La jeunesse est à la mode, au sens le plus noble du terme. Elle prend figure. Dans quelques semaines s'ouvre le festival Portrait(s) de la ville de Vichy, dans lequel le photographe français basé à Madrid Pierre Gonnord expose ses portraits d'adolescents croisés sur les routes ou rencontrés ici ou là, et photographie des gens de tout âge. Il nous explique ce lien si particulier qu'il souhaite tisser à chacune de ces rencontres et qui donne naissance à des images d'une beauté inouïe.

Sandro. Portrait de jeune homme en couleur. Photo Pierre GonnordSandro, 2011. © Pierre Gonnord

Quel est ce jeune homme à la beauté à couper le souffle, à la douceur qui impose le silence ?



Pierre Gonnord – C'est Sandro. Sandro est un enfant gitan du Portugal qui vit vers Beja dans le centre du pays. Je l'ai connu par son oncle. Sa famille est une très grande famille de 200 personnes... J'ai beaucoup aimé son visage de petit prince, très rêveur, mais qui dégage aussi une très grande maturité. Là où nous étions, il n'y avait pas d'électricité pour l'éclairage. Comme il y avait un petit théâtre dans le village, j'ai demandé au maire de me prêter le lieu pour faire la photo. Nous étions sur la scène, il y avait une chaise ; j'ai tendu un tissu uni pour le fond, allumé une lampe, et voilà ! La prise de vue n'a duré que quelques minutes. C'est une image que j'aime beaucoup également, dans laquelle je me retrouve aussi...


Comment avez-vous convaincu son oncle ?



Pierre Gonnord – Cela fait longtemps que je travaille sur les gitans en Espagne et au Portugal. Ce sont des populations nomades, en transhumance, qui vont d'exploitation en exploitation travailler selon les saisons — aux vendanges, aux récoltes des olives, des fruits... Ils voyagent toujours rassemblés, avec les vieux et les enfants, en cariole, la plupart du temps, avec laquelle ils empruntent des chemins très anciens qui ne sont presque plus marqués... D'ailleurs ils connaissent très bien le territoire... Et ils luttent pour préserver ce mode de vie et de culture ancestrale. C'est une dimension qui m'intéresse beaucoup. Donc pour revenir à Sandro, j'ai simplement bien expliqué ma démarche à son oncle, à ses parents, en ne prenant pas de photo au départ. je rencontre beaucoup les gens avant, je leur parle... Donc Sandro m'a vu beaucoup avant ! Ensuite, je leur donne un tirage A2 ou A3 de leur portrait.


Miroslaw, mineur. Portrait d'homme en couleur. Photo Pierre GonnordMiroslaw, 2009. © Pierre Gonnord

Vos portraits sont liés à des rencontres finalement. Quel est celui que vous avez choisi ?



Pierre Gonnord – Oui, et aussi à mon amour pour les humbles, ceux qu'on ne voit pas beaucoup. L'image que j'ai choisie est issue de mon travail sur la fin des mines dans les Asturies, en Espagne. C'est celle de Miroslaw, qui est un mineur polonais. Ce que j'ai aimé chez lui, c'est ce mélange de fatigue, de grande fierté et de responsabilité. Fatigue, car il a plus d'une cinquantaine d'années et qu'il est descendu dans les mines jusqu'à la fermeture, alors qu'en général, un mineur prend sa retraite à 35 ans. Fierté, parce que les Espagnols ont fait appel aux Polonais pour leur grande connaissance du terrain et du travail — et aussi, disons-le, pour les travaux les plus dangereux. Et responsabilité, parce qu'en tant que contremaître, il n'avait pas du tout peur de se mettre en avant s'il y avait un danger, par exemple. J'aime beaucoup ce monde des mineurs. Je suis descendu souvent au fond avec eux. C'est un monde d'une grande solidarité. On peut s'engueuler en surface mais jamais au fond !


Portrait d'enfant aux cheveux roux bouclés en couleur. Photo Pierre GonnordCharlotte, 2011. © Pierre Gonnord

Quelle est la vie de vos images ?



Pierre Gonnord – Je travaille beaucoup avec les institutions : l'université de Navarre, par exemple, ou le festival Portrai(s) de Vichy qui, cette année, a fait une sélection, dans mes différentes séries de portraits, de la jeunesse. J'ai bien une galerie qui me représente à Madrid, mais ce n'est pas le principal mes activités, de mes revenus. Sinon, il y a un autre aspect qui m'intéresse, ce que mes images servent à illustrer des articles sur des sujets que je traite, comme la disparition des mines d'Espagne, justement...


Avez-vous pensé à l'édition ?



Pierre Gonnord – Non, pas vraiment. C'est un peu trop tôt...


Portrait de jeune homme en couleur. Photo Pierre GonnordAttia, 2011. © Pierre Gonnord

Est-ce un photographe qui vous a donné envie de faire de la photographie ?



Pierre Gonnord – Oui ! Brassaï, dont j'ai découvert les images adolescent dans Paris la Nuit de 1932. Ce que j'ai aimé, c'est qu'il travaillait tout seul. Il voyait ses amis boulevard Saint-Germain le jour et allait photographier les quartiers plus louches et les petites gens la nuit. Et puis il y a aussi Lewis Hine, un photographe américain des années 1930 dont les photos sur les enfants travailleurs ont bouleversé le monde. Manuel Álvarez Bravo, dont j'aime la magie et la douceur... Je travaille les mêmes thèmes qu'eux, finalement !


Portrait de femme âgée en couleur. Photo Pierre GonnordJulia, 2011. © Pierre Gonnord

> Le site du Festival Portrait(s) à Vichy (du 16 juin au 10 septembre)
> La galerie Juana de Aizpuru représentant Pierre Gonnord à Madrid

Nadia Ali Belhadj

Journaliste rédactrice. N'aime rien tant que de faire des interviews de photographes car les trouve gentils. Se fout de la technique comme de sa première pomme. Complètement soumise à Vivian Maier. Ses publications 

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