Chose promise, chose due ! À l'occasion de nos 10 ans l'an dernier et du Grand Quizz Photo, Hasselblad avait offert à l'un de nos chanceux lecteurs de partir avec nous en Suède, et plus précisément à Göteborg, pour découvrir le siège de la marque, visiter son usine et prendre en main son X1D. Nous avons profité de notre présence sur place pour avoir un petit entretien avec Ove Bengtson, chef produits.

Photo Arthur AzoulayLe siège de Hasselblad en Suède, à Göteborg.

Hasselblad et le virage du numérique

Hasselblad est une marque photo suédoise historique (créée en 1841), spécialisée dans le moyen format et qui a connu, au cours des dernières décennies, de nombreux chamboulements dus, entres autres, à la transition de l'argentique au numérique.

Tout commence en 2003, après que le fonds d'investissement Shiro Group, basé à Hong Kong, acquiert la majorité des parts de la société. En 2004, Hasselblad fusionne alors avec la société danoise SAS Imacon, elle-même déjà spécialisée dans le numérique moyen format. De cette fusion naîtra le H1D (utilisant un dos moyen format Imacon de 22 millions de pixels ), puis, plus tard, le H2D (capable d'enregistrer sur carte mémoire CF). Aujourd'hui, nous en sommes au H6D. La fusion avec Imacon a également permis à la firme de se développer sur le marché des scanners Flexthight, encore au catalogue. Cependant, malgré les nombreux produits lancés dans l'ère numérique, la firme peine encore à rivaliser avec le dominant du marché : Phase One.

Hasselblad est donc à nouveau rachetée en 2011 par un autre fonds d'investissement, Ventizz. À la suite de quoi la firme entame un partenariat avec Sony (annoncé à la photokina 2012) et se lance sur le marché du luxe avec un appareil photo Sony rebadgé et redessiné par un designeur italien : le Lunar.

Le Lunar n'est ni plus ni moins qu'un Sony NEX-7 vendu à prix d'or (5 000 €) !

En 2015, DJI entre au capital et la firme développe avec eux le premier drone moyen format (présenté à la dernière photokina) En parallèle, elle lance aussi le premier hybride moyen format : le X1D. En 2017, il semblerait que DJI soit devenu majoritaire chez Hasselblad.

Notre rencontre avec Ove Bengtson

Ove Bengtson, de Hasselblad.

Pouvez-vous nous raconter l'arrivée du numérique chez Hasselblad ?

Ove Bengtson – L'ère du numérique chez Hasselblad a en réalité commencé en 1982. Nous avons développé un scanner pour les photojournalistes appelé le Dixel. Il a été utilisé par les magazines suédois et aux Jeux Olympiques. Cela a été notre première aventure dans le monde du numérique. Ce produit a rencontré un franc succès et nous avons continué à le développer jusqu'en 1997. Nous avons ensuite commencé le développement du H1 (en 1996) qui a été mis sur le marché en 2002. À l'époque, c'était un appareil avant tout analogique, mais compatible avec les dos numériques du moment. Nous avons beaucoup collaboré avec Kodak. En 2003, nous avons été rachetés par une autre compagnie qui pensait que nous devions avoir notre propre solution numérique. Nous avons donc acheté la société danoise Imacon et fusionné les deux sociétés. Dès 2004, nous étions en mesure de proposer une solution complète en numérique. Depuis, nous avons fait évoluer la plateforme pour en arriver au H6 actuel.

Hasselblad Drixel.

H1 avec dos KodakH1 avec dos Kodak
H1 avec son dos ImaconH1 avec son dos Imacon

Quels sont les premiers retours sur le X1D ?

Ove Bengtson – Nous sommes extrêmement contents. La réaction du marché surpasse de loin nos estimations. Lorsque les gens l'utilisent et comprennent pleinement quel type d'appareil photo c'est, ils l'adorent. Ils l'aiment avant tout pour sa compacité et pour le fait qu'il délivre une qualité d'image de moyen format : le X1D délivre la même qualité d'image qu'un H6D équipé d'un dos à 50 millions de pixels. Ce sont cependant des outils différents, destinés à des travaux différents. De nombreux professionnels ont acheté un X1D — plus que ce que nous avions prévu ; à l'origine, nous pensions plus toucher les amateurs experts avec cet appareil. Pour l'instant, le marché est à 50/50 entre ces deux types de clients. Les professionnels qui se laissent séduire par le X1D ont déjà un moyen format (un H, un PhaseOne ou un Pentax). Le X1D est initialement pour eux un appareil "de secours", mais on voit de plus en plus de pros l'utiliser comme appareil principal sur certaines commandes.

Le Hasselblad X1D. Photo : Hugues Mitton

Quel est l'histoire du projet X1D ?

Ove Bengtson – Nous avons déjà le "traditionnel" système reflex avec la série H. Il y a quelques années, nous avions un appareil à succès : le XPan. Nous avons arrêté la production de cet appareil pour de nombreuses raisons et, depuis, beaucoup de gens nous demandent une version numérique de cet appareil. Du temps de la technologie du CCD, ce n'était pas une bonne idée, car les capteurs avaient des limites en sensibilité ISO et cela n'en aurait pas fait un bon appareil de terrain. Lorsque nous avons commencé à travailler sur le capteur CMOS 50 millions de pixels Sony pour le H5D, nous avons pris conscience des possibilités de ce capteur, et nous avons pensé que ce serait fantastique de le mettre dans un "petit" appareil photo. Or la seule façon de faire un "petit" appareil photo est de supprimer la partie "reflex" (miroir, viseur optique). L'idée était née (fin 2013). Le projet a commencé peu de temps après. Le X1D est l'appareil que nous avions toujours eu envie de faire.

