À l’occasion de l’exposition Ardenne d’Éric Guglielmi, présentée à la Maison de la photographie Robert Doisneau de Gentilly du 26 janvier au 15 avril 2018, nous avons rencontré le photographe dans son atelier du XIXe arrondissement de Paris. Crédit pour toutes les photos : Éric Guglielmi

Crédit photo Eric Guglielmi

Pouvez-vous nous présenter la série Ardenne ?

C’est un travail à la chambre 4x5, réalisé à la fois en couleurs et en noir et blanc. Même si quelques images sont plus anciennes (à partir de 2005), la plupart ont été réalisées entre 2016 et 2017. Au cours de ces deux années, je suis revenu sur les terres de mon enfance, les Ardennes, un territoire frontière situé entre la France, la Belgique et le Luxembourg. J’ai grandi à Revin, une commune à 3 km de la frontière belge. Enfant, j’ai beaucoup exploré tous ces lieux à vélo. J’ai même connu le passage des douanes. En revenant sur ces lieux, je me demandais si en franchissant la frontière on voyait une différence dans le paysage ou non. Celle-ci est parfois visible, parfois non. C’est une zone qui n’est pas très grande – environ 180 km de diamètre –, mais que j’ai beaucoup explorée en voiture. On passe sans cesse de la campagne à la ville et de la nature à des paysages transformés par l’homme. En fait, j’avais envie de trouver un lien entre ces trois pays et les relier dans un même ensemble.

Crédit photo Eric Guglielmi

Vous vous concentrez sur les lieux et les paysages, sans montrer les habitants. Pour quelle raison ?

Les humains ne sont pas directement visibles, mais apparaissent sous forme de traces. Aujourd’hui, cette ancienne terre sidérurgique est en perdition totale. Cela entraîne le repli sur soi, le nationalisme économique avec le Front national qui arrive au galop. Faute de carnets de commandes, les usines qui fonctionnaient autrefois au 3x8 ne travaillent plus que 200 jours/an. D’autres ont fermé en mettant au chômage des centaines de personnes. J’ai photographié une ancienne usine dans laquelle j’avais travaillé à l’âge de 16 ans. Le site a depuis été détruit par la Mairie pour en faire une déchetterie. C’est un exemple parmi des milliers d’autres…

Crédit photo Eric Guglielmi Crédit photo Eric Guglielmi

C’est également un territoire très marqué par l’histoire…

Oui, c’est une terre politique, marquée par les guerres. Tout le monde est passé par là lors des derniers grands conflits mondiaux. J’ai un oncle maternel qui a été résistant dans cette zone, parti dans un camp de travail obligatoire en Allemagne.

Crédit photo Eric Guglielmi

Pourquoi ce choix de photographier en argentique ?

C’est un autre rapport au temps, avec une durée de latence assez longue. J’ai aussi effectué tous les tirages moi-même dans ce laboratoire. Il était important de présenter des tirages avec une certaine chromie, des teintes un peu sourdes que l’on n’a plus l’habitude de voir.

Crédit photo Eric Guglielmi

Pouvez-vous nous présenter l’édition qui accompagne ce projet ?

J’ai un rapport au livre assez crucial. Je ressens souvent la nécessité de faire une publication après chaque série. J’ai monté une maison d’édition en 2011, les Éditions Gang, qui a édité une douzaine de livres photo, dont Syrie 55 de Payram ou mon ouvrage sur Rimbaud – qui est épuisé depuis. Après un premier essai de maquette qui ne fonctionnait pas, nous avons décidé avec Philippe Bretelle, le directeur artistique de Gang, de partir dans une tout autre direction et de proposer quelque chose d’accessible. La publication, tirée à 200 exemplaires, est vendue 15 €. Chaque double page peut être détachée pour être utilisée en poster.

Crédit photo Eric Guglielmi

Voir aussi…

→ Le site Internet de la galerie qui représente Éric Guglielmi

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Mathieu Oui
Mathieu Oui

Journaliste indépendant et photographe, Mathieu Oui écrit sur les arts visuels et la jeune création pour différents titres de la presse magazine. Ses publications