C'est dans le cadre prestigieux de Visa pour l'Image, à Perpignan, que nous avons eu la chance de rencontrer Naoya Kaneda, Group Executive ICB Optical Business Group de Canon Inc.

Canon partenaire historique de Visa pour l'Image.

Naoya Kaneda est le successeur de Masato Okada que nous avions rencontré à l'occasion de notre dernier voyage au Japon pour le CP+ et notre visite de l'usine d'optiques Canon d'Utsunomiya. C'est donc désormais le patron de tout ce qui touche aux optiques chez Canon. Nous profitons de cet entretien pour discuter avec lui des nouveautés (notamment leur dernier 85 mm f/1,4 stabilisé), des développements de technologies, des produits à venir et du futur en matière d'optiques.

Voici un petit curriculum vitae du nouveau patron !

Naoya Kaneda a intégré Canon Inc. en 1979 en tant qu'ingénieur mécanique sur les caméras 8 mm. En 2007, il devient responsable du centre de recherche et développement des optiques, avant de prendre la place de chef exécutif de la division optiques de Canon cette année. Naoya Kaneda a trois optiques de prédilection. La première est un 50 mm f/1,8 Serenar et les suivantes sont le dernier 16-35 mm f/2,8 et le 11-24 mm f/4.

Un Canon Sarenar 50 mm f/1,8.

La stabilisation optique : nouvel enjeu ?

Stabilisation optique sur un 85 mm f/1,4 ?

Pourquoi avez-vous décidé d'intégrer une stabilisation optique dans votre nouveau 85 mm f/1,4 ? Il est clair qu'une telle technologie influe sur la qualité d'image que délivre l'objectif. Comment avez-vous géré ce problème ?

Nous avons d'abord étudié les retours des photographes et pris en compte les conditions d'utilisation d'un 85 mm f/1,4. Nous avons compris que beaucoup de portraits, à l'occasion des mariages par exemple, étaient réalisés dans de faibles conditions lumineuses. Nous avons donc décidé d'utiliser une stabilisation optique sur notre nouveau 85 mm pour étendre au maximum son périmètre d'action.

L'emploi de la stabilisation optique n'affecte pas la qualité de l'image. Cela influe en revanche sur le poids et les dimensions de l'objectif. Nous avons des standards de qualité très élevés en ce qui concerne la qualité d'image de nos objectifs. Ces derniers prennent également en compte la taille, le poids et le prix de nos objectifs. La qualité est au rendez-vous sur ce nouveau 85 mm f/1,4.

Canon : bon dernier sur les 24-70 mm f/2,8 stabilisé !

Depuis que Sigma a lancé son nouveau 24-70 mm f/2,8, Canon est le dernier constructeur à ne pas proposer une version stabilisée de cet objectif incontournable. Que pensez-vous de l'utilisation de cette technologie sur un objectif de ce genre et comptez vous sortir prochainement un 24-70 mm f/2,8 stabilisé ?

Pour commencer, nous pensons qu'il est important d'utiliser une stabilisation optique sur tous les objectifs. Vous signalez que Canon est le dernier à ne pas avoir équipé un 24-70 mm f/2,8 de stabilisation optique, mais Canon est la première compagnie à avoir conçu un 24-70 mm f/2,8 avec des performances optiques élevées.

Nous ne pouvons pas dévoiler la roadmap des optiques à venir, mais bien entendu nous entendons les nombreuses demandes de nos utilisateurs et nous envisageons toutes les possibilités pour équiper notre 24-70 mm f/2,8 d'une stabilisation optique.

Nous ne pouvons pas dévoiler la roadmap des optiques à venir, mais bien entendu nous entendons les nombreuses demandes de nos utilisateurs et nous envisageons toutes les possibilités pour équiper notre 24-70 mm f/2,8 d'une stabilisation optique.

Naoya Kaneda, Advisory Director, Group Executive ICB Optical Business Group de Canon Inc., Visa pour l'Image 2017

Nous poursuivons la conversation sur ce sujet en parlant de Tamron qui a été le premier constructeur à intégrer une stabilisation optique dans un 24-70 mm f/2,8. Nous leur rappelons qu'ils ont aussi récemment été les premiers à l'utiliser sur un zoom grand-angle f/2,8 constant et leur demandons si à terme leur 16-35 mm f/2,8 serait aussi un jour stabilisé. Sans réellement répondre à la question, Naoya Kenada nous confirme à nouveau qu'ils travaillent activement à, entre autres, intégrer la stabilisation optique à tous les objectifs.

Parlons des optiques DO...

DO : technologie d'avenir ?

Prototype du futur 600 mm DO, présenté lors de la Canon Expo 2015.

La technologie DO semble intéressante pour réduire la taille et l'encombrement des objectifs. Cela s'applique évidemment à l'univers du réflex, mais aussi, pourquoi pas, à celui des hybrides. Seules quelques optiques sont actuellement équipées de cette technologie. Pouvez-vous nous parler du potentiel de la technologie DO et de son éventuel déploiement ?

