Photographe est un métier qui fait beaucoup rêver, mais vivre peu de personnes. En France, le nombre de photographes professionnels est ainsi estimé entre 21 000 et 25 000, et parmi eux une bonne moitié déclare des revenus inférieurs à 15 000 € par an. Les jeunes sont par ailleurs surreprésentés dans cette tranche. Néanmoins, pour ceux que l’aventure n’effraie pas, se pose la question des formations.
Même si une formation initiale en photographie n’est pas la panacée pour vivre de ses talents, les études citées plus haut montrent que le temps où un CAP photo suffisait à mettre un pied dans la profession est révolu. D’une part, le CAP photo a disparu (nous y reviendrons), et surtout, la plupart des jeunes photographes possèdent un diplôme au moins égal à un Bac+3 (66 % des moins de 30 ans). Alors, quelle formation choisir et selon quels critères ? Focus Numérique vous aide à faire le point.

UNE FORMATION POUR QUOI FAIRE ?

Photographe est à la fois un métier très technique et très polyvalent. Selon le type de sujet que vous aurez à photographier et le statut que vous aurez choisi, vous devrez ajouter des compétences en gestion, en relations publiques ou en communication à vos talents de chasseur d’image. Or, toutes les écoles ne forment pas – tant s’en faut – à toutes ces compétences.

Ainsi, quel que soit son diplôme, un photographe qui se lancerait aujourd’hui sans site Internet, sans book et sans profils sur les réseaux sociaux aurait bien du mal à exister sur le marché. Ces aspects communicationnels du métier sont encore négligés par beaucoup de formations, y compris prestigieuses, qui se concentrent sur les aspects technique et artistique du métier. De même que le labyrinthe des démarches administratives pour pouvoir facturer en droits d’auteur et gérer une comptabilité est bien souvent éludé par les écoles photo…

Les formations courtes (BEP, Bac Pro) vous apporteront un solide bagage technique, mais pas forcément un réseau ou un regard artistique. Elles seront adaptées à vos besoins si vous visez rapidement un emploi de technicien en laboratoire, de retoucheur photo, ou encore un métier connexe à la photographie (conseil en vente de matériel ou services photographiques).

Mais si vous rêvez davantage d'évoluer dans le milieu de la mode, de la presse ou de la photographie-qui-se-voit, alors une école plus prestigieuse, qui vous fournira à la fois un réseau et un bonus sur votre CV, s’impose.

Enfin, n’oublions jamais de rappeler que photographe est un métier où la plupart des professionnels ne sont pas employés, mais indépendants. Cela signifie que même sans aucun diplôme, mais avec beaucoup de persévérance et de travail, en communiquant bien autour de son projet, on peut se créer une clientèle et vivre de sa passion.

Ces éléments précisés, à vous de choisir ce qui vous siéra le mieux !

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BEP photographie (1 an) : un premier pas dans la photo

Le CAP photo ayant disparu en septembre 2013, le BEP (Brevet d'études professionnelles) est désormais le diplôme le plus accessible en matière de photographie. En vérité, compris dans le cursus du Bac Pro (il se passe en fin de première), il est davantage une manière de sécuriser le parcours d’élèves qui n’iraient pas jusqu’au Bac qu’un diplôme ouvrant à une carrière de photographe. Nonobstant, il permet d'attester officiellement de compétences professionnelles.

Le BEP photo peut également se passer hors cursus scolaire, en candidat libre, pour des adultes en reconversion ou des jeunes ayant déjà le Bac ou un autre BEP. À Paris, le CE3P propose une telle offre, moyennant 3 935 € pour 25 h de cours par semaine durant un an. Le candidat n’est alors pas préparé aux matières générales, qu’il devra préparer seul (d’où l’importance de détenir déjà le Bac ou un autre diplôme équivalent au BEP).

BAC Pro photo : dans les lycées professionnels

Il se prépare en trois ans comme tout Bac Pro, dans un lycée professionnel public ou privé, voire un CFA. Comme nous l’avons écrit, il intègre le BEP photo en cours de cursus. Il forme aux aspects technique, commercial et juridique de la photographie (on peut consulter le référentiel sur le site Eduscol) et comporte généralement des stages en entreprise.

En France, une vingtaine d’établissements publics ou privés proposent un tel cursus. En voici une liste non exhaustive…

Lycée Brassaï à Paris
CE3P d’Ivry-sur-Seine
Lycée Suger à Saint-Denis
Lycée Saint-Vincent de Paul au Havre
CFA du lycée Jean-Mermoz à Saint-Louis (Alsace)
Lycée professionnel Notre-Dame de la Providence de Saint-Dié des Vosges
Lycée Saint-Joseph de la Salle de Pruillé-le-Chétif
Lycée professionnel Sainte-Marie de Saint-Etienne
Lycée des métiers d’art Toulouse-Lautrec de Bordeaux
Studio M à Montpellier
Lycée des Métiers d’art et de l’image de Lyon

Le mieux est de vous renseigner sur les filières des lycées techniques de votre région. On y entre à l’issue de la troisième sur dossier scolaire et souvent en présentant un petit book. Les brochures de formations de ces établissements annoncent que les titulaires d’un Bac Pro photographie peuvent exercer ensuite comme retoucheur, assistant plateau, technicien de laboratoire photo, au sein d’une agence de presse, de communication ou de publicité, dans le service photo des collectivités locales ou territoriales… Cela dit, la poursuite du Bac Pro par un BTS photo est souvent conseillée.

