Lors de notre passage à Londres pour les SWPA 2017 (Sony World Photography Awards), nous avons découvert avec surprise le nouveau Sony Alpha 9. Nous avons pu l'essayer pendant quelques minutes et réaliser nos premières images au cours de petits ateliers de prises de vue sportives.

Le Sony A9 est finalement une réelle surprise. Tout le monde savait que Sony était sur le point de lancer un nouvel hybride résolument haut de gamme. Cependant, les rumeurs penchaient plus pour un hybride ultra haute définition (un A7R III, par exemple) au capteur de 80, voire 100 millions de pixels. Raté, Sony nous prend de cours avec une nouvelle gamme (?) Alpha 9, orientée sur la photo d'action professionnelle, et se positionnne frontalement face aux deux ténors en la matière que sont le Canon EOS 1Dx Mark II et le Nikon D5.

Sony A9
sony-alpha-9-produit
Miss Numérique 5299,00 €
Test - 23/05/2016
Canon EOS-1D X Mark II
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Test - 18/04/2016
Nikon D5
D5
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Au programme de cet A9, donc, un capteur 24 x 36 mm de 24 millions de pixels, une rafale à 20 images par secondes sans "black-out" et un autofocus à près de 700 collimateurs (couverture 93% de l'image). OK, Sony ne fait pas les choses à moitié. Allez, pour le plaisir on se fait un petit tableau comparatifs des principales caractéristiques de la bête face à ses deux concurrents. En toute objectivité, sur le plan des spécifications, le 1DX Mark II et le D5 ne font plus le poids !

Sony A9 Canon EOS 1DX II Nikon D5
CMOS Xmor RS, 24x36, 24 Mpx CMOS, 24x36, 20 Mpx CMOS, 24x36, 20 Mpx
100 - 51 200 ISOext. 50 - 204 800 ISO 100 - 51 200 ISOext. 50 - 409 600 ISO 100 - 102 400 ISOext. 3 280 000 ISO
Rafale 20 i/s, 362 JPEG, 128 RAW Rafale 14 i/s, illimité JPEG, 170 RAW Rafale 12 i/s, 200 NEF (RAW)
Obturateur mécanique et électronique, 1/32 000 s Obturateur mécanique, 1/8 000 s Obturateur mécanique, 1/8 000 s
Stabilisation mécanique 5 axes (Capteur et/ou Optique) Stabilisation Optique 2 axes Stabilisation Optique 2 axes
Viseur électronique Oled QVGA, 3,6 Mpx, 120 i/s, 0,78x Viseur optique pentaprisme, 0,76x Viseur optique pentaprisme, 0,72x
AF hybride (phase/contraste), 693 points, EV-3 AF à détection de phase (capteur dédié), 61 points, EV-3 AF à détection de phase (capteur dédié), 153 points, EV-4
2 slots SD (1 UHS1/II), LAN, USB 3 1 CFast, 1 CF, LAN, USB 3, GPS 1 XQD, 1 CF, LAN, USB 3
126,9 x 95,6 x 63,0 mm 158 × 167 6 × 82,6 mm 160 x 158,5 x 92 mm
673 g 1,34 kg 1,405 kg

En main

Malgré ses caractéristiques impressionnantes et son prix très élitiste (inférieur toutefois à celui des 1Dx et D5), le Sony A9 est un appareil très compact, trop peut-être ! Nous utilisons régulièrement un A7R II pour nos tests et ce nouvel A9 est à peine plus volumineux, pour moins de 700 g. C'est assez déconcertant. Cela le sera d'autant plus pour les photographes de sport habitués aux gros boîtiers volumineux et lourds de chez Canon et Nikon. Sony a d'ailleurs prévu un grip pour améliorer la prise en main, l'autonomie et l'ergonomie de son A9.

Face avant de l'A9 : rien ne semble le différencier d'un A7.

Quoi qu'il en soit, en main, l'appareil paraît robuste et la qualité de construction est au rendez-vous. C'est un aspect fondamental pour les photographes de terrain, a fortiori pour les professionnels qui recherchent un appareil solide, fiable et endurant — sur le terrain, ils ne peuvent pas s'offrir le luxe d'être précausionneux avec leur matériel lors des changements d'optiques, par exemple. L'A9 est conçu en alliage de magnésium et équipé d'une forte protection contre les intempéries. Côté endurance, Sony assure son obturateur pour 500 000 cycles.

L'A9 vue du dessus.

Sony a aussi apporté plusieurs améliorations ergonomiques, et elles sont bienvenues, car en la matière, il faut bien admettre que les Sony Alpha sont très loin de la perfection. Les photographes professionnels ont des besoins précis en ergonomie : toutes les commandes doivent tomber juste, et les principales fonctions, être disponibles en accès rapide. Il est impensable de devoir entrer dans les menus pour changer le mode d'entraînement, par exemple. Pour plus de détails, nous vous invitons à consulter notre présentation complète, que nous mettons à jour à la suite de cette prise en main.

