Avec la série Pink Cells présentée jusqu’au 6 mai dans le cadre du festival Circulation(s) au 104 à Paris, la jeune Française Angélique Stehli s’est intéressée à un sujet improbable à première vue, mais pourtant véritable : des cellules de prison peintes en rose.

Crédit photo : Angélique Stehli

C’est durant ses études à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL), en Suisse, qu’Angélique a effectué ce travail. “J'ai commencé à enquêter autour des notions d’enceinte fermée et d'incarcération, et sur leurs liens avec l'Amérique où j'ai grandi et la Suisse où je résidais. Au cours de mes recherches, j'ai trouvé un article sur les chambres de cellules de prison roses qui existent dans ces deux pays”, raconte-t-elle.

Crédit photo : Angélique Stehli

Les effets positifs de la couleur

À la suite de cette découverte, la jeune artiste s’est intéressée à des travaux de recherche autour des effets positifs de la couleur sur l’état mental des personnes. À la fin des années 1970 aux États-Unis, Alexander G. Schauss avait découvert l’effet calmant d'une certaine nuance de rose. Et depuis 2007, la psychologue suisse Daniela Späth a développé ce qu’elle a nommé le cool down pink. Dans une étude scientifique, elle a pu démontrer le rapport entre l’environnement coloré et la suppression de la pression artérielle. Dans ce contexte, un comportement hostile ou agressif peut être calmé en une quinzaine de minutes. Pour ce travail, Angélique a dû contacter directement les prisons pour savoir lesquelles étaient équipées de ce type de cellules colorées. Finalement, elle a pu photographier trois prisons en Suisse. Dans ces cellules, les détenus restent 48 h maximum. L’objectif est de calmer avant de les libérer ou de les transférer ensuite dans une autre cellule. 

Crédit photo : Angélique Stehli
Crédit photo : Angélique Stehli
Crédit photo : Angélique Stehli

Expérience sensorielle

La jeune artiste a d’ailleurs pu constater par elle-même cet effet apaisant, notamment lors de sa dernière prise de vue. “J'étais à quelques jours de mes examens, je n’avais dormi que 2 h et me suis rendue à 7 h de route à cette dernière prison, raconte la jeune femme. Sur place, on m'a autorisée une matinée entière pour réaliser mes images, je pouvais prendre mon temps. Une fois mon matériel installé, j'ai pris quelques minutes pour réfléchir, et d'un coup, la couleur m'a englobée. J'avais l'impression d'être dans une œuvre de James Turrell, une vraie expérience sensorielle, c'était très agréable. Sur le mur, une petite inscription d'un détenu était gravée où on pouvait lire : ‘Merci pour cette nuit à l'hôtel’.”

Crédit photo : Angélique Stehli

Née en France en 1993, Angélique Stehli a vécu à San Francisco et à Paris avant de poursuivre ses études en Suisse. Une partie de son travail a déjà été montrée à Paris Photo en 2016. L’artiste a également publié dans plusieurs magazines spécialisés et des journaux tels que le Harper's Bazaar japonais. Elle vit et travaille actuellement entre la France et la Suisse.

Crédit photo : Angélique StehliCrédit pour toutes les photos : Angélique Stehli.

Pour découvrir Angélique Stehli

Circulation(s)
Jusqu’au 6 mai 2018
Le CentQuatre Paris
5 rue Curial – 75019 Paris
Site Internet Circulation(s)

Site Internet d'Angélique Stehli

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Mathieu Oui
Mathieu Oui

Journaliste indépendant et photographe, Mathieu Oui écrit sur les arts visuels et la jeune création pour différents titres de la presse magazine. Ses publications