L'été est une saison propice aux orages, phénomènes sublimes qui peuvent donner des clichés que vous n'oublierez pas, mais qui ne sont pas forcément faciles à photographier. Voyons donc ensemble comment procéder.

Licence Creative Commons BY-NC-ND [The Waterboy](https://secure.flickr.com/photos/steven-young/3393895940/)Licence Creative Commons BY-NC-ND The Waterboy

Quelques précautions

Avant même de parler de photo, il convient de rappeler quelques règles de sécurité élémentaires. Les orages sont des phénomènes dangereux : vous pouvez mourir foudroyé ou être atteint de séquelles graves (voilà, j'ai cassé l'ambiance !), sans compter les risques d'inondations et de coulées de boues soudaines selon la région où vous vous trouvez. Respecter donc ces quelques règles élémentaires de prudence :
• prévenez quelqu'un si vous prenez une voiture pour aller photographier en plein orage ;
• ne partez pas sans être un minimum préparé : eau, nourriture, téléphone portable pleinement chargé, vêtements adaptés (chauds, de pluie), lampe de poche...
• ne roulez pas à 200 km/h sur l'autoroute sous des trombes d'eau pour essayer de prendre un orage de vitesse ;
• si vous êtes dans une région sujette aux inondations rapides (je pense au sud de la France, aux Cévennes, etc.), faites vraiment attention. Ne vous aventurez pas sur des routes inondables, écoutez les prévisions, n'essayez pas de passer une route où il y a 5 cm d'eau (c'est déjà trop !) ;
• rappelez-vous que sous l'orage, vous risquez d'être foudroyé. Les conseils que vous donnait vos parents quand vous étiez petit tiennent toujours ! Évitez d'être l'élément le plus haut (ou près de l'élément le plus haut : ne vous réfugiez pas sous un arbre !), et votre voiture reste l'abri le plus proche.

Si vous comptez partir régulièrement à la chasse aux orages, renseignez-vous plus avant sur cette discipline et sur ses dangers. Le site Chasseurs d'orages est bien connu pour ça, faites-y un tour.

Maintenant que nous avons fini de vous terroriser , voyons comment bien préparer votre séance photo sur un plan plus photographique.

Préparatifs

Le choix du lieu

Si vous avez déjà regardé quelques photos d'orages, vous avez dû vous rendre compte que la plupart de ces clichés sont pris depuis un point de vue en hauteur. En effet, c'est la meilleure solution pour visualiser des éclairs en entier, que vous souhaitiez vous concentrer sur l'éclair en lui-même ou sur la majesté du paysage.

Repérez donc quelques endroits en hauteur offrant un beau point de vue, et accessibles en moins d'une heure de voiture depuis chez vous. Vous pouvez en trouver partout, même dans des régions réputées "plates" ! Si, comme moi, vous habitez le nord de la France, pensez aux terrils, et dans le pire des cas, trouvez un endroit dégagé. Vous pouvez utiliser la fonction relief de Google Maps ou Google Earth pour en trouver plus facilement près de chez vous.

Le matériel

Nous verrons pourquoi dans la partie "prise de vue" juste après, mais il vous faut un minimum de matériel, notamment un appareil photo doté des caractéristiques suivantes :
• le Mode M (manuel) ;
• la Pose Bulb ou à défaut pose longue (10 s et plus) ;
• la prise de vue en RAW ;
• une connectique pour une télécommande (vous pouvez également utiliser le retardateur, mais de manière plus aléatoire) ;
•  pouvant être lesté si possible
• un filtre UV, un pare-soleil, et d'une manière générale, une protection contre la pluie.

Concernant les 2 derniers points, c'est tout simplement pour protéger votre matériel de la pluie et du vent — aussi bien pour sa "survie" que pour la prise de vue. Un trépied qui bouge à cause du vent, non seulement c'est un risque pour votre appareil, mais en plus ça ne vous permettra pas d'avoir de jolies photos. Le filtre UV et le pare-soleil protègent un maximum votre objectif de la pluie, mais il faudra quand même essuyer le filtre de temps à autre, selon ce qui tombe. Si votre matériel ne profite pas d'une conception "tout temps" (ou "tropicalisée"), ne le laissez pas sous une pluie battante juste pour un cliché... qui sera son dernier. Le matériel non résistant contre les intempéries tolère le plus souvent une petite pluie, et une pluie moyenne si vous le protégez bien, mais pas plus.

Technique de prise de vue

Nous traiterons ici principalement de la photo d'orages de nuit, parce que c'est plus courant et aussi beaucoup plus simple à photographier.

Si on dit "rapide comme l'éclair", ce n'est pas pour rien : ne comptez même pas de prendre un éclair de vitesse en espérant déclencher assez vite pour l'avoir. Avec beaucoup de chance, vous pourriez obtenir un cliché — auquel cas ne jouez plus au loto, car vous aurez épuisé tout votre capital chance pour 20 ans !

