apparition d’un halo noir autour des étoiles vous indique que vous avez poussé un peu trop les curseurs. Sur Lightroom, la section Détail vous propose de jouer sur la netteté et la réduction du bruit.
Attention encore : rendre une image trop nette fera ressortir le bruit, et trop la lisser créera une image "vaporeuse" et un peu floue (dans la lignée de la "clarté négative", parfois très mal utilisée…). Il faut donc trouver un compromis entre les 2. N’hésitez pas à faire bouger les curseurs tout en gardant un œil sur l’image !

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La balance des blancs

L’étape suivante, également importante, est déterminée par le résultat que vous souhaitez donner à votre image. Selon la pollution lumineuse visible, la présence de la Lune dans le ciel et le souhait de voir un rendu plus proche de la réalité (teintes plus neutres/chaudes) ou bien plus esthétiques (ciel plus bleu), la balance ne sera pas la même.

Comment procéder : Les 2 logiciels proposent un outil de balance des blancs, symbolisé par une pipette. Pour rétablir cette balance sur une image astro, il faut utiliser cet outil sur une zone sombre du ciel, sans aller sur une étoile. Le logiciel va alors définir la couleur de la zone sélectionnée comme celle de référence et modifier la température et la teinte de l’ensemble de l’image. Dans la majorité des cas, cette dernière va retrouver ses teintes naturelles d’un coup, mais il est également possible d’avoir une image qui dérive vers le violet ou le vert. Dans ce cas, il faut passer par une calibration manuelle en utilisant l’histogramme. Le but est simple : il faut que toutes les teintes de couleurs soient alignées au même endroit sur l’histogramme, et vous aurez ainsi la bonne balance (en utilisant les curseurs Température et Couleur). Comme écrit plus haut, libre à vous de choisir une balance naturelle ou bien un peu plus froide pour rendre le ciel plus bleu, sans partir dans l’excès !

À gauche, une balance plus froide permet de rendre le ciel plus bleu et la pollution lumineuse plus blanche. À gauche, la "vraie" balance des blancs avec les couleurs quasiment toutes alignées sur l'histogramme (malgré la prépondérance de jaune/orangé). Ses 2 types de balances sont valables, à vous de voir laquelle vous plaît le plus : l'esthétique ou la naturelle !

Réglage exposition, tonalités sélectives et microcontrastes

Une fois les défauts corrigés et les couleurs rétablies sur votre image, vous pouvez vous attaquer à son exposition et établir celle qui vous semble la plus juste, selon la scène de votre image, vos goûts personnels ou votre culture visuelle en photo astro.
Les tonalités sélectives forment également une partie intéressante, car elles peuvent ajouter du dynamisme à votre image : en réglant les noirs, blancs, ombres et hautes lumières séparément, vous pourrez révéler un peu le sol souvent relativement sombre, diminuer un brin la pollution lumineuse, jouer sur le fond du ciel…
À noter que sur DxO Optics Pro, l’outil Smart Lighting se débrouille très bien pour des photos nocturnes en permettant de rendre des parties sombres de l’image mieux exposées, sans pour autant jouer sur le bruit.

Comment procéder : Ici, la méthode la plus simple est de faire varier les curseurs d’exposition et de tonalités tout en regardant directement le rendu sur l’image, ainsi que sur l’histogramme – nous vous conseillons au passage de faire un tour sur notre article expliquant comment lire un histogramme.

Saturation/vibrance

Derniers réglages pour retoucher globalement votre image avant de passer aux retouches plus localisées, les réglages de saturation et de vibrance sont à la fois déterminés par l’image ainsi que par vos goûts personnels et le style d’image auquel vous souhaitez tendre (nous verrons plus bas les différents types de rendus).

Comment procéder : Une saturation/vibrance de 20 à 30 % pour chacun fait généralement le travail sans en faire trop, car une image avec un ciel trop bleu, une pollution lumineuse trop jaune n’est pas vraiment belle… Préférez la subtilité des couleurs et des dégradés à un rendu trop “marqué” par des zones sur-saturées !

À gauche, le raw d'origine. À droite, un rendu possible avec toutes les corrections et une balance des blancs tirant un peu vers le bleu. La pollution lumineuse a été augmentée pour montrer que même en plein Queyras dans les Alpes, on est malheureusement toujours un peu touché par elle.

Quelques retouches utiles

Une fois votre image traitée et retouchée dans sa globalité, vous pouvez vous attaquer à quelques étapes supplémentaires pour parfaire son rendu.

Réduire et travailler la pollution lumineuse

Si votre image comporte une portion du ciel avec une pollution lumineuse à l’horizon trop présente en termes d’exposition ou de couleur, vous pouvez la réduire avec certaines fonctions de Lightroom.
Comment procéder : Avec l’outil Filtre Gradué ou Pinceau de Retouche, vous pouvez appliquer sur une zone sélectionnée une diminution locale de l’exposition et/ou des hautes lumières, puis modifier la couleur de cette pollution lumineuse pour la faire tendre vers des teintes dorées au lieu de sa teinte jaunâtre/bronze habituelle, peu esthétique.

Augmenter la luminosité de quelques étoiles : le “style Akira Fujii”

Akira Fujii, un astrophotographe japonais considéré comme l’un des plus grands dans cette discipline, est notamment connu pour avoir réalisé des images du ciel avec certaines étoiles entourées d’une aura de lumière coloré, comme entourées d’un brouillard localement. Grâce à l’utilisation de filtres comme le Cockin Fog ou le Hoya Softener, la luminosité des étoiles les plus brillantes est étalée sur une plus grande surface de l’image ; nous pouvons ainsi repérer beaucoup plus facilement les constellations sur les images.

Comment procéder : Sur Lightroom, à l’aide de l’outil Pinceau de Retouche paramétré sur un petit diamètre, une exposition modérée (+0,50) et une saturation modérée (+3 %), “pointez” les étoiles des constellations que vous repérez sur votre image (celles étant plus brillantes que les autres). Attention à ne pas avoir un diamètre de l’outil trop important !

Sur cette image panoramique, nous pouvons deviner facilement quelques étoiles plus brillantes que les autres. La constellation d'Orion est très reconnaissable. Ses étoiles ont été légèrement plus exposées et entourées d'une zone un peu plus claire. Le style Akira Fujii peut être beaucoup plus visible, il suffit d'effectuer quelques recherches sur Internet pour s'en rendre compte.

Retirer les traînées d’avions/satellites

Souvent, un avion ou un satellite s’invite sur vos images. Si cela peut rendre un certain effet intéressant, la majorité du temps, nous n’en voulons pas : des traits lumineux se forment alors sur la photo. Bonne nouvelle, cela peut être très facilement supprimé.

Comment procéder : À l’aide de l’outil Suppression des défauts de Lightroom, surlignez la traînée lumineuse causée par l’avion ou le satellite, et le logiciel ira automatiquement chercher une zone proche, similaire en matière de luminosité et de textures, pour la dupliquer et la “poser” par-dessus la ligne lumineuse. L’effet est plutôt bluffant les premières fois, car cela fonctionne très bien ! À noter que cet outil est aussi disponible sur DxO Optics Pro.

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Homogénéiser le fond du ciel & révéler un peu plus le sol (exposition)

Si votre image comporte des zones du ciel trop sombres, voire un premier plan terrestre un peu trop sombre, vous pouvez corriger localement ces zones. Attention cependant, cette méthode montre ses limites rapidement. Il faut être minutieux pour ne pas voir ces retouches dans le ciel et ne pas forcer sur l’exposition pour faire apparaître à tout prix le sol qui était dans le noir complet, au risque de voir un effet de “peinture à l’huile” (causé par la pauvreté de signal/détail de cette zone et la réduction du bruit) d’un effet esthétique relativement contestable.

Comment procéder : Avec l’outil Pinceau de Retouche (encore lui), passez sur les zones que vous considérez trop sombres, ou au contraire trop claires. Faites varier légèrement les paramètres d’exposition, d’ombre et de blancs, la température ou la saturation.

Savoir retoucher sans excès

Ne pas pousser les curseurs à fond

L’envie de traiter nos images pour les rendre les plus belles possible est compréhensible, à l’heure où nous voyons de magnifiques clichés sur Internet, colorés et lumineux, rendus réalisables par du matériel toujours plus performant et des logiciels plus puissants. Toutefois, il faut savoir s’arrêter au bon moment, au risque de tomber dans les travers parfois malheureux de la retouche d’image. Ainsi, avoir des images trop saturées, une exposition mal gérée (image trop sombre), un “effet HDR” trop présent (sur-représenter les structures de la Voie lactée, par exemple), un ciel beaucoup trop bleu, voilà des erreurs à éviter autant que possible. L’astrophotographie est une discipline qui doit montrer la beauté des paysages nocturnes et du ciel avec justesse et subtilité ; même si l’interprétation et l’expression artistiques sont importantes et même conseillées pour se faire plaisir et parfaire la prise de vue, une belle retouche peut être considérée comme celle qui sait se faire discrète et naturelle, voire complètement oublier.

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Maxime Oudoux

Photographe Indépendant spécialisé en astrophotographie, amoureux du ciel et des paysages nocturnes. Ses publications 

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