La technologie DO a deux intérêts. Le premier, comme vous le mentionnez, est la réduction du poids et de la taille des objectifs qui intègrent des éléments diffractifs. Le second est qu'elle permet de réduire les aberrations chromatiques. Pour l'instant, la production de ce type d'éléments est encore très complexe et très onéreuse. C'est pourquoi nous n'utilisons pas massivement cette technologie. Bien entendu, il y a un énorme potentiel de développement concernant cette technologie et notre objectif est de l'utiliser le plus possible à l'avenir. Nous sommes fiers de développer cette technologie dans notre usine d'Utsunomiya.

Et le 600 mm DO ?

Lors de l'édition 2015 de la Canon Expo, nous avons pu essayer un prototype de 600 mm DO. Où en est le développement de ce nouvel objectif ?

Voici un exemple de nos technologies de pointe. Après le salon, nous avons reçu beaucoup de retours et nous les prenons en compte dans le développement actuel de cet objectif. Il devrait être différent de celui que nous avons montré à Canon Expo.

USM, STM, Nano USM : on ne comprend rien !

Nano USM

La technologie STM n'est qu'une technologie de transition (6 optiques en sont équipées à cette date). Au début de l'année 2016, avec la sortie du 80D et d'une nouvelle optique 18-135 mm, Canon introduit la technologie Nano USM qui permet une mise au point rapide, souple et très silencieuse à la fois en photo et en vidéo. Ce système utilise la technologie USM (donc les vibrations ultrasoniques) pour créer un mouvement linéaire et non pas circulaire, contrairement au système USM classique. Le Nano USM combine donc le meilleur des deux mondes : une mise au point très réactive en photo et souple en vidéo. Cette technologie plus efficace que la motorisation STM devrait se généraliser dans les prochaines années.

L'année dernière, Canon a introduit une nouvelle motorisation autofocus Nano USM et pour l'instant, juste un seul produit l'utilise. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Nous avons développé et utilisé plusieurs motorisations comme l'USM, le STM et le Nano USM. Le choix d'une motorisation pour une optique dépend de son design. Le Nano USM permet une mise au point très rapide, douce et silencieuse, mais l'USM classique est plus puissant (plus de couple). Par exemple, sur le nouveau 85 mm f/1,4, le bloc de mise au point est trop lourd pour la motorisation Nano USM. L'autofocus en vidéo (doux et silencieux) est très demandé en ce moment. Si nous estimons qu'une optique est destinée à la vidéo, nous essayons d'intégrer la motorisation Nano USM. Il est possible dans le futur que le Nano USM puisse déplacer des blocs plus lourds. Dans ce cas, nous tendrons peut-être vers l'utilisation d'une seule technologie de motorisation.

La motorisation Nano USM

Et le futur ?

Selon vous, dans les années à venir, qu'est-ce qui sera le plus difficile : proposer des objectifs compatibles avec l'ultra haute définition ? Agrandir l'ouverture maximale ? Étendre les plages de focales des zooms ? Réduire la taille et le poids des objectifs ? Améliorer la polyvalence photo/vidéo ?

Pour nous, les aspects difficiles sont synonymes d'idéal et nécessitent des technologies de pointe. Les difficultés sont les bienvenues et ne nous font pas peur. Un exemple est le déploiement de la technologie DO. Pour arriver à cela, nous avons besoin d'une étroite collaboration entre la R&D (recherche et développement) et la production. Il n'y a pas un aspect en particulier que nous privilégions, mais bien la combinaison de tous les aspects pour arriver aux optiques idéales.

Prototypes des appareils du futur présentés à la dernière Canon Expo.

Sur ce point la réponse de Naoya Kaneda et celle de Masato Okada sont raccord, bien qu'en février, son successeur nous ait fait un peu plus saliver !

Sans pouvoir vous en dire plus, nous sommes en train de développer une nouvelle technologie qui apportera une réelle valeur ajoutée et permettra de prendre un nouveau type de photos.

M. Masato Okada, Chief Executive Image Communication Products Operation.

Une concurrence féroce ?

Depuis quelques années, Sigma et Tamron bouleversent le marché des objectifs pour les boîtiers Canon avec des optiques très haut de gamme (Sigma Art ou Sport par exemple, Tamron SP). Est-ce que ces deux constructeurs prennent des parts de marché à Canon en ce qui concerne les objectifs et, si oui, comment Canon compte riposter ?

Nous ne sommes pas surpris, mais plutôt intéressés. Comme vous le savez, il y existe des alternatives aux optiques Canon en monture EF. Cependant, les optiques EF sont un standard pour beaucoup de photographes. Ce qui nous importe, ce n'est pas de concurrencer d'autres marques, mais de développer les meilleures optiques pour nos utilisateurs. Nous avons lancé plus de 90 objectifs en incluant les optiques cinéma. De votre point de vue, il y a une forte concurence entre les optiques des différents constructeurs. Pour nous, ce qui importe c'est notre gamme d'objectifs idéale et comment nous parvenons à la construire.

Le dernier 14 mm f/1,8 Sigma en gamme Art.

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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