2015 avait été l'année de Phase One, avec une nouvelle plateforme de prise de vue XF et le premier dos à 100 Mpx. 2016 a été celle de Hasselblad, qui a dévoilé un nouveau boîtier H6D et deux dos numériques à 50 et 100 Mpx. De quoi repositionner solidement la marque face à la concurrence.

CapteurCMOS 50 Mpx (43,8 x 32,9 mm) (50c) CMOS 100 Mpx (53,4 x 40 mm) (100c)
MontureSystème H
Stabilisationnon
Antipoussièrenon
Viseuroptique. Grossissement 3,1x
Écranoui, sur le dos numérique. 7,5 cm / 921 000 points, tactile.
Mise au pointTrueFocus (1 point) avec correction du décentrement
Modes autofocussimple
Mesures d'expositionspot, pondérée centrale
Modes d'expositionPSAM
Vitesse d'obturationDe 60 min à 1/2 000 s (synchroflash jusqu'à 1/2 000 s)
Motorisation2,5 ips (50c) 1,5 ips (100c)
Sensibilité ISO100 à 25 600 ISO
MémoireSD / CFast
Format image photoJPEG et RAW (3FR)
Format image vidéoHDTV 1080 30p (50c) H.264 / UDH 30p (100c) H.264 et RAW
Alimentation1 batterie Li-Ion 7,2 V / 3 100 mAh
ConnexionUSB 3 type C, HDMI, Wi-Fi, entrée micro, sortie casque, alimentation, sychro flash en entrée et sortie
Dimensions153 x 131 x 205 mm (avec optique HC80 mm)
Poids2,3 kg avec optique HC80 mm
LogicielsPhocus 3
Dans la boîte/

Présentation
Et caractéristiques

Hasselblad H6D-100 éclaté

La gamme Hasselblad H, introduite en 2002, a connu de nombreuses itérations, dont notamment les séries HxD dédiées aux dos numériques. Actuellement, les H3D / H4D et H5D sont encore au catalogue, avec des dos capables d'enregistrer de 31 à 60 Mpx. Des versions 200MS (pour multishot) proposent également une définition de 200 Mpx combinant plusieurs prises de vues.

Dans cette gamme, la marque suédoise a donc lancé une toute nouvelle plateforme de prise de vue associée à deux nouveaux dos numériques CMOS : la série H6D.

Nouveaux capteurs jusqu'à 100 Mpx et vidéo jusqu’à l'UHD en RAW

La nouvelle gamme H6D se décline en deux versions disposant de deux capteurs différents :
— l'H6D-50c, capteur CMOS de 43,8 x 32,9 mm (identique à celui du H5D-50c), 8 272 x 6 200 px ;
— l'H6D-100c, capteur CMOS de 53,4 x 40 mm, 11 600 x 8 700 px.

Les deux capteurs sont fabriqués par Sony qui, pour l'occasion, fait main basse sur une bonne partie du marché moyen format, le géant nippon fabriquant probablement pour PhaseOne et Pentax.

Capteurs pour Hasselblad H6D-50c et 100c

Pour le capteur 100 Mpx, le constructeur annonce une dynamique de 15 IL sur 16 bits (fichiers de plus de 600 Mo...), mais il sera possible d'utiliser le dos en 14 bits pour gagner en réactivité, donc en souplesse d'utilisation. Le mode rafale grimpe à 2,5 i/s sur le 50c et 1,5 i/s sur le 100c.

L'utilisation des capteurs CMOS permet une meilleure gestion du bruit électronique avec une plage ISO revue à la hausse : 100 à 25 600 ISO pour le 50c, et de 100 à 12 800 ISO pour le 100c. Le CMOS autorise également la visée directe sur écran (liveview). Les deux modèles disposent d'un écran LCD tactile multipoint de 920 000 points (7,5 cm de diagonale) et un rafraîchissement de l'écran à 30 i/s. Le focus peaking coloré est également de la partie. Il sera possible d'avoir un retour vidéo avec l'application Phocus Mobile ou sur ordinateur.

Hasselblad H6D-100c vue de dos

Avec cet écran tactile, Hasseblad inaugure également une nouvelle manière de piloter et paramétrer son boîtier, avec une interface graphique remise au goût du jour avec de larges icônes.

Hasselblad H6D interface graphique

L'enregistrement vidéo s'invite pour la première fois chez Hasselblad. Le H6D-50c propose un enregistrement HDTV 1080 à 30 i/s (H.264). Le 100c est sans doute plus intéressant, puisqu'il propose la captation UHD (3 840 x 2 160 px) à 30 i/s. Si le codec H.264 est également employé, il sera possible d'enregistrer en RAW — un format malheureusement propriétaire qu'il faudra de transformer en Apple ProRes à l'aide du logiciel Phocus 3. Avec cette fonctionnalité, Hasselblad est l'une des rares marques à proposer l'enregistrement vidéo en RAW. Voilà qui est plutôt étonnant !

Boîtier revu

Pour le H6D, Hasselblad a revu en profondeur l'électronique de son boîtier afin d'apporter un surcroît de puissance de traitement et de réactivité, à la fois pour le boîtier et le dos numérique. Le boîtier dispose désormais de deux emplacements pour des cartes mémoire avec deux formats différents : SD et CFast. Ce dernier format étant présent pour faciliter l'enregistrement vidéo UDH.

Le H6D dispose désormais d'une connectique moderne et particulièrement intéressante pour la vidéo avec une entrée micro stéréo (3,5 mm), une sortie casque, une sortie HDMI, une sortie USB 3 Type-C pour le transfert des données et le mode connecté, une entrée et une sortie pour la synchro flash.

Hasselblad H6D connecteurs

Le H6D dispose également d'une puce Wi-Fi en standard. Là encore, c'est une première pour la marque et les protocoles les plus récents sont supportés (802.11 a/b/g/n - 2,4 et 5 GHz).

Hasselblad H6D commandes

Côté alimentation, le H6D ne requiert qu'une seule batterie qui alimente à la fois le boîtier et le dos, contrairement au système Phase One qui requiert deux batteries.

Optiques mises à jour

Hasselblad profite de la sortie du H6D pour mettre à jour son parc optique avec des modèles équipés d'obturateurs rapides capables de grimper à 1/2 000 s.

L'ensemble du système H bénéficie de cette mise à jour : les boîtiers jusqu'à H5D pourront désormais déclencher au 1/1 000 s (contre 1/800 s précédemment), et les nouveaux H6D permettent un déclenchement jusqu'au 1/2 000 s. Les optiques disposant de ces nouveaux obturateurs centraux seront marquées d'un petit carré orange.

Hasselblad parc optique pour H6D

Phocus 3 face à CaptureOne Pro 9

Derrière l'affrontement des boîtiers, un autre combat fait rage : celui du logiciel. En effet, PhaseOne s'est largement imposé dans les studios de prise de vue par le biais de son logiciel CaptureOne Pro, qui permet de piloter à distance de nombreux reflex Canon et Nikon en plus des dos PhaseOne. Cette polyvalence et la qualité du rendu des images ont rapidement conquis les photographes qui font désormais confiance à la marque et au matériel associé.

Pour contrer cette hégémonie, Hasseblad présente également une 3e version de son logiciel de traitement des fichiers bruts et de travail en mode connecté : Phocus 3. Cette mise à jour s'inspire grandement de son concurrent de point de vue de l'interface.

Phocus 3 dispose désormais d'outils pour la retouche locale (moirage, accentuation, exposition...), un point très attendu par les photographes. Le logiciel sera capable de lire les vidéos produites par les boîtiers et vous pourrez transcoder les vidéos RAW en Apple ProRes.

Hasselblad Phocus 3

Prix et disponibilité

Le H6D-50c est disponible (sortie avril 2016) pour un tarif conseillé de 23 000 € HT. Naturellement, un programme de rachat du matériel est prévu. Ainsi, si vous possédez un H4D-40/50, Hasselblad vous propose une reprise de votre matériel à hauteur de 8 400 € pour un montant total de 14 500 €.

Le H6D-100c, lui, est disponible (sortie juin 2016) pour un tarif conseillé de 29 000 € HT. La reprise d'un H4D-40/50 vous permettra d'acquérir le nouveau boîtier au tarif préférentiel de 19 500 €.

Notez que le programme de reprise fonctionne également avec du matériel photo non produit par Hasselblad.

Hasselblad H6D vue de côté

Notre premier avis

Hasselblad se devait de réagir face aux attaques réitérées de son concurrent danois. C'est chose faite avec la série H6D et ces dos à 50 et 100 Mpx, qui viennent s'opposer frontalement aux PhaseOne XF IQ3-50 et 100MP.

Au niveau de la définition, le retard est donc comblé. Toutefois, le nouveau H6D manque un peu de mordant pour prendre réellement l'ascendant sur son concurrent direct. Nous aurions aimé un autofocus amélioré, ou des fonctionnalités actuelles comme un mode HDR, timelapse ou un stacking focus comme le propose... Phase One. Sur le papier, la plateforme PhaseOne XF semble un peu plus moderne et un peu plus innovante (pilotage des flashs Profoto intégrés, travail à l'hyperfocale...). Reste à voir comment le boîtier Hasselblad se comporte en production.

L'évolution de Phocus était également attendue et elle est au rendez-vous. Néanmoins là encore, les évolutions sont trop timides et, surtout, le logiciel ne permet toujours pas de piloter d'autres boîtiers à distance, contrairement à CaptureOne Pro.

Le système Hasselblad reste essentiellement intéressant pour son parc d'optiques plus homogène (toutes disposent d'un obturateur central), la variété de ses optiques à décentrement (24, 28, 35, 50, 80 et 100 mm avec un adaptateur) et leur qualité. Le mode vidéo est sans doute voué à évoluer, mais en l'état, il est semble encore trop embryonnaire pour intéresser des vidéastes. Les tarifs Hasselblad sont également plus accessibles que certains équivalents PhaseOne, notamment le modèle à 100 Mpx, disponible à moins de 29 000 € alors que le 100MP de PhaseOne frôle les 34 000 € HT.

Présentation du H6D-50c sur le site de Hasselblad

Présentation du H6D-100c sur le site de Hasselblad

Mode vidéo
Un moyen format pour filmer ?

Le moyen format sera-t-il la norme vidéo de demain ? Alors que Fujifilm vient de lever le voile sur sa série G, on est en droit de se poser la question. L'arrivée de ces très grands capteurs dans le monde de la vidéo fait écho au retour en grâce du 70 mm au cinéma et à la montée en puissance de caméras comme l'Alexa 65 et la Panavision DXL. Cette fascination pourrait à terme constituer un segment conséquent du secteur pour tous les amoureux qui recherchent encore ce rendu si particulier.

Notre unité de test Hasselblad H6D-100 avec un objectif 50 mm, un 100 mm et un convertisseur 1,7x.

Dans cette nouvelle course qui s’enclenche à demi-mot, qu'en est-il de Hasselblad, leader historique du moyen format photographique ? Enterré par certains, géant indétrônable pour d'autres, le constructeur suédois a donc présenté il y a quelques mois le H6D-100, véritable bombe technologique sur le papier, et condensé de ce qui se fait de mieux en photographie numérique. Nous nous sommes penchés de plus près sur les capacités vidéo de ce boîtier décidément hors-normes.

Rappel des faits

C’est la première fois que l’on voit arriver l’enregistrement vidéo sur un dos numérique. L’innovation chez Hasselblad ne s’est donc pas faite par demi-mesures. Doté d’un nouveau capteur CMOS de 100 Mpx, le H6D entend assurer "un rendu du détail tout à fait étonnant. "Capable d’une sensibilité ISO maximale de 12 .800 (...), le H6D-100c filme aussi en UHD (4K), au format de fichier brut spécifique Hasselblad RAW", nous dit-on.

Comment ne pas être intrigué ? Le H6D-100 semble condenser à lui seul l’essentiel de ce que peut souhaiter un vidéaste un peu pointilleux : eEnregistrement UHD 3 840 x 2 160 px, RAW, 16 bits, le tout en interne. Si la dynamique d’image en vidéo est similaire à celle des photographies du boîtier, bingo, il se pourrait bien qu'il enterre sans concession n’importe quelle concurrence.

Prise en main et ergonomie

Construction

Commençons par l’extérieur. Il va sans dire que le Hasselblad H6D-100 jouit d'une excellente fabrication et de finitions impeccables. L’ensemble se compose plusieurs unités : le bloc optique, la chambre principale contenant le miroir de visée, la poignée de déclencheur et le dos numérique. Le boîtier semble plutôt pensé pour les droitiers, car tous les boutons de commande se situent sur la poignée de droite. Le panneau des connectiques (mini-HDMI, mini-jack in/out et 12 V) se trouve sur un panneau latéral à gauche.

Mini HDMI, jack micro, jack casque, alimentation 12 V pour ce panneau latéral.

La prise en main du Hasselblad H6D-100 est un régal. L'ensemble est parfaitement équilibré, d’un poids mesuré, et toutes les commandes sont à portée de doigt et impeccablement réactives, offrant la résistance qu’il faut, ni plus ni moins. Adapté aux grosses papattes comme aux petites mimines, le H6D perpétue la longue tradition d’attention toute particulière apportée par Hasselblad à l’ergonomie universelle de son boîtier.

L’ensemble des informations de prise de vue s’affiche sur un premier écran situé sur la poignée latérale (illuminée au besoin) et sur le sublime écran LCD intégré au dos numérique. Celui-ci jouit d’une clarté stellaire et bluffante, capable de rivaliser avec les meilleurs écrans Oled du marché. Passé en mode Live View en vidéo, il s'agit d'un retour très efficace.

Le dos numérique du Hasselblad H6D-100 et son interface de navigation tactile.

Menus et écran tactile

C’est pour beaucoup le nerf de la guerre. L’essentiel de nos appareils photo sont bourrés de menus à rallonge dont les fonctions nous échappent. Et c’est évidemment lorsque l’on a besoin de la fonction en question que l’on ne sait plus où la trouver.

Le moins que l’on puisse dire c’est que Hasselblad offre une bouffée d’air frais. Il y a l’essentiel, et rien de plus, ce qui offre ainsi une clarté de lecture sans égale. La navigation s’effectue par l’intermédiaire de l’écran LCD tactile… et lui aussi parfaitement réactif. Le toucher est très fin, les zones de sélection, parfaites. De ce côté-là, Hasselblad réalise un vrai sans-faute.

Fonctions vidéo

Codecs et résolutions

Épuration, certes, mais lorsque l’on se penche sur les fonctions vidéo proposées par le menu, force est de constater qu'elles sont réduites à plus que le strict minimum. En effet, seuls deux réglages sont disponibles : résolution et codec.

Le boîtier enregistre soit une vidéo RAW en Ultra HD 3 840 x 2 160 px, soit un flux H264 .MP4 en Full HD ou 720p. Ainsi, il n’est pas possible de définir la cadence d’image de capture ; celle-ci est bridée par défaut à 25 i/s.

Le menu vidéo : réduit au minimum.

Il n’est pas non plus possible d’utiliser des fonctions de réglages de l’image. Log, courbes de gamma, contraste, netteté et consorts sont absents — ce qui n’est pas forcément handicapant en photographie, mais peut s’avérer contraignant en vidéo.

On ne retrouvera pas non plus de fonctions type peaking ou waveform, pourtant pratiques avec ce type de capteur. Une perte parfois compensée par la qualité surprenante de l'écran LCD, qui permet d'avoir une estimation assez juste, mais qui reste handicapante la plupart du temps.

Support et stockage

Côté stockage, le Hasselblad H6D est très bien doté puisqu’il propose un emplacement SD et un emplacement pour CFast 2.0. Les deux peuvent fonctionner de concert, que ce soit en mode miroir ou en mode relais.

En pratique, seule la CFast 2.0 permet l’enregistrement d’un flux UHD en RAW ; la carte SD ne pourra accueillir que des fichiers H264. Ceci s’explique par la taille énorme des fichiers que génère nécessairement un enregistrement RAW UHD à 16 bits. Il vous faudra vous équiper de cartes robustes, mais surtout… de grande capacité.

En effet, une carte de 64 Go permet de stocker environ 6 minutes de vidéo, pour environ 10 Go par minute de rushes. Autant dire que c’est très peu. Mais au regard de la qualité des fichiers, c’est loin d’être une surprise. Il est donc indispensable de fonctionner avec plusieurs cartes pour gagner en confort. Et cantonner immanquablement le Hasselblad H6D à un tournage équipé d’une unité de media management.

Traitement des images

Comment se compose cette unité de media management ? Le format RAW Hasselblad se présente sous la forme d’un fichier .3FV que seul le logiciel maison Phocus 3.0 peut décoder. Celui-ci est gratuit à condition de s’enregistrer sur le site et se montre à l’image du boîtier : clair, précis, efficace.

Vous n'aurez donc pas besoin de tourner mille ans pour comprendre comment importer vos médias, les visualiser grâce à une preview rapide, et les exporter ensuite en DNG. Pour l’expérience, nous avons testé la chose sur un MacBook Pro Retina (2012) avec seulement 8 Go de Ram et une Nvidia GeForce GT 650M, et il s’en sort plutôt bien !

L'interface du Logiciel Phocus 3.0.

