Sony nous a donné l'opportunité de prendre en main et de tester leur nouvelle focale fixe en gamme G Master : le 100 mm f/2,8 STF OSS. Cet objectif hors du commun mérite que l'on s'y attarde pour en comprendre le fonctionnement.

Sony FE 100mm f/2.8 STF GM OSS
FE 100mm f/2.8 STF GM OSS
Il n'y a actuellement aucune offre.

Rappel

Ce nouveau 100 mm est une optique à portrait. Il dispose d'une ouverture maximale assez contenue de f/2,8, mais c'est un STF (Smooth Trans Focus). L'objectif utilise un filtre APD (Apodization Filter) qui assure de créer un bokeh circulaire aux transitions flou-net / net-flou très douces.

Formule optique et présentation du principe du filtre APD.

L'optique n'emploie pas moins de 14 lentilles réparties en 11 groupes, dont 1 verre asphérique, 1 verre ED et le fameux verre APD. Au programme, on retrouve aussi le remarqué diaphragme circulaire à 11 lamelles qui avait été mis au point sur le 85 mm f/1,4. L'objectif mesure un peu moins de 12 cm de long pour plus de 8 cm de diamètre et un poids de 700 g. Il est paré pour affronter les mauvaises conditions de prises de vue (poussière et humidité) grâce à une protection renforcée. Il intègre aussi une motorisation SSM et une stabilisation optique OSS qui travaillera de pair avec la stabilisation mécanique de la dernière génération des boîtiers A7.

STF : une première ?

Ce n'est pas le premier coup d'essai pour Sony avec la technologie STF (Smooth Trans Focus). En effet, il existe déjà en gamme et en monture A (pour les reflex et SLT) un 135 mm f/2,8 à mise au point manuelle hérité de Minolta. Cette nouvelle mouture, conçue pour le système A7 (monture FE) intègre la majorité des dernières technologies optiques développées sur la récente gamme G Master (85 mm, 24-70 mm f/2,8, 70-200 mm f/2,8). On retrouve donc par exemple le diaphragme circulaire à 11 lamelles et la motorisation autofocus DDSSM. Comble du luxe, Sony y ajoute aussi une stabilisation optique.

Le 135 mm f/2,8 STF Sony en monture A.Le 135 mm f/2,8 STF Sony en monture A.
Le 56 mm f/1,2 APD de chez Fujifilm.Le 56 mm f/1,2 APD de chez Fujifilm.

Fujifilm propose également une optique avec ce genre de technologie. Il s'agit du 56 mm f/1,2 qui existe en version APD et en version standard.

STF : pour quoi faire ?

La technologie STF a pour objectif de produire des effets de bokeh particulièrement doux. Elle permet d'appliquer une sorte de filtre diffusant sur les plans hors zone de netteté dans l'image (à l'avant et à l'arrière), et ce, de manière uniforme sur l'ensemble de l'image. Sur son 100 mm, Sony revendique n'avoir pas pour autant fait de compromis sur le piqué délivré par l'objectif.

Un objectif toutes options niveau bokeh !

En plus de la technologie STF, Sony a mis toutes les chances de son côté pour proposer les plus beaux effets de bokeh possible. On retrouve donc également un diaphragme circulaire à 11 lamelles et une position simili-macro offrant un rapport de grossissement pouvant aller à 0,25x (57 cm de distance de mise au point minimale). Sony a également étudié la formule optique afin de limiter le vignetage aux plus grandes ouvertures pour obtenir le même type de bokeh au centre que sur les bords des images.

Diaphragme circulaire à 11 lamelles !

T, F : on ne comprend rien !

Ce nouvel objectif est assez difficile à comprendre. Il suffit de le regarder pour être perturbé. En effet, son nom, écrit dessus, est bien FE 100 mm f/2,8 STF OSS, alors que la bague de réglage du diaphragme indique T5,6 ! Cela vient de la technologie STF. À l'intérieur de l'objectif, on retrouve un élément qui s'apparente à un filtre de densité variable circulaire. Nous avons interrogé Sony sur la composition de cet élément, mais la marque préfère rester muette : secret industriel.

Quoi qu'il en soit, cet élément laisse passer un maximum de lumière en son centre et se densifie à mesure que l'on s'en éloigne. L'emploi de ce "filtre" limite donc la quantité de lumière qui traverse l'objectif. Afin de pouvoir satisfaire les vidéastes, Sony a décidé d'incrémenter sa bague de diaphragme en transmission (T) et non en ouverture photométrique (F). À cause du filtre, l'ouverture photométrique réelle de f/2,8 correspond à une transmission de T5,6. C'est donc pour cela que la bague d'ouverture indique au maximum T5,6 et non f/2,8.

Le "filtre" STF est actif uniquement aux plus grandes ouvertures ; sur la bague est indiqué que son action prend effet entre T5,6 et T8. Au-delà, il devient négligeable.

> La différence entre ouverture de diaphragme et facteur de transmission

Premières images exemples

Nous avons pu tester ce nouvel objectif sur différents "ateliers" conçus par Sony. Pour ce faire, nous avons utilisé un A7R II (les fichiers originaux et RAW sont téléchargeables). Pas de doute, ce 100 mm remplit la mission que Sony lui a fixée : il produit des images très piquées et homogènes, ainsi qu'un bokeh particulièrement doux, et ce malgré une assez faible ouverture de f/2,8.

Ce qu'on en pense

Ce nouveau 100 mm est un objectif très spécifique et s'adresse aux photographes et/ou vidéastes à la recherche d'un rendu particulier pour leurs prises de vues. Il assure effectivement des effets de bokeh très doux, originaux et homogènes, qu'il est difficile, voire impossible, d'obtenir avec un objectif "classique", même avec une très grande ouverture. Le rendu qu'il procure est très spécifique : on aime ou on n'aime pas, cela dépend des goûts.

Quoi qu'il en soit, on regrette que Sony ait décidé d'incrémenter sa bague manuelle de diaphragme en facteur de transmission et non en ouverture. On comprend ce choix, mais il va être assez difficile à intégrer pour les utilisateurs et source de confusion. Au final, il s'agit bien d'un objectif f/2,8 en profondeur de champ, mais T5,6 en "vitesse". Cette faiblesse est bien entendu compensée par la présence d'une stabilisation optique, mais payer plus de 1 800 € (1 850 pour être précis) pour un objectif T5,6, même s'il permet d'obtenir des effets de bokeh spectaculaires, nous semble délicat.

Nous devrions recevoir rapidement une version définitive de l'objectif et vous proposer prochainement son test complet.

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications