Cette deuxième partie de la série consacrée à l'astrophotographie avec du matériel photographique standard est la suite de l’article sur les réglages et la technique photo à connaître : "L’astrophotographie au trépied : technique et réglages".

L’astrophotographie demande un minimum de préparation pour effectuer une sortie nocturne. Selon la météo, le lieu, la pollution lumineuse environnante et la configuration du ciel, vous n’obtiendrez pas le même rendu d’un jour à un autre ou d’une saison à une autre, pour le même endroit.
Le choix de l’emplacement, son cadrage, sa composition et le sujet choisi sont également à réfléchir en avance… Passons en revue tous les points à connaître pour préparer et réaliser correctement sa prise de vue nocturne.

Préparer sa prise de vue

La météo

Composante essentielle de votre projet, la météo va créer l’atmosphère de votre image : un ciel sans nuages est le signe d’une session photo réussie. Mais il ne faut pas non plus se cantonner à des nuits claires : les nuages peuvent compléter votre photo et donner au ciel plus de volume.
Pour connaître le ciel des prochains jours, vous pouvez utiliser :

Meteoblue , un site météo plutôt précis sur les prévisions à 3 jours, qui possède une rubrique intéressante (Astronomical Seeing, à consulter ici). Cette dernière détaille la couverture nuageuse sur les nuages de basse, moyenne et haute altitudes, la présence de la Lune, ainsi que les indices de seeing, qui vous donnent une note sur 5 de la qualité du ciel. D’autres paramètres sont également affichés, comme la valeur du seeing (mesuré en seconde d’arc ; plus sa valeur est faible, plus les étoiles sont fines), la vitesse des vents en haute altitude (plus il y en a, plus les étoiles vont scintiller)…
• À quelques heures de votre sortie, vous pouvez consulter Sat24, qui vous permet de suivre toutes les 20 minutes la couverture nuageuse. Avec un peu d’habitude, vous pouvez anticiper le déplacement des nuages, ce qui vous donne une vision confortable de ce qui va se produire une fois sur le site de prise de vue.
• Sur mobile, vous pouvez retrouver Meteoblue et Sat24, ainsi que ClearOutside, qui est une application ayant la même interface que la page astro de meteoblue. À télécharger absolument pour les avoir sur soi, d’autant qu’elles sont toutes gratuites et sur les 2 OS Android et iOS !

Les nuages peuvent renforcer l'ambiance de votre image : ici, les nuages de haute altitude sont éclairés par une Lune rousse sur le point de se lever. La pollution lumineuse à gauche éclaire l'horizon.

La pollution lumineuse

Une autre composante qui va décider de l’atmosphère de votre photo, c’est la pollution lumineuse : causée par l’éclairage public des rues et des monuments, elle créée une aura jaunâtre dans le ciel, plus ou moins perceptible à l’œil nu ; sur les images, elle est malheureusement beaucoup plus visible, l’appareil y étant plus sensible. Même si des efforts sont faits pour tenter de la contenir, comme le label des "Villes et villages étoilés" (délivré par l’ANPCEN), il est presque sûr que vous aurez de la PL (abréviation de la pollution lumineuse) sur votre image, plus ou moins selon votre position et l’orientation de votre prise selon l’agglomération la plus proche.
Pour préparer au mieux votre session photo, utilisez les cartes issues de l'excellent travail de l’association Avex, qui fait office de référence nationale concernant ce sujet : Cartes de pollution lumineuse.

Plus la couleur vire au rouge/blanc, moins le ciel est bon ; au contraire, plus le ciel vire vers le bleu/noir, mieux c’est. Un bon ciel débute à partir des zones en vert. Vous devrez donc probablement faire quelques dizaines de kilomètres avant de trouver un bon spot…

Pour contrer en partie cette pollution lumineuse, il existe des filtres spécialement développés pour la réduire, comme le NiSi Natural Night que nous avons testé dans l’article suivant : test Nisi Natural Night.

Anticiper les événements astronomiques

Connaître la position de la Voie lactée en fonction des saisons (sa plus belle portion, le centre galactique, n'est pas visible en hiver, par exemple, pour la France métropolitaine), savoir ce qu'est la lumière zodiacale et quand la photographier, prendre les étoiles des plus grandes constellations, trouver la galaxie d'Andromède ou la nébuleuse d'Orion (elles sont accessibles avec vos appareils), capturer la lumière cendrée sur la Lune, les pluies d'étoiles filantes, les conjonctions (rapprochement) entre la Lune et certaines planètes… tout ou presque peut être connu à l'avance, ce qui vous prépare pour réaliser de belles images de ces phénomènes.
Pour connaître les moyens de programmer vos sessions photo en fonction des événements astro, vous pouvez consulter notre article dédié :

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Avec les outils météo, la carte de la pollution lumineuse et ceux dédiés aux événements astronomiques, préparer votre session astrophoto deviendra (presque) un jeu d'enfant !

Le lieu en lui-même : effectuer un repérage

Si possible, effectuez un repérage de jour sur votre lieu de prise de vue, pour vous assurer qu’aucun élément ne vous dérangera (ligne THT, maison…) et pour mieux prendre vos marques dans l’environnement proche. Un repérage de nuit vous permet également d'évaluer l’étendue de la pollution lumineuse, mais également l’éclairage des monuments si vous souhaitez les photographier avec les lumières allumées ou non (et donc de connaître l’heure d’extinction de l’éclairage, qui peut varier selon les jours de la semaine et les saisons, car les monuments peuvent être éclairés plus longtemps le week-end et l’été).
Si vous ne pouvez pas vous rendre sur place, utilisez Google Map (ou Google Earth) avec le mode StreetView, ce qui peut vous donner un aperçu des lieux. Mais rien ne vous dit que l’environnement n’a pas évolué depuis le passage de la Google Car… si elle est passé là où vous souhaitez faire votre prise.

Équipement et accessoires

N’hésitez pas à vous équiper de quelques accessoires pour ne manquer de rien une fois sur place :

  • lampe frontale, avec si possible une lumière rouge pour réduire l’éblouissement (l’œil s’habitue à l’obscurité au bout de 10 minutes environ, ne regardez pas les phares des voitures ou votre lampe directement…).
  • Des vêtements chauds pour l’hiver : sous-pull, chaussures avec des semelles épaisses (le froid vient aussi par le sol) et chaussettes épaisses, un bon manteau… vous n’allez pas beaucoup bouger et le froid peut vite se faire ressentir.
  • Des batteries supplémentaires si vous souhaitez rester longtemps sur place ou faire un "trip" photo de quelques jours. Les batteries se déchargent plus vite lorsqu’il fait froid.
  • Une télécommande filaire/un intervallomètre : pour ne pas faire bouger l’appareil lors du début de la pose en appuyant directement sur le bouton du déclencheur, vous pouvez utiliser une petite télécommande filaire, ou bien un intervallomètre qui vous permet de programmer une série de prises selon un temps de pose, un intervalle et un nombre de photos défini à l’avance.

Lors des Nuits astronomiques de Touraine, les astronomes et astrophotographes amateurs sont tous équipés avec les accessoires indispensables, dont les lampes frontales avec la lumière rouge.

Les paysages nocturnes

Réussir sa prise de vue

Avec tous ses réglages, l'équipement adéquat et la préparation, on pourrait penser que l'astrophotographie est une discipline sérieuse, voire scientifique. Le ciel et les paysages terrestres nous offrent pourtant un double terrain de jeu ! L'esthétisme, l'originalité et la recherche d'une bonne composition sont primordiaux pour réussir votre photo. Savoir se placer au bon endroit au bon moment (parfois, cela peut se jouer à la minute près avec l'ISS) est très important. Les règles et astuces issues de la photographie peuvent s'appliquer ici.