Hasselblad XPan : la génèse du projet X1D.

Tout le monde utilise les mêmes capteurs. Est-il possible d'envisager un autre fournisseur ?

Ove Bengtson – Pas vraiment. En fait, c'est possible, mais ce ne sont pas les mêmes prix. Leica utilise des capteurs CMOSIS conçus en Belgique. Techniquement, les capteurs Sony sont les meilleurs pour l'instant. D'autres constructeurs proposent des capteurs CCD (Dalsa ou Kodak, par exemple), pour d'autres types d'usages. Le capteur est la pièce la plus chère d'un appareil photo. Sur le X1D, il représente entre 30 et 50 % du prix de l'appareil. C'est pour cela que ces appareils sont si chers. Pour le X1D, nous avons essayé de contenir le prix au maximum. Bien entendu, il n'y a pas de miroir ni de visée reflex, mais nous avons avant tout mis en commun la plateforme entre ce nouvel appareil et celle du H6 afin de limiter les coûts de développement.

En bas, le capteur 50 Mpx du X1D ; en haut, le capteur 100 Mpx du H6D.

Pourquoi ne pas avoir lancé un XPan numérique à la place du X1D ?

Ove Bengtson – Nous ne voyons pas le X1D comme un XPan numérique, mais l'appareil se positionne de la même manière que le XPan à l'époque. Le XPan était le second appareil de nombreux photographes équipés en moyen format Hasselblad. L'idée était de proposer un appareil photo léger capable de délivrer la qualité d'image d'un moyen format. L'image produite par le XPan était en fait plus large que celle d'un moyen format ; dans une certaine mesure, elle était donc même encore meilleure, mais en ratio panoramique. Le X1D est le compagnon idéal d'un H6. Vous pouvez utiliser les mêmes objectifs ; c'était impossible avec le XPan.

L'année dernière, vous avez montré à la photokina un très intéressant prototype. Peut-on espérer un jour voir arriver cet appareil sur le marché ?

Ove Bengtson – Si on regarde l'industrie automobile, il y a très souvent des prototypes qui sont montrés au public ; cependant, on ne voit jamais exactement ces produits sur le marché par la suite. Le V1D nous sert à tester les réactions du public. Nous avons reçu des retours très positifs à son sujet. Il est basé sur le capteur de 100 millions de pixels et serait donc très cher à l'achat. Donc qui sait !

Le Hasselblad V1D en version épurée.

Vous en êtes actuellement à 100 millions de pixels. Dans le futur, pensez-vous que l'objectif sera d'augmenter encore la définition des capteurs pour améliorer la qualité d'image ?

Ove Bengtson – C'est une bonne question. Je pense que nous avons atteint, d'un point de vue pratique, le maximum de ce dont les gens ont besoin. Cela n'arrête pas pour autant la technologie de se développer. Nous ne sommes pas en charge du développement des capteurs que nous utilisons. Sony a déjà dévoilé sa roadmap et l'on sait qu'un capteur de 150 millions de pixels arrivera en 2018. Les optiques X sont tout à fait capables de supporter un capteur d'une telle définition, voire plus : nous avons déjà un "simili" 200 millions de pixels en "multishot" et cela fonctionne parfaitement. Il en va de même avec nos optiques — une grande partie de nos optiques H —, mais quoi qu'il en soit, il faut prendre en compte cette composante dans le développement de nos optiques futures. Lorsque l'on voit ce que l'on est capable de faire avec 50 millions de pixels, qui a besoin d'un 200 millions de pixels ?

Le H6 et son capteur de 100 millions de pixels.

Parlons optique maintenant. Comme fonctionne le développement de vos optiques ?

Ove Bengtson – À l'époque du système V, nous travaillions avec Carl Zeiss pour nos optiques. Nous avons été de plus en plus impliqués dans le développement des optiques et la rédaction du cahier des charges. Nous avons beaucoup appris sur ce qui fait un bon objectif. Une optique, ce n'est qu'une question de compromis. C'est comme une recette pour avoir la meilleure qualité. Si on essaye de pousser toutes les caractéristiques d'un objectif au top, on se retrouve avec une optique très grosse, très chère, et que personne ne peut utiliser. Comment trouver le juste équilibre ? Lors du lancement du système H, nous avions notre propre équipe de développement optique. Nous avons collaboré avec Fujifilm et les avons contraints à faire de très bonnes optiques. Ils n'étaient pas habitués à un tel niveau de qualité. Toutes les optiques H sont meilleures que les optiques Zeiss que nous utilisions auparavant. Pour le système X, nous avons collaboré avec un autre constructeur japonnais : Nittoh. C'est lui qui produisait le XPan et les optiques XPan. Il s'occupe aussi des viseurs de nos boîtiers H.

Nittoh

L'année dernière, vous avez annoncé un partenariat avec DJI sur un drone capable d'emporter un moyen format. Où en est la situation entre vous ?

Ove Bengtson – DJI a investi dans la société et croit beaucoup au potentiel de Hasselblad pour le développement de nouveaux produits. Nous avons annoncé récemment le DJI M600 avec notre H6D100. