En franchissant les portes du Studio Cui Cui, nous avons l’impression immédiate d’avoir fait un saut dans le temps. Ambiance musicale des fifties, chambre photo ancienne et canapé en cuir piqué : c’est dans un cocon définitivement vintage qu’Aude Boissaye et Sébastien Randé ont construit leur studio photo au collodion humide. Un petit bijou lancé il y a 3 ans sur l’envie de partager avec le public l'amour de la photographie artisanale. Rencontre.

© Johana HallmannL'entrée du Studio Cui Cui replète de portraits.

Quand le visiteur fait la connaissance d'Aude et Sébastien, il sent tout de suite que ce duo aime profondément la photographie. Non pas parce que leur studio est peuplé de tirages et de matériel ancien, ou que son nom est inspiré d'une touchante série de clichés de la photographe japonaise Rinko Kawauchi. Non, on sait d'emblée qu'Aude et Sébastien aiment leur métier, parce qu’à les entendre en parler avec tant de passion, il est impossible d'en douter. Au visiteur, ils racontent l’histoire des différents boîtiers anciens qui meublent l’atelier ou les anecdotes des portraits exposés à l’entrée, dont l’un est assez connu : “Kiyoshi Kurosawa est passé par le studio quand il effectuait des recherches pour son film Le Secret de la chambre noire”, raconte Sébastien. “Du coup, nous en avons profité pour faire son portrait”, ajoute Aude en riant.

Tous deux ont commencé par le journalisme avant de prendre le chemin de l’image fixe, Aude pour le quotidien L'Alsace et Sébastien pour les Dernières Nouvelles d’Alsace. “Étonnamment, nous ne nous sommes pas du tout rencontrés à cette époque”. Pour Sébastien, la photo est allée tout de suite de pair avec son métier de rédacteur : “Tout mon argent de poche est passé dans l’achat du matériel et ma rédaction a mis du temps avant de me permettre d’accéder au stock de pellicules”, complète-t-il en riant.

Pour Aude, c’est son passage comme rédactrice à l’agence Gamma qui va consolider sa passion pour la photo. Peu après leur rencontre, ils créent en 2008 leur propre société de prises de vue à destination des entreprises, qu’ils gèrent encore aujourd’hui en parallèle du Studio Cui Cui. “Le studio n’est pas encore une activité assez rentable pour en faire notre travail à plein temps, mais nous espérons que cela arrivera dans un futur proche”, souligne Sébastien.

© Johana HallmannLe studio de prise de vue.

Une histoire d’artisanat

Quand on leur demande pourquoi avoir créé un studio utilisant une technique presque bicentenaire, la réponse ne se fait pas attendre : “La technique au collodion nous a toujours fascinés, explique Sébastien en notant l'importance du travail artisanal dans la réalisation des plaques photographiques. On ne fait pas qu'appuyer sur le déclencheur, on fabrique l'image de A à Z.”

© Johana HallmannSensibilisation de la plaque à l'aide d'une solution au collodion humide.

Il faut dire que le procédé, qui date de 1851, reste encore aujourd’hui une technique des plus empirique qui ne donne jamais le même résultat d’une fois sur l’autre. “Une fois, nous avons eu un souci de liseré sur le bord d’une photo et nous ne comprenions pas pourquoi, se souvient le photographe. On avait beau retourner le problème dans tous les sens, on ne trouvait pas pourquoi la photo était cramée sur un bord”, explique-t-il. Pour trouver la solution, il leur faudra aller chercher la réponse sur un forum de passionnés. “C’est la cuve de nitrate qui était en cause”, convient-il dans un sourire.

Évidemment, la technique de prise de vue au collodion, Aude et Sébastien ne l’ont pas apprise sur les forums. C’est auprès d’Éric Antoine, photographe reconnu dans le domaine, qu’ils se sont formés. “Il a fallu que l’on écrive une lettre de motivation”, se remémore Aude tout en allégresse. “Éric Antoine nous avait dit qu’il ne prenait pas de stagiaires et qu’il ne voulait pas former à cette technique des gens qui n’en feraient que le dimanche pour le plaisir”, complète Sébastien. Au final, les 2 photographes s’accordent à dire qu’en 2 jours avec Éric Antoine, ils en ont appris davantage que pendant des mois de recherche sur Internet. “C’était effectivement un peu sélectif comme formation, mais cela nous a permis de franchir un cap dans notre projet”, conclut Aude.

Un peu plus qu’une simple photo

Aujourd’hui, c’est fort de 3 années d’expérience que le Studio Cui Cui peut offrir à ses clients un peu plus qu’une simple photo. “Nous permettons vraiment à nos sujets de vivre le processus du début à la fin”, raconte Sébastien. Et tout commence en effet dans le laboratoire photographique. La sensibilisation de la plaque par la solution au collodion et son placement dans un châssis adéquat sont effectués sous les yeux des clients qui, s’ils ne manipulent pas les produits, observent dans un silence presque religieux le processus qui permettra d’obtenir un portrait d’un autre temps.

© Studio CuiCuiRécolte du lin en Normandie.

La prise de vue est aussi l’occasion de comprendre un peu mieux quels sont les facteurs qui régissent le succès d’une photographie au collodion. Pendant que Sébastien effectue la mise au point “au couteau”, Aude gère la lumière. “Attention, ferme les yeux, le flash est un peu violent”, prévient-elle. Après quelques minutes de réglages et de choix de la pose, la plaque est finalement exposée et peut ensuite être développée. C’est le moment critique durant lequel l’image se révèle, plongée dans un bain de sulfate de fer. “C’est un moment chargé d’émotion pour nous et nos clients puisque c’est l’instant où le portrait apparaît et où nous pouvons observer le résultat”, explique Sébastien. “Une fois, le choc a été tel pour une des personnes venues se faire prendre en photo qu’elle a fondu en larmes à l’apparition de l’image”, se souvient Aude.

© Johana HallmannAude et Sébastien en pleine prise de vue.

Une fois, le choc a été tel pour une des personnes venues se faire prendre en photo qu’elle a fondu en larmes à l’apparition de l’image.

Aude Boissaye, Studio Cui Cui

Puis, la plaque est montée au choix sur un support aluminium (ferrotype) ou verre transparent (ambrotype) : “Évidemment, nous pouvons fournir des fichiers numériques travaillés à nos clients.” Une petite attention bienvenue pour ceux qui souhaitent partager leur expérience sur les réseaux sociaux ou l’envoyer à leurs proches.

Au final, l’accueil chaleureux d’Aude et Sébastien, leur passion pour la photographie au collodion et l’expérience hors du commun que proposent ces deux photographes rendent le Studio Cui Cui unique en son genre. On y va pour la rencontre, mais aussi pour le plaisir d’assister à la naissance d’une image, sous sa forme la plus primaire, et probablement la plus complexe. La rédaction de Focus Numérique ne peut que vous recommander de mettre quelques deniers de côté pour vous offrir un portrait au collodion du Studio Cui Cui.

© studio cuicuiPortrait de Kurosawa.
© studio cuicuiPavillon Puebla.

En pratique

Studio Cui Cui
14 rue Crespin du Gast
75011 Paris
contact@studiocuicui.fr
→ Informations disponibles sur le site http://www.studiocuicui.fr/

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