Caché dans le garage d'une petite maison d'un quartier résidentiel de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), l'atelier de Lomig Perrotin, l'homme que l'on retrouve derrière le phénomène des films Washi, est à l'image de l'usine du père Noël : rangé, mais pas trop, et débordant d'objets mystérieux et fascinants. Plongée dans le laboratoire des seules pellicules créatives made in France.

De la forêt au labo

"Bon, c'est un peu le bazar, ne fais pas attention". À elle seule, la phrase résume parfaitement l'esprit “fait main” des films Washi. C'est à son domicile que Lomig Perrotin nous a accueilli pour nous parler de l'histoire de ses pellicules d'un genre très particulier.

"Je suis technicien forestier normalement, tu sais !", plaisante Lomig en nous retraçant son parcours. Parisien pendant plusieurs années, il décide pour des questions de confort de vie de partir avec femme, enfant et matériel photo et de s'installer à Saint-Nazaire, “dans la maison familiale”, pour retrouver un peu de calme et un certain confort de vie. “C'est incomparable. Et puis, à Paris, j'avais une pièce minuscule pour produire les films. Aujourd'hui, je suis quand même bien moins à l'étroit”, ajoute-t-il avec un sourire.

Et lorsque l'on voit la quantité de machines qui ont trouvé leur place dans le garage de ce Breton d'origine, on se demande comment il faisait dans son petit cagibi parisien. De la bobineuse à la perforeuse, sans compter l'établi et les bacs de rangement de matériels, le jeune entrepreneur avoue qu'il est toujours à la recherche d'un peu plus d'espace.

© Johana HallmannL'amorce qui sert de fil conducteur lors du perçage des films.

Papier japonais et rayon X

Tout en nous faisant visiter son atelier, Lomig nous raconte un peu comment l'histoire de Washi a débuté. “Le papier washi est ce qui a vraiment lancé cette entreprise… et c'est un peu grâce à ma femme, explique Lomig avec espièglerie. Elle est dans les beaux-arts et c'est elle qui m'a suggéré ce papier lorsque je cherchais un support pour mes pellicules.”

Viennent ensuite des films qui n'auraient jamais dû finir dans un boîtier argentique : “Ce sont des films d'amorce, ou des films de radiographie, qui n'ont pas vocation à être exposés en photo, mais qui sont tout de même sensibles au spectre visible”, explique-t-il. Évidemment, à entendre cet artisan passionné et reconverti, il nous fallait lui demander d'où lui était venu cet incroyable savoir. “C'est beaucoup d'auto-formation, de discussions avec des amis ingénieurs et des professionnels du milieu", raconte-t-il en riant.

Mais Lomig Perrotin n'est pas tombé dans la photographie par hasard. “Mon papa était un grand collectionneur d'appareils, précise-t-il. Il avait un labo dans la maison et j'ai commencé à m'y mettre pendant mes études”, continue le jeune entrepreneur. Il nous raconte alors ses débuts timides de photographe, les expositions, le développement de ses tirages… : “Et c'est en 2012, en travaillant sur un projet personnel, que j'ai été amené à faire mon propre film".

De fil en aiguille, le film Washi commence à faire parler de lui, certains finissent par lui demander de créer quelques pellicules, et c'est finalement Nation Photo qui se propose le premier de distribuer officiellement les films Washi.

© Johana HallmannLe bobinage des films 120 effectué manuellement.

Un rythme d'enfer

Les commandes s'enchaînent. Très vite, le petit appartement parisien devient trop étroit pour continuer à produire les films Washi dans de bonnes conditions. “Nous voulions un autre environnement pour le travail et pour notre petit garçon", avoue Lomig. Ni une, ni deux : toute la famille met les voiles vers la Loire-Atlantique, offrant par la même occasion aux trois Perrotin (et au chat Abbot) d'avoir plus de place pour vivre, et à Lomig d'annexer le garage pour son laboratoire.

Dans ce fameux lieu rempli de machines de toutes formes et de toutes tailles, le jeune papa nous explique qu'en une demi-journée, il peut bobiner entre 100 et 200 films, en fonction de la largeur des pellicules. Un travail répétitif dont le bruit régulier des machines bercerait le plus hyperactif d'entre nous.
Notre hôte précise par la suite comment se déroule l'étape du couchage des pellicules, moment critique pendant lequel les films sont sensibilisés, et combien il est périlleux d'accrocher le papier fraîchement imbibé en évitant qu'il colle à ses voisins. “C'est un peu un travail de fourmi”, plaisante-t-il.

Dans la multitude de matériels, nous découvrons alors un bureau à tout faire. “Ça, c'est un bureau de montage de 16 mm que j'ai récupéré et bricolé pour profiter du système électrique, raconte Lomig. J'ai modifié le bureau pour placer une horloge que je peux éteindre et allumer sans réglages. J'ai une lanterne rouge, un système audio pour la radio, un emplacement rétro-éclairé qui me permet de visionner mes négatifs en cas de besoin”.

Un peu plus loin, c'est une toute petite bobineuse qui attire notre attention. Lomig Perrotin l'attrape alors pour la mettre en marche avant de nous avouer : “Celle-ci est l'un des premiers modèles, réalisé avec des mécanos et un moteur d'auto-radio !" Et quand on cherche un peu plus loin, force est de constater qu'en plus de sa production de films, le fondateur de l'entreprise a plus ou moins bricolé tout son matériel à la main. À gauche, la bonineuse, à droite la perforeuse, derrière le système de séchage des films. Et puis, posée négligemment sur le plan de travail, une paire de lunettes infrarouges, elle aussi “homemade”. “Il est compliqué de trouver de bonnes lunettes infrarouges quand on doit travailler dans le noir pour certains films, déplore Lomig. La plupart du bon matériel étant réservée au militaire, j'ai dû trouver un moyen de créer mes propres lunettes.

© Johana HallmannLa bobineuse en mécano et son film Washi.

Des projets plein la tête

Depuis 2012, le petit projet est donc devenu grand. De Nation Photo à Lomography, en passant par la sortie d’un film V (panchromatique, sensible à tout le spectre lumineux) et une collaboration avec l’un des géants du papier washi, le Japonais Awagami, on peut dire que Lomig Perrotin ne chôme pas.

Mais lorsqu’on lui demande si l’entreprise pourrait atteindre une taille plus importante, il nous lance un regard perplexe et réfléchit quelques instants avant de nous répondre : “Tu sais, je pense que le côté artisanal fait la force du film Washi. Honnêtement, je ne sais pas comment ça va évoluer, mais ce côté un peu unique, fait en petite quantité, plaît aux gens. Alors…

L’avenir nous dira donc si un beau jour les films Washi atteindront l’ampleur d’un Kodak, ou même (soyons fous), d’un Polaroid. En attendant, il est toujours bon de savoir que dans ce garage aux allures d’usine du père Noël, Lomig Perrotin continue de plancher sur ses films pour nous permettre à tous, amateurs ou experts argentiques, de réaliser des images uniques, parfois complètement ratées, sur des supports improbables qui ne pourront laisser personne indifférent.

Film Washi, de l’impression à la sensibilisation

Dans un usage courant, le papier Washi est un support artistique assez classique au Japon. Il sert pour le dessin, la décoration, la calligraphie, et bien sûr, c’est lui qui habille les portes coulissantes des maisons traditionnelles d’un voile opaque laissant pourtant entrer la lumière.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, il est parfois utilisé pour des buts plus inattendus. C’est le cas des films WASHI qui utilisent ce papier comme support pour les réactifs photographiques. Avec son grain typique dû à sa composition de fibres végétales, il est ainsi sensibilisé comme le serait une pellicule classique.
La diversité des épaisseurs permet également de créer des pellicules dont le rendu à l’impression sera toujours unique et inattendu.

Bon à savoir

→ Les films Washi sont disponibles à la vente sur le site http://filmwashi.com/fr/
→ Les pellicules étant particulières, il est conseillé de les développer soi-même. Dans le doute, le laboratoire Nation Photo les développe (et les distribue).