La règle des tiers (Maîtriser la règle des tiers) permet de caler votre scène nocturne et de respecter l'équilibre de la composition entre les différents éléments, comme une constellation dans le ciel avec un arbre au sol. L'harmonie et la complémentarité des couleurs sont également importantes : un beau ciel bleuté, provoqué par la Lune ou le début de la nuit, peut aller de pair avec la pollution lumineuse jaune. La dynamique de l'image entre les zones éclairées et sombres permet de renforcer votre image : n'hésitez pas à inclure dans votre prise de vue un élément éclairé (comme un monument, la Lune) ou bien la pollution lumineuse, qui peut contraster les éléments du sol avec le ciel à l'horizon, donnant des formes en ombre chinoise sur un fond lumineux. Il sera parfois nécessaire de prendre en photo votre paysage nocturne avec différents temps de pose pour récupérer les zones surexposées (monuments) ou sous-exposées (paysages en pleine campagne, surtout sans la Lune), puis de recomposer la scène originale sur Photoshop avec de bonnes expositions.

Le Mont-Saint-Michel est une très belle cible pour le paysage nocturne ; à la fin de l'heure bleue, l'éclairage de l'archange lance de grands faisceaux vers le ciel, la passerelle s'illumine avec une lumière qui la parcourt entièrement. Sur cette prise de vue panoramique, le Mont est accompagné des planètes Vénus et Jupiter, ces 2 "étoiles" brillantes à gauche.

Voir plus grand : le panoramique

Évolution de la photographie au grand-angle, la technique du panoramique vous permet d'atteindre à la fois des images avec un champ que vous ne pourriez pas obtenir avec votre objectif, mais également d'améliorer la qualité de l'image finale, une fois assemblée.
L'idée du panoramique est simple : il s'agit d'additionner plusieurs images une à une, pour former une grande mosaïque finale. Chaque image doit avoir une partie en commun avec sa ou ses voisines (dite zone de recouvrement) pour que le logiciel puisse savoir comment placer chaque prise par rapport aux autres.

Le grand intérêt de la prise de vue panoramique est la taille du champ couvert par la mosaïque : il peut être de 360° si vous effectuez un tour complet, mais bien souvent un champ de 90 à 120° (horizontalement) peut suffire à prendre une belle portion du paysage terrestre et nocturne, et de bien révéler la Voie lactée.

L'autre grand intérêt de la prise de vue panoramique est l'amélioration importante de la qualité d'image : en utilisant des objectifs standards (qui ne sont pas nécessairement des fish-eyes/ultra grands-angles), ainsi qu'en respectant les règles mentionnées dans le premier article à propos des défauts optiques (L’astrophotographie au trépied : technique et réglages), la coma et le vignettage seront moins visibles (voire plus visibles du tout) et le bruit sera noyé dans la définition de l'image finale. La finesse des étoiles et leur éclat respectif seront améliorés par un effet de champ de vision élargi. Comparée à des prises de vues réalisées avec des ultra grands-angles parfois très onéreux, cette technique les surpasse par la finesse de l'image finale, son homogénéité et la quantité de détails pour un investissement financier moins important, mais au prix d'efforts sur le site de la prise de vue et surtout en retouche (nécessité d'utiliser un logiciel d'assemblage, ou bien l'outil Photomerge sur Photoshop).

Avec la technique du panoramique, l'abbaye de Solemes, sur les bords de la Sarthe, est placée dans son environnement terrestre et céleste... pollution lumineuse comprise. Elle est le résultat d'une trentaine d'images prises avec un Samyang 35 mm f/1,4 AS UMC fermé à f/4. Grâce à la définition et la finesse rendue possible avec cette technique, l'image peut être tirée sur de très grands formats (plus de 2 m de long) tout en conservant beaucoup de détails.

Nous n'aurons pas le loisir de développer cette technique complexe mais passionnante dans cet article. Toutefois, nous vous conseillons très fortement de visiter l'excellent site d'Arnaud Frich et de découvrir (ou perfectionner) cette méthode : Guide de la photo panoramique.

La troisième partie partie de cette série abordera la dernière étape souvent essentielle en astrophoto, le traitement de l'image, avec les logiciels DxO Opics Pro et Lightroom.

Maxime Oudoux

Photographe Indépendant spécialisé en astrophotographie, amoureux du ciel et des paysages nocturnes. Ses publications 

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