Le pas énergique, et un sourire généreux : c’est la première impression que l’on garde d’Hamid. Lors de sa venue à la rédaction, ce chauffeur de taxi / photographe amateur à plein temps nous a apporté une boîte remplie de trésors argentiques. C’est d’ailleurs presque par hasard que nous avons découvert son travail, fruit de nombreuses nuits à immortaliser les clients prestigieux ou anonymes qui ont parcouru un bout de chemin avec lui.

« J’ai vu de tout dans mon taxi ! », s’exclame Hamid, chauffeur de taxi proche de la retraite. Le regard est perçant, le ton amical, et l'on sent que l’homme a le contact facile. « C’est important de discuter avec les gens », sourit-il. Ces gens, c'est l’histoire d’Hamid, qu’il raconte à travers presque trente ans de pellicules noir et blanc.

Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) pris par Hamid - Photo Johana HallmannLe taxi photographe a développé près de trente ans de photos !

Tout automatique et distance de mise au point faite au bras

Il y a quelque chose de très artisanal dans la façon dont Hamid prend ses photos. « Je mesure la distance de mise au point avec mon bras », explique-t-il en rigolant. « Ça peut sembler anecdotique, mais en réalité, c’est un moyen simple et efficace de déterminer la bonne distance dans le petit espace de ma voiture. »

Et des portraits, lui et son minox GT 35 en ont pris des centaines. « J’ai commencé dans les années 1990 à faire le taxi, et de ce fait, des portraits », se souvient Hamid. En trente ans de conduite dans les rues de Paris, ce photographe amateur a croisé les profils les plus éclectiques. « Une fois, j’ai même ramené un sans-abri jusqu’à l’endroit ou il dormait.» Du plus riche au plus pauvre, c’est un formidable panorama de la diversité parisienne qu’Hamid a figé sur papier Illford.

Le "taxi photographe", comme l’appellent ses habitués, ne s’est d’ailleurs pas contenté de photographier les gens depuis son taxi : « Petit à petit, je suis rentré dans les bars, les boîtes de nuit, j’ai élargi la palette de mes portraits», nous dit-il.

Petit à petit, je suis rentré dans les bars, les boites de nuit, j’ai élargi la palette de mes portraits...

Hamid, taxi photographe

Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, jeunes femmes revenant d'une fête - Photo HamidTrois clientes de retour de soirée. Photo : Hamid

Un labo dans le couloir

Un travail colossal qu’il a évidemment fallu faire développer. « J’ai commencé par confier mes pellicules à un labo proche de chez moi », se souvient Hamid. « Et un jour, le tireur m’a rendu mes négatifs rayés. Je me suis plains : tu comprends, ce qu’il y avait sur ces pellicules, je ne pourrais plus jamais le refaire comme je l’avais fait ! »

Le laboratoire propose alors de dédommager Hamid en pellicules gratuites : « Ça ne m’intéressait pas ; tout ce que je voulais, c’est que les rayures disparaissent ; je n’avais pas besoin de pellicules, j’avais largement de quoi en acheter ». La mésaventure finit par l'inciter à développer lui-même ses tirages : « Au lycée, on avait un labo dans lequel j’avais appris comment développer mes négatifs », raconte-t-il. « J’ai donc fini par installer mon propre laboratoire dans mon couloir ! (rires) ».

Armé de développeurs et fixateurs, de papier Illford baryté (le seul qu’il utilise) et d’une bonne dose de patience, le photographe s’est donc lancé dans le développement "fait maison". « Mais j’ai rapidement été débordé, et pour tenir le rythme, j’ai dû augmenter progressivement la taille de mes cuves », explique Hamid.

Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, deux jeunes femmes - Photo HamidDeux amies. Photo Hamid
Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, deux jeunes hommes - Photo HamidDeux jeunes gens posant devant son taxi. Photo Hamid

Trente ans, et toujours le même enthousiasme côté modèles

On pourrait s’imaginer qu’en trente ans, avec l’arrivée du numérique et du partage massif et parfois involontaire des clichés sur le net, les clients deviendraient réticents à se faire tirer le portrait. « Je n’ai constaté aucune baisse d’enthousiasme à se faire prendre en photo de la part des gens qui montent dans mon taxi, au contraire », répond Hamid. Il admet qu’on ne peut bien sûr pas prendre tout le monde en photo : « Certains n’ont simplement pas envie », mais dans l’ensemble, « ils sont toujours partants pour un portrait ». Il nous raconte l’histoire d’un portrait assez particulier : « Une fois, une dame assez stricte est montée dans mon taxi. Manteau de fourrure, plutôt carrée. Elle souriait peu alors j’ai fait des blagues pour détendre l’atmosphère. Elle a finalement accepté de se faire prendre en photo. Il lui manquait de la monnaie, je lui ai dit en rigolant qu’elle me la rendrait le lendemain », sourit-il. « Bien plus tard, j’ai appris par d’autres clients que cette dame était Marielle Goitschel, l’ancienne championne olympique de ski alpin ! »

Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, femme - Photo HamidUne des clientes d'Hamid, à la sortie de son taxi. Photo Hamid
Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, homme et chien - Photo HamidUn homme et son chien dans son taxi. Photo Hamid

Un Minox ou rien

Il faut dire qu’en plus du contact facile, Hamid n’intimide pas non plus ses modèles avec son boîtier. Le Minox 35 GT tient dans une poche et fait preuve d’une discrétion à toute épreuve. Un appareil qui suscite généralement la curiosité des clients, et auquel le chauffeur photographe tient tout particulièrement : « Je ne le prête pas, pas plus que j’ai envie d’en changer ». Pourtant cela aurait pu arriver, car Hamid a hérité il y a quelque temps d’un Leica M6 avec une optique 50 mm Summilux presque neuve. Un cadeau du ciel, qui pourtant ne convainc pas le photographe. « La focale est trop courte, je suis obligée de sortir la tête du taxi pour prendre une photo, ce n’est absolument pas pratique », explique-t-il en riant.

Boîtier argentique Minox 35 GT. Photo Johana HallmannL'appareil d'Hamid, le petit Minox 35 GT.

Et si aujourd’hui le photographe amateur approche de la retraite, il ne compte pas pour autant arrêter la photographie. « J’ai plusieurs projets d’expositions, et puis j’ai photographié tellement de gens, ce serait dommage de ne pas les montrer ! ».

Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, jeune homme de nuit devant une colonne - Photo HamidPhotos Hamid.
Portraits de rue en noir et blanc (street portraits) à Paris, jeune femme de nuit dans un taxi - Photo Hamid

Actuellement, Hamid expose jusqu'au 31 juillet 2017 au bar Le Moderne, à Saint-Ouen.

Hamid Jusqu'au 31 juillet 2017 Le Moderne 97 rue du Dr Bauer, 93400 Saint-Ouen

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