Après la semaine professionnelle, c'est au tour de la semaine dite "scolaire" de clore la 29e édition du plus important festival de photoreportage, Visa pour l'image. Retour sur l'événement photo de la rentrée.

Exposition dans l'église des Dominicains.

Cette année est un peu exceptionnelle, puisque c'est la première fois que je peux me rendre au festival pour le découvrir de mes propres yeux. Habituellement, l'agenda chargé de la rentrée ne me permet pas une expédition en terres occitanes.

Photojournaliste : une profession toujours en difficulté

Ce n'est malheureusement pas une nouveauté, mais le constat est encore là, année après année : les photographes ont de plus en plus de mal à trouver des diffuseurs pour leur travail et encore plus de difficultés à financer leurs projets. Si les agences se font de plus en plus rares au deuxième étage du palais des congrès de la Perpignan, de nombreuses lectures de portfolios sont organisées par l'ANI (Association nationale des iconographes) et différents éditeurs et publications. La foule est encore dense. Preuve, s'il en fallait, que les jeunes photographes sont encore très motivés.

Visa 2017 - palais des congrès lecture de portfolio

De très belles expositions

Les différents travaux exposés sont servis par une superbe qualité de tirage. Les expositions, produites par Canon, Central Dupont, eCenter ou Initial, étaient toutes d'un très haut niveau. Un petit bémol : le format des œuvres. La plupart des expositions sont tirées dans un format assez petit qui ne donne pas assez de rythme à la lecture des séries. Les images étant accompagnées de légendes importantes pour contextualiser les événements, les visiteurs doivent toujours se trouver à la même distance des clichés pour former rapidement une chaîne de laquelle il est difficile de s'extraire. Nous comprenons le principe de ne pas donner plus d'importance à certains clichés et de traiter toutes les séries sur un pied d'égalité, mais cette scénographie, réduite à son minimum, ne met pas assez en valeur certaines images très fortes.

Visa 2017

La sélection opérée par Jean-François Leroy et son équipe est encore remarquable, à commencer par la série d'Amy Toensing sur le sort des veuves dans le monde. Dans de trop nombreux pays, une fois leur mari disparu, les femmes cessent d'exister socialement. Elles n'ont plus rien et deviennent de véritables parias pour la belle famille. En Inde, les veuves se réfugient dans des villes pour passer le reste de leur vie ensemble, la tête rasée, habillées de blanc. Le scénario se répète en Bosnie ou en Ouganda. Sur cette thématique très dure, la photographe américaine nous présente des clichés d'une incroyable et paradoxale beauté.

Visa 2017 - Amy ToensingExposition d'Amy Toensing.

Plus loin, au couvent des Minimes, une exposition fait l'unanimité : celle du photographe chinois Lu Guang sur le développement de son pays et la pollution. En 30 ans, la Chine est devenue la deuxième puissance économique de la planète en soutenant un développement industriel intensif. Seul produire compte et tant pis pour les dommages collatéraux. Les usines déversent leurs eaux usées directement dans les rivières, les cheminées crachent leur gaz nocif contaminant l'air et les poumons des riverains. Ce qui choque aussi, ce sont les dates de prise de vue : 2009, 2010, 2014... Mais il faut attendre 2017 pour découvrir les menaces qui pèsent sur les Chinois et la planète.

Visa 2017 - Lu GuangExposition de Lu Guang.

Il y a bien entendu les 3 séries indispensables réalisées en Syrie par les photographes Alvaro Canovas, Lorenzo Meloni et Laurent Van Der Stockt. Nous sommes restés glacés par le travail de Daniel Berehulak "Ils nous abattent comme des animaux", aux Philippines. Les clichés du photographe américain nous plongent dans une réalité difficile à regarder, un véritable bain de sang quotidien. Six mois après l'élection du président Rodriguo Duterte plus de 2 000 personnes ont été abattues par la police. Pendant les 5 semaines de reportage, le photographe a couvert plus de 41 scènes de crime...

Visa 2017 - Daniel Bereluhak

Deux autres expositions ont spécialement retenu notre attention : "Warm Waters", du photographe Vlad Sokhin et la série de Ferhat Bouda sur les Berbères au Maroc. La première nous plonge dans les désordres et les crises auxquels sont confrontées les régions océaniques du globe. De la pointe nord de l'Alaska aux confins de la Nouvelle-Zélande, le photographe nous montre toute l'ampleur de dérèglement climatique. Alors que les ouragans s'enchaînent dans l'océan Atlantique, le problème est malheureusement d'une actualité "brûlante"...

Visa 2017 - Vlad Sokhin

La seconde exposition tout en noir et blanc nous invite à partager la culture berbère. Une culture en danger. Mais les représentants sont farouchement déterminés à faire perdurer les traditions en les transmettant aux générations futures.

Visa 2017 - Ferhat Bouda

World Press

Perpignan : Visa pour l'image est également l'occasion de découvrir les plus beaux clichés du concours référence du photojournalisme mondial. L'organisation indépendante et non lucrative fondée en 1955 et basée à Amsterdam organise chaque année le plus prestigieux des concours photo. Les lauréats des différentes catégories sont réunis pour une exposition itinérante qui circule dans plus de 40 pays et que plusieurs millions de visiteurs ont admiré.

Notez que l'exposition sera visible à Paris, du 4 novembre au 3 décembre, à la galerie Galleria Carla Sozzani, 22, rue Marx-Dormoy dans le XVIIIe arrondissement.

Visa 2017 - World Press

Les projections

Les projections en soirée, au Campo Fornio, font partie des incontournables de Perpignan. Gratuites, elles sont des moments privilégiés pour assister à la remise de certains prix (Prix Carmignac du photojournalisme, Prix Pierre & Alexandra Boulat, Prix Camille Lepage...), mais découvrir en grand format (enfin) les événements de l'année écoulée, ainsi que des reportages qui témoignent de l'état de notre planète. Des sujets tantôt décalés, tantôt dramatiques, un retour sur une personnalité ou des faits qui ont marqué notre actualité.

Visa 2017 - projections

Rendez-vous est pris pour les 30 ans du festival l'année prochaine. Pour l'instant, aucune information ne filtre, mais il y a fort à parier que l'organisation nous réserve quelques surprises pour cette édition anniversaire.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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