Il y a cependant une méthode plus simple. En fait, on va mettre l'appareil sur un trépied, de façon à pouvoir effectuer une pose longue. L'idée est que pendant toute la longueur de la pose, on va exposer correctement le paysage, et avec un peu de chance, il y aura un éclair pendant la durée de la pose. Ainsi, le paysage est bien exposé grâce à la pose longue, et les éclairs s'affichent en quelque sorte en "surimpression" — comme dans le lightpainting. Étant très lumineux par définition, les éclairs n'ont pas besoin d'être exposés longtemps pour être visibles sur la photo. À vous de déterminer quelle durée permet d'exposer correctement le paysage sans non plus que ça ferme à f/32.

S'il fait suffisamment sombre, vous pouvez également utiliser le mode Bulb : il consiste à démarrer une pose longue en appuyant sur le déclencheur, et à l'arrêter en le relâchant : vous contrôlez ainsi directement la durée d'exposition. Dès qu'un (ou plusieurs) éclair(s) a(/ont) éclaté, on arrête la pose. L'inconvénient est que si vous faites une pose trop longue, l'image risque d'être surexposée, surtout si le paysage est lumineux (merci la ville et la pollution lumineuse...). Mais rien ne vous empêche de le faire pendant 8 ou 10 s seulement. Vous pourrez relâcher dès qu'il y a eu un éclair (ou même un peu après pour exposer suffisamment), donc mieux contrôler ce qui figurera sur votre image, tout en ayant plus de chance de saisir le passage de la foudre.

• Placez donc votre appareil sur son trépied, bien droit par rapport à l'horizon.
• Comme dans toute photographie en pose longue, pensez à utiliser l'option de verrouillage du miroir.
• Pour la même raison, utilisez votre télécommande pour éviter de bouger l'appareil en déclenchant.
• Faites la mise au point sur l'infini (c'est le plus simple). Comme ça peut être difficile à faire de nuit, vous pouvez le faire avant de partir.
• N'oubliez pas de bloquer ensuite la mise au point en la réglant sur Manuel sur votre objectif.
• Passez en mode M sur votre appareil, avec ces réglages : Sensibilité ISO au minimum, ouverture selon la luminosité du paysage et la proximité de l'orage. Plus le paysage sera lumineux (présence d'une ville ou nuit pas encore noire), plus il faudra fermer. Et plus les éclairs seront proches, plus ils seront lumineux, plus il faudra fermer. Ici pas de secret : il faut faire des essais pour voir quelle exposition vous convient.
• Vitesse d'obturation en mode Bulb, ou en pose longue à défaut. Ici aussi, la longueur maximale de la pose est déterminée par la luminosité du paysage. À vous de tester.

Et voilà, vous n'avez plus qu'à déclencher, et attendre qu'un ou plusieurs éclairs éclatent pendant votre pose. Vous aurez pas mal de déchets au début, mais il faut persévérer : avec l'expérience, ça viendra.

Si vous souhaitez faire ce type de photo de jour, il est évident qu'une pose trop longue surexposera systématiquement vos images. Plusieurs solutions s'offrent alors à vous :
• Utiliser un filtre ND pour diminuer la luminosité globale. Apparemment, un filtre ND8 est un bon compromis, en permettant de baisser le temps de pose à une seconde (il faut quand même avoir de la chance !) sans pour autant trop diminuer la luminosité des éclairs sur l'image.
• Tenter la rafale : bon courage ! Gardez un temps de pose d'au moins quelques dixièmes de secondes (en fermant le diaphragme à f/8 ou f/10), de façon à capturer tout l'éclair, et pas seulement sa naissance.
• Utiliser un dispositif spécial, qui détecte les éclairs. Ça coûte assez cher, et se base soit sur un changement soudain de luminosité, soit sur la détection d'ondes radio émises par la foudre, soit sur la détection du champ électrique. Si jamais vous vous passionnez pour la photo d'orage, ça pourrait être un bon investissement, mais si vous débutez, ce n'est sans doute pas vraiment la peine pour le moment.

Licence Creative Commons BY-NC-ND [TheLightningMan](https://secure.flickr.com/photos/thelightningman/5998981496/in/photostream/)Licence Creative Commons BY-NC-ND TheLightningMan

Dernières astuces

En matière de composition, tout dépend comme toujours de votre intention, mais il est souvent intéressant d'utiliser un objectif grand-angle, en laissant une grande place au ciel, sans oublier d'inclure une partie du sol et du paysage. Ceci donnera une notion d'échelle à votre image, indispensable pour faire ressortir tout le grandiose d'un orage.

À part ça, shootez en RAW. C'est déjà valable d'habitude, mais encore plus pour la photo d'orage. Ce serait dommage d'avoir réussi à saisir un superbe éclair, mais d'avoir une exposition ou une balance des blancs légèrement défectueuse sans pouvoir la corriger facilement. Comme on shoote à basse sensibilité ISO, il est de plus facile de jouer sur l'exposition sans trop détériorer la qualité de vos images, alors profitez-en ! Sans compter que l'appareil ne se débrouille pas forcément très bien pour déterminer la balance des blancs tout seul dans ces conditions de lumière particulières...

Voilà, vous pouvez commencer dès maintenant à repérer des lieux potentiels, et surveiller les prévisions météo pour foncer au prochain orage !

Pour aller plus loin