Amoureux de bon café, de pâtisseries et de photographie, Jeff Hargrove a ouvert en 2016 dans le 3e arrondissement de Paris le Fringe, un coffee shop à la frontière entre petit café de quartier et galerie de photographes émergents. Focus est allé y faire un tour.

Le parcours de Jeff Hargrove est tout aussi atypique que son café. Au milieu des années 1980, il effectue une année d'échange à Paris dans le cadre d'une licence d’informatique et se destine à devenir ingénieur. « J’ai toujours aimé la photographie, mais je ne comptais pas forcément en faire mon métier », explique-t-il. C’est à l’université Paris VII que le jeune homme rencontre Trinh Mano Tuong, qui s’occupe alors du club photo de la faculté et lui propose de suivre son travail. Une rencontre déterminante, qui guidera la carrière du futur photographe.

Quelques années plus tard, alors qu’il effectue sa thèse dans un grand laboratoire, l’actuel propriétaire du Fringe se voit proposer diverses collaborations photographiques, d’abord pour le Bon Marché (pour lequel M. Tuong a travaillé), puis pour des projets plus personnels, dont l’un sur les chanteuses de Shanghai, « effectué au Polaroid" et qui reste pour Jeff Hargrove l’un de ses plus beaux projets. « À cette époque déjà, j’avais envie d’ouvrir un coffee shop parisien, mais je n’y pensais pas vraiment », confie-t-il.

Portrait de Jeff Hargrove, propriétaire du Fringe Café, photo Johana HallmannJeff Hargrove, propriétaire du Fringe.

Plaisir des yeux et des papilles

« J'ai eu un déclic il y a quatre ans », se souvient le photographe. À cette période, le café parisien se résumait encore au petit expresso avalé rapidement au comptoir d'un bistrot sans âge ou à la terrasse des établissements mythiques. « Aux États-Unis, le concept du coffee shop existe depuis trente ans », ajoute-t-il. « Mais il n’y en avait pas encore à Paris ».

Seuls quelques « "révolutionnaires" faisaient le café différemment du robusta que l’on a l’habitude de consommer en France », raconte Jeff avec un sourire. Et le Broken Arm en faisait partie : « c’était l’un des premiers cafés dans lequel le concept du coffee shop émergeait vraiment », se souvient le photographe qui raconte comment la barista réalisait café sur café, « en me faisant goûter chacun de ses essais ; puis elle m’en faisait un autre qui, me disait-elle, “serait bien meilleur que le premier“ ! ».

C'est là que s'est formée l'idée d'un café qui lui ressemblerait et qui allierait saveurs culinaires et photographie : « quelque chose pour le palais et les yeux », précise le photographe. « Je ne voulais pas faire un coffee shop comme les autres, je voulais vraiment quelque chose qui me ressemble. »

Fringe café, photo Johana HallmannLes étagères du café regorgent aussi de trésors.

L'amour du livre photo

Dans son futur café, le photographe souhaite également partager avec une communauté de passionnés, son amour des photographies imprimées. Il est d’ailleurs l’auteur d’un livre documentaire, Paris Coffee Revolution, qu’il a lui-même publié dans une démarche se voulant très "homemade" (ou fait maison). « J’essaie de faire ressortir ce côté très artisanal que j’affectionne, dans les livres photo que je propose comme dans le café et les pâtisseries que nous vendons. »

Dans la bibliothèque, on croise donc au hasard des étagères des ouvrages autopubliés par Chantal Stoman (qui exposait il y a quelques semaines à Montreuil son travail avec de jeunes photographes natifs de Phnom Penh, NDLR), Yann Audic, et bien d’autres encore dont le nom ne vous dira peut-être rien pour le moment, mais qui méritent très clairement d’être découverts. « J’ai même vendu le magazine d’un photographe basque, dans lequel plusieurs passages étaient rédigés en patois, mais c’est aussi ce genre de produit qui me fascine », dit Jeff Hargrove.

Fringe café, photo Johana HallmannQuelques-uns des différents ouvrages consultables au café.

Une démarche valorisante pour les photographes amateurs et professionnels

« La vocation du Fringe n'est pas de valoriser uniquement les professionnels », poursuit Jeff. « Tous les photographes peuvent nous proposer leurs œuvres ».

En effet, s’ils sont en mesure de présenter une dizaine de clichés, la démarche est alors assez simple. L'envoi d'un pdf contenant les images et une présentation du projet suffisent. « Nous sommes sensibles à la démarche des auteurs. Elle nous semble assez essentielle. S'il n'y a pas de projet derrières les clichés, ils ne représentent que des images, pas une histoire », explique le photographe.

Aidé d’un ami lui aussi photographe, Jeff choisit régulièrement quels travaux orneront les murs de son établissement durant les six semaines suivantes — « Si je faisais ça seul, je choisirais toujours le même type de photographies !(rires) ». Une fois sélectionnés, les photographes financent les tirages d’exposition. Jeff Hargrove ne vend aucune photo exposée dans son café : « C’est beaucoup plus simple que nous mettions en relation l’artiste avec le client », précise-t-il.

Jeff ou le Fringe ne touchent donc rien ; le produit des ventes photo va directement au photographe exposé, qu'il s'agisse des tirages ou des livres que les artistes proposent éventuellement en marge de leur exposition pour retracer leur travail.

Fringe café, exposition Amandine Besacier, photo Johana HallmannLes clichés d'Amandine Besacier sont visibles au Fringe jusqu'à mi-juillet.

En somme, le Fringe est un peu plus qu’un simple café dans lequel sont exposés des photographes inconnus. C'est un lieu de rendez-vous pour les travailleurs freelance, les amoureux de la photo et tous ceux qui viennent ici profiter d’une bulle de tranquillité, dans laquelle ils peuvent savourer un bon café et une pâtisserie en feuilletant le livre d’un photographe ou en admirant les clichés exposés au mur. Une halte sereine pour ceux qui veulent se soustraire un moment au tumulte du quartier.

Fringe Coffee Paris 106, rue de Turenne, 75003 Paris Ouvert tous les jours, de 8h30 à 17h30 → Le Fringe sur FacebookLe Fringe sur Instagram

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