On regrettera cependant qu’il ne soit pas possible encore de développer le RAW 3FV directement dans Phocus. En effet, les curseurs restent muets lors de toute tentative de retouche de couleur. Et aucune métadonnée n’est embarquée dans le RAW. Le transcode du .3FV en CinemaDNG 16 bits est d'une simplicité enfantine. La personnalisation du nom de la suite d’image est plutôt fournie et bienvenue !

La fenêtre de personnalisation des séquences DNG.

Ce n’est donc qu’après cette phase de transcode que vous pourrez réellement utiliser vos images tournées sur le Hasselblad. Si on regrette l’absence d’un codec moins lourd que le Cinema DNG — comme l'Apple ProRes annoncé à l’origine —, le résultat est inédit : une suite d’images 16 bits, prêtes à travailler. Reste à savoir comment elles se comportent dans les différents logiciels.

Qualité des images

Au CentQuatre, dans le 19e arrondissement de Paris, avec des profondeurs de champ ultra réduites.
Au CentQuatre, dans le 19e arrondissement de Paris, avec des profondeurs de champ ultra réduites.

Texture générale

Concernant l’aspect général de l’image, il est difficile de rester insensible au rendu moyen format lorsqu'il s’anime sur l’écran. On retrouve ce velouté caractéristique, ces textures aériennes. Bien sûr, le point est toujours plus difficile à attraper, mais une fois que vous l’avez, la magie opère directement en dehors de la caméra. La qualité phénoménale des optiques Hasselblad, optimisées pour le 100MP, aide à constituer ce curieux alliage entre définition et velouté, avec en outre un bruit numérique tellement doux qu'on a envie de s'en faire un coussin.

L’image brute demeure un peu contrastée, avec des noirs très présents, et manque un peu de dynamique par rapport à ce que l'on pourrait attendre. À noter, une légère teinte verte prédomine généralement sur les scènes, quelle que soit la balance des blancs utilisée.

Cinema DNG vs. H264

Comparer le Cinema DNG et le H264 au sein du H6D revient à comparer Mickey Mouse et Margaret Thatcher : a priori c'est idiot, car ça n'a rien à voir. Mais coller côte à côte ces deux codecs permet de mettre en valeur les forces de l'un et les faiblesses de l'autre.

Le H264 interne, tant en 1080p qu’en 720p, s’avère radical. Les filtres de débruitement (denoise) sont très poussés ; cela donne une image très lisse qui ne fait pas honneur au piqué célèbre de Hasselblad. L’aliasing y est aussi assez conséquent, selon les cas et les détails. Le Cinema DNG en revanche ne subit pas cette mollesse. Au contraire : l’essentiel de l’information est là, nette et clairement définie (quand il y a le point).

L'une des principales craintes, à filmer sur un capteur à 100 Mpx, serait de voir apparaître du moiré sur les détails très fins. Rassurez-vous, il n’en est rien ! Sur les façades des bâtiments ou sur les vêtements à détails très fins, le H6D-100 gère comme un chef.

Sensibilité

Pour trouver des défauts au boîtier, il faudra sortir le H6D de sa zone de confort. C’est-à-dire hors d’un shooting en pleine lumière et sur pied.

Le bruit présent continuellement dans les basses lumières ne laisse pas forcément présager que du bon. Car si le boîtier peut monter jusqu’à 12 800 ISO, suggérant par là une sensibilité conséquente, le boîtier en vidéo pêche assez rapidement. La montée en ISO est catégorique sur ce point : le bruit est très nettement visible en basse lumière dès 800 ISO. Ce qui, étant donné la taille des photosites du capteur, peut sembler un peu décevant. La structure du capteur (voir ci-dessous) apparaît régulièrement, surtout après un certain temps de chauffe. À 6 400 ISO, d'autres boîtiers plein format semblent plus sensibles.

Hautes lumières

Les hautes lumières ne s’en sortent pas mieux : presque systématiquement, les "hotspots" créent des aberrations chromatiques très visibles avec une perte très nette de définition, comme en témoignent les contours des plafonniers de l'image ci-dessus et le contour des branches et des bâtiments de l'image ci-dessous.

Les contours sont très nettement pollués par les hautes lumières.

La post-production

Pour mieux nous rendre compte des bénéfices du Cinema DNG généré par Phocus (et évaluer par là sa dynamique), nous avons inséré les séquences d’images dans le logiciel d’étalonnage DaVinci Resolve.