BTS Photo (BAC+2)

Le BTS (Brevet de technicien supérieur) se prépare en deux ans après un Bac (général ou Pro photo). Il s’adresse aussi bien aux titulaires d’un Bac Pro photo qu’à tous les bacheliers des filières générales L, S et ES. Cependant, toute candidature est soumise à un dossier de travaux personnels et un entretien de motivation.

Comme son nom l'indique, cette formation est avant tout basée sur la technique : une part importante de l’enseignement est consacrée à la physique (optique et sensitométrie en particulier) et à la chimie. Mais on y apprend également des notions de droit et de marketing qui permettent ensuite de prétendre à des postes dans les laboratoires professionnels, les magasins spécialisés destinés au grand public (vente de matériel, développement) ou dans les services photo des entreprises. Enfin, l'étudiant y apprend bien sûr la prise de vue, la reproduction, la post-production, le tirage en laboratoire, etc. C’est-à-dire toutes les notions qui peuvent faire de vous un véritable photographe indépendant à l’issue de la formation.

Enfin, une autre part conséquente de la formation est dévolue à l'expérience en entreprise avec pas moins de quatre stages (thématiques) de six semaines (six mois au total) à réaliser sur les deux années.

Le BTS photo peut se préparer dans cinq établissements privés…

Lycée Beau Jardin de Saint-Dié
ETPA de Toulouse
Lycée des métiers d’art et de l'image de Lyon
CE3P d’Ivry
Studio M de Montpellier

…Ainsi que quatre lycées publics…

Lycée Auguste-Renoir de Paris
Lycée Jean-Rostand de Roubaix
Lycée André-Malraux de Biarritz
Lycée Blaise-Pascal de Marseille

Mais à niveau Bac+2, d’autres formations conduisent également à la photographie, que ce soit des BTS audiovisuel option métiers de l’image ou des formations privées donnant lieu à des diplômes d’école (parfois reconnus par l’État), comme le Bachelor de photographie du Studio Créa à Paris, celui de l’École de Condé (Paris, Lyon ou Nancy), la formation de Praticien photographe de l’ETPA de Toulouse, celle de Photographe plasticien du Studio M de Montpellier, ou enfin les diverses formations en deux ans de Spéos.

Bac+5 : Master de photographie ou écoles de photographie

Enfin, si vous avez de l’endurance et de la persévérance, vous pouvez viser les formations de niveau Bac+5 dispensées à l'université ou en ENS (Écoles nationales supérieures). Elles se font pour la plupart en trois ans après un diplôme de niveau Bac+2.

Ces formations réputées supposent de passer un concours d’entrée généralement très sélectif. Mais ce sont elles qui vous ouvriront les portes des studios et agences photo les plus prestigieux, qui vous mettront le pied à l’étrier des concours photo les plus reconnus, et qui vous donneront un véritable carnet d’adresses, qu’il s’agisse de vos camarades de promo ou des professionnels enseignants et invités que vous y croiserez.

L'entrée de l'ENS Louis Lumière à la Cité du Cinéma (Saint-Denis).

Pour les écoles publiques…

L'ENS Louis Lumière à Saint-Denis dispense une formation à la photographie très sélective (16 étudiants chaque année), avec une orientation très technique.
L'ENS Photographie Arles dispense une formation plus orientée photographie d’auteur.
L'ENS Arts décoratifs propose elle aussi une spécialisation photo/vidéo.
L'ENSB-A (Beaux-Arts de Paris) comporte également un certain nombre d’ateliers photo ou multimédia avec une approche clairement “plasticienne”.
L'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis propose un Master en arts avec spécialisation photographie et art contemporain.
L’École de l’Image (Gobelins) est très réputée, mais privée, et forme des étudiants en photographie technique, de mode ou de presse.

Au final, une grande variété de formations existent pour pénétrer le monde professionnel de la photographie. Nous sommes bien d’accord : aucune ne fera de vous un photographe reconnu sans travail, acharnement et persévérance. Au-delà des écoles, la photographie est un monde assez fermé où un carnet d’adresses vaut mieux que mille diplômes. Mais les diplômes donnent aussi accès à ce fameux réseau de clients comme de professionnels, et l’esprit de promotion qui règne dans beaucoup d’écoles constituera une aide précieuse quand il s’agira d’emprunter du matériel, de se faire remplacer sur une date par une personne de confiance qui ne vous “piquera” pas votre client, etc. À vous de réfléchir à la meilleure option pour vous. Et en attendant, n’hésitez pas à shooter, shooter encore et encore, à participer à des concours et des lectures de portfolios qui vous permettront d’affûter votre regard sur votre propre travail et de vous améliorer un peu plus chaque jour !

Sources

→ Rapport ITHAQUE/DEPS, décembre 2014
→ Le métier de photographe, par Claude Vauclare, Rémi Debeauvais
Les deux études ont été menées pour le compte du ministère de la Culture et de la Communication.

Tristan Joyeux
Tristan Joyeux

Photographe et philosophe de formation, appelez-le « prof ». Passionné par : l’image, la théorie, la théorie de l’image, l’image de la théorie, les droits d’auteurs, la vie des photographes et beaucoup d’autres choses. Ses publications