Quentin Caffier aime la couleur. Dans ses clichés, les teintes saturées à l’extrême fusionnent en de subtils dégradés qui témoignent d’une grande maîtrise de la lumière. Ce photographe portraitiste nous explique la façon dont il utilise les outils d’étalonnage de Datacolor, depuis la prise de vue jusqu’à l’impression des images.

Vous utilisez depuis quelque temps le Datacolor SpyderCube, conçu pour fournir les informations d’éclairage au moment de la prise de vue. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Ce petit cube, je l’ai toujours à portée de main. Dès que les conditions de lumière sont un peu compliquées, je le sors, et je l’intègre à la scène que je veux photographier. Et ça arrive fréquemment car même si je travaille essentiellement en studio, j’ai la chance de disposer d’une grande verrière de huit mètres sur six qui me permet de photographier aussi bien en lumière du jour, qu’en éclairage artificiel. Récemment, j’ai réalisé une série de prises de vues en lumière naturelle pour un catalogue de chaussures. Evidemment, les conditions d’éclairage ne cessaient de changer. Le moindre nuage passant devant le soleil provoquait un assombrissement de la scène et un changement de la température de couleurs. Du coup, j’étais quasiment obligé de refaire la charte de gris à chaque image. Pour faciliter le traitement ultérieur des clichés, j’ai simplement cadré un peu plus large que nécessaire, et j’ai intégré le Datacolor SpyderCube sur le bord de l’image, sachant que je pourrais ensuite recadrer pour le faire disparaître. De cette manière je pouvais refaire ma charte de gris sur chaque photo en quelques secondes, afin de corriger les dominantes de couleur. L’avantage du cube, par rapport à une charte classique, c’est qu’il intègre aussi un petit trou noir, qui va représenter la zone la plus sombre de l’image. Et la petite perle argentée située au sommet du cube renvoie la lumière et me donne la plus haute valeur de luminance. Ces deux informations me permettent de mesurer très précisément le contraste de la scène.

Exemple usage DataColor SpyderCubeDe la peau, du cuir mat et brillant et des teintes subtiles, le tout éclairé par la lumière du jour qui change en permanence. Dans ces situations, le Datacolor SpyderCube se révèle précieux pour corriger en un instant la moindre dominante de couleur.

Lorsque vous travaillez en lumière artificielle, vous n’utilisez la mire de contraste du cube qu’une seule fois en début de séance ?
Non, pas forcément. Les photographes amateurs oublient parfois qu’un modèle n’est pas complètement statique tout au long de la séance. Il suffit qu’il s’approche ou s’éloigne légèrement des sources de lumière, qu’il change de vêtement ou qu’on modifie le cadrage pour qu’un ajustement de l’exposition se révèle nécessaire. C’est bien sûr moins fréquent qu’en lumière naturelle, et la dérive colorimétrique sera moindre, mais il faut y penser, de manière à obtenir un même rendu tout au long du shooting. Mais bon, tout ça ne vaut que si l’écran sur lequel on va effectuer le traitement est parfaitement calibré.

Il est mille fois préférable d’acheter un écran moyen de gamme que l’on calibrera régulièrement avec une sonde, plutôt que d’investir dans un modèle haut de gamme qui ne sera jamais étalonné.

Quentin Caffier

Si vous aviez photographié en lumière artificielle, le shooting aurait été nettement moins contraignant, non ?
La lumière du soleil possède une richesse, une qualité qu’il est très difficile d’atteindre en éclairage artificiel. D’autant que pour simuler une source lumineuse d’une telle taille, ma verrière mesure 8 mètres sur 6, il aurait fallu installer un cadre de toile immense éclairé par derrière par de multiples spots. Ça aurait été très compliqué, et encore une fois, je n’aurais peut-être pas obtenu le résultat escompté. Le soleil passant au travers de la grande verrière apporte un éclairage très doux. Pour le rendu des cuirs de chaussures, c’est idéal car cela permet d’obtenir de la brillance, mais sans excès de contraste. Et encore une fois, l’appareil étant relié à l’ordinateur, je n’avais besoin que de quelques secondes pour étalonner la balance des blancs en me servant du cube comme référence.

pour modifier la colorimétrie en connaissance de cause, il est impératif que la balance des blancs soit juste, et l’écran, parfaitement calibré. Pour modifier la colorimétrie en connaissance de cause, il est impératif que la balance des blancs soit juste, et l’écran, parfaitement calibré. Et c’est d’autant plus vrai lorsqu’on travaille sur des teintes chair.

Un étalonnage correct de l’écran est en effet essentiel, pourtant, de nombreux photographes rechignent à investir dans une sonde colorimétrique.
Oui, c’est une chose que je constate régulièrement. Je rencontre fréquemment des photographes amateurs qui surinvestissent dans la technique, et qui d’ailleurs réalisent des photos très propres techniquement. Ils s’efforcent de bien caler la balance des blancs à l’aide d’une charte de gris et disposent d’un coûteux écran LCD. Mais ils ne vérifient jamais l’étalonnage. Et cela pose problème parce qu’ils vont traiter leurs clichés sur un écran qu’ils imaginent parfaitement équilibré, alors qu’il affichera peut-être une forte dominante rouge ou cyan. Et ce défaut apparaîtra bien visible si les photos retouchées sont ensuite consultées sur un écran correctement calibré. Dans mon travail, et notamment en photo de mode, le respect de la couleur est essentiel. Pour cette raison, j’effectue un étalonnage de mes écrans toutes les semaines, à l’aide de la sonde Datacolor Spyder 5 Elite. L’opération prend moins de 10 minutes, juste le temps nécessaire pour me prendre un petit café. Mais il m’arrive de l’utiliser avant d’entreprendre une longue séance de retouche pour être certain d’être bien calé. Après, rien ne m’empêche de modifier la colorimétrie d’un cliché, pour obtenir un rendu plus chaud, ou plus froid, en fonction de mes envies. J’aime notamment accentuer les couleurs, parfois jusqu’à atteindre une saturation excessive. C’est un choix artistique assumé. Mais pour jauger très précisément l’intensité de la retouche colorimétrique, il faut que ma balance des blancs soit parfaite, et que l’écran soit calibré de manière impeccable.

Une bonne imprimante jet d’encre est indispensable pour imprimer une photo présentant une telle richesse de dégradé des couleurs saturées. A condition bien entendu de disposer du profil ICC adapté au papier et à l’encre utilisés.


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Fondée en 1970, la maison Datacolor fournit aux photographes du monde entier des solutions complètes garantissant le rendu précis des couleurs des images, de la prise de vue à l’impression. Aujourd’hui, plus d’un million de photographes et de créatifs utilisent les produits Spyder, les instruments de mesure colorimétrique et les logiciels de Datacolor.


Une fois le traitement de l’image achevé, il ne reste plus qu’à l’imprimer, mais là encore, ça n’est pas toujours évident.
C’est souvent un casse-tête. Je me souviens, lorsque j’ai commencé la photo, à quel point j’étais frustré de constater que les photos sorties de mon imprimante jet d’encre ne correspondaient pas à ce que je voyais sur mon écran bien calibré. La raison est liée au fait qu’une imprimante d’une marque donnée est conçue pour fonctionner avec certaines références de papier et bien entendu en utilisant l’encre constructeur. Et cette limitation peut poser problème, comme je l’ai constaté récemment. Je souhaitais imprimer des photos pour une expo, mais aucun des papiers compatibles avec mon imprimante n’offrait le rendu attendu. J’ai fini par trouver le bon papier, mais il n’était pas compatible. C’est dans ce genre de situation qu’on va se servir du Datacolor Spider Print. On commence par imprimer une mire de test sur le papier qu’on souhaite utiliser, puis, on mesure la colorimétrie à l’aide du spectrocolorimètre. L’appareil créé alors un profil ICC qu’il suffira d’utiliser lors de l’impression, pour obtenir un résultat conforme à ce qui s’affiche sur l’écran. Cela marche aussi si l’on utilise une encre compatible, plutôt que celle du fabricant.

A PROPOS DE QUENTIN CAFFIER

Après des études littéraires (hypokhâgne, khâgne), Quentin Caffier s’oriente vers la photo et se forme durant trois ans à l’ENS Louis Lumière. Il devient photographe professionnel et se spécialise dans le portrait, la mode et la publicité. A titre personnel, il poursuit son exploration de l’image, en s’efforçant d’intégrer son passé punk et geek dans ses recherches. Il se diversifie aujourd'hui dans la vidéo et les expérimentations mélangeant les prises de vue réelles et la 3D. Fidèle à Canon, Quentin utilise un EOS 1D-X sur lequel il greffe ses deux optiques fétiches : d’abord le 70-200mm f/2.8 IS II USM, ensuite le 85 mm f/1.2 II USM, un objectif atypique par son ouverture immense, mais qui, d’après lui, n’a pas son égal pour le portrait.

Quentin Caffier : une histoire de couleur
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