Première série d'images

Nous avons testé pendant quelques minutes l'A9 en situation concrète. Sony avait prévu pour cela quelques ateliers autour du sport dans une très ancienne salle de boxe londonienne. Au programme, de la boxe donc et du cheval d'arçons avec un médaillé olympique. Le timing était plus que serré : Sony avait réuni la moitié des journalistes photo importants de la planète (l'autre moitié était à New York au même moment) et les ateliers étaient prévus sur deux petites heures, avec un nombre de boîtier limité. De fait, nous n'avons passé que quelques minutes seulement sur chaque atelier. C'est très court, et insuffisant pour se faire une réelle idée de l'appareil, mais on peut déjà tirer de cette expérience quelques premières sensations.

Bien entendu, Sony n'a pris aucun risque. Les scènes étaient en intérieur, mais ils avaient prévu un éclairage continu très puissant pour pouvoir limiter la sensibilité ISO, user de l'autofocus dans les meilleures conditions et maintenir des temps de pose suffisament courts pour figer l'action. Lors de ces premiers tests, nous avons des optiques G Master : le 24-70 mm f/2,8, le 70-200 mm f/2,8 et le tout nouveau 100-400 mm f/4 ! Bien entendu, vous pouvez télécharger ces premières images d'exemple en haute définition JPEG et RAW.

Visée électronique

Commençons par parler du viseur électronique. C'est une vraie réussite. Pour rappel, de technologie Oled, il offre une définition de 3,6 Mpx, un grossissement de 0,78x et une couverture de 100 % évidemment. Ce n'est pas encore le meilleur viseur électronique du monde (le Leica SL et son viseur de 4,4 Mpx au grossissement de 0,8x est encore devant), mais pas loin. Particulièrement agréable à utiliser, il est très réactif. La vitesse de rafraîchissement peut être réglée sur 50 ou 120 i/s.

Mais la principale nouveauté de ce nouvel A9 est sans doute le travail exceptionnel que Sony a mené sur le problème (inhérent aux reflex et hybrides) du "black-out", ou temps mort : sur des séquences de prises de vues en rafale, entre deux photos, on perd l'image dans viseur, durant un laps de temps plus ou moins long. Ce problème handicape grandement la prise de vue de sujets en mouvement et la capacité du photographe à le suivre au viseur en anticipant ses déplacements. Le phénomène est dû en partie à l'utilisation d'un obturateur mécanique ainsi que, dans le cas des reflex, au mouvement du miroir qui, physiquement, coupe la visée (qu'elle soit optique ou électronique). Quant aux hybrides, utilisant des obturateurs électroniques, il faut habituellement le temps que le capteur décharge les informations de sa photo avant de repasser en visée directe.

Le Sony A9 dispose d'un obturateur mécanique, mais aussi d'un obturateur électronique. La firme a énormément travaillé sur la vitesse de traitement des données grâce à son processeur (Bionz X) et son capteur à structure empilée (stacked) disposant de sa propre mémoire, si bien que le phénomène de temps mort entre deux images devient totalement négligeable, et ce, même à une cadence de prise de vue de 20 images par seconde.

Un silence total et troublant

Si on utilise l'obturateur électronique, que l'on coupe tout signal sonore (Sony a en effet intégré des bruits synthétiques de déclenchement) et que l'on déclenche à 20 images par seconde en visée à l'écran, rien de particulier ne se passe sur la visée, si bien qu'on a l'impression de ne pas avoir fait de photo. Erreur : la carte mémoire est déjà presque pleine ! C'est tout à fait troublant. Le fait que l'A9 puisse être totalement silencieux est un sérieux atout dans certaines conditions de prises de vues. On pense naturellement à la photo de spectacle, mais aussi à certains sports qui requièrent un silence total, afin de ne pas déconcentrer les athlètes (golf ou tennis, par exemple), ou à la photo animalière.

Suivi autofocus

Enfin, impossible de ne pas aborder l'autofocus et surtout son suivi. Avec ses 693 collimateurs AF couvrant 93 % du champ de l'image, autant dire que le Sony A9 a de la matière pour le "tracking". Nos premiers essais en la matière sont assez convaincants. Le boîtier accroche sans peine son sujet et le suit assez aisément selon ses déplacements dans le cadre. Sur nos premières séquences en rafale, nous avons observé assez peu de décrochage de l'autofocus. Nous devrons évidemment pousser nos tests en profondeur sur cet aspect avant de vous livrer notre verdict final.

En attendant le test

Avec l'Alpha 9, Sony souhaite se faire une place dans le monde de la photographie professionnelle, et plus particulièrement dans le domaine de l'action (sport, animalier). Sur le papier, ce boîtier repousse encore les caractéristiques techniques en la matière. Sony a des arguments de poids : plus haute définition, plus haute sensibilté ISO, plus haute rafale, autofocus le plus polyvalent, appareil le plus léger, compact et discret (modes de prises de vue silencieux)...

Mais la firme le sait : proposer le boîtier ultime ne suffit pas pour convaincre ; il faut aussi avoir la gamme d'optiques qui va avec. Le nouveau G Master 100-400 mm est une optique incontournable pour les photographes à qui ce boîtier se destine. Il en va de même pour le 24-70 mm f/2,8 et le 70-200 mm f/2,8. Grâce à l'adaptateur, il est aussi possible de monter les gros téléobjectifs, tels que le 300 mm f/2,8 et le 500 mm f/4 conçus initialement en monture A.

Maintenant, l'A9 va devoir faire ses preuves en conditions réelles sur le terrain. Nous attendons avec une grande impatience les premiers modèles de test pour nous faire un avis et sonder les photographes professionnels concernés.

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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