Plusieurs surprises s’enchaînent dès lors. D'abord, l'absence de métadonnées (déjà notable dans Phocus) rend le RAW quasiment inexploitable par le module de développement de Resolve. Il est impossible de jouer sur les ISO du fichier, la balance des blancs ou encore la teinte du clip. De plus, on constate aussi sur certaines sorties DNG — et ce, quel que soit l’ordinateur ayant effectué les transcodes —, un changement de teinte sur les premières images du clip. Une poésie qui n’est pas sans rappeler les fuites de lumière des pellicules argentiques, mais qui peut s’avérer dramatique sur une image numérique.

Impossible de toucher les réglages du RAW dans DaVinci Resolve !

Exemple de vidéo

Conclusion
Pour le monde vidéo

Placé en situation de stress, le Hasselblad H6D-100 ne semble pas tenir la cadence. Pourtant son matériel de base est excellent. En réalité, le traitement actuel de son signal rend difficile l'évaluation de ses performances réelles. Avec peu de visibilité sur la fabrication des fichiers 3FV, les anomalies constatées peuvent peut-être simplement venir de la phase de transcode vers le Cinema DNG, tant le terrain est nouveau. Il convient donc de prendre les résultats de ce tests avec quelques pincettes. Il est possible — voire probable — que les moteurs de calculs du logiciel ne soient pas encore optimaux, étant donné qu'il s'agit là des premiers pas de Hasselblad dans le monde la vidéo. Ou que faute de documentation, certaines calibrations nous aient échappé.

On ne saurait donc considérer ce test comme définitif, car une mise à jour du firmware (micrologiciel) du H6D ou de Phocus pourrait drastiquement changer la donne et donner des outils plus avancés aux vidéastes.

Matériellement en effet, le H6D-100 possède tous les atouts nécessaires à sa réussite : une excellente définition, une texture à tomber par terre, très peu d'effets de moirés et d'aliasing. C'est le traitement du signal qui pêche. D'abord à la source, où il ne semble pas être exploité de manière optimale. Puis en post-production ; il faudrait qu'à l'instar du .R3D ou du ArriRaw, Hasselblad démarche les éditeurs de logiciels afin de rendre la gestion du .3FV natif dans la plupart des logiciels dédiés. Cela éviterait cette étape opaque de transcode en Cinema DNG, où l'on n'a que très peu la main sur les capacités de développement de l'image.

Hasselblad a réellement une carte à jouer en vidéo. Il faut rappeler également que tous les défauts listés n'apparaissent qu'en situation de stress. Or, les boîtiers Hasselblad n'ont jamais été destinés aux photographes en vadrouille. Il en est de même pour la vidéo. Dans un environnement ultra-maîtrisé, avec un bon apport en lumière, le H6D possède déjà une base de travail solide. Il permet de délivrer des images spectaculaires, dotées d'un bruit numérique très doux.

Le boîtier serait idéal pour de la publicité ou du clip en studio, à condition de laisser un peu plus la main au vidéaste par l'intermédiaire des quelques fonctions de réglages avancées. Peaking, courbes de gamma, vrai développement RAW, choix dans la cadence d'image sont des réglages qui manquent cruellement en l'état actuel des choses. Refuser la débauche de fonctionnalités est acceptable, à condition que l'image proposée soit absolument parfaite.

En l'état, le Hasselblad H6D souffre encore de plusieurs erreurs de jeunesse, mais on est en droit d'être enthousiaste face à ce qu'il pourrait devenir. Le constructeur suédois semble actuellement se pencher de très près sur son développement vidéo. Il y a fort à parier que ce prélude un peu décevant augure d'avancées majeures et que le H6D ne restera pas longtemps à ce stade. On attend la suite.

+
  • Une excellente prise en main
  • Menus clairs et réactifs
  • Le rendu moyen format appliqué à la vidéo
  • Un fichier UHD peu compressé en 16 bits
  • Bruit numérique très doux
  • Pas de moiré et peu de rolling shutter
  • H264 très destructeur
  • Sensibilité faible
  • Aberrations chromatiques dans les hautes lumières
  • Pas de réel développement RAW (perte des métadonnées)
  • Post-traitement laborieux
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

Sylvain Bérard

Photographe et étalonneur numérique pour le cinéma, amoureux du documentaire et des textures d’images. Grand utilisateur de sac à dos et de compagnie de voyages. Ses publications 

Les prix
Hasselblad H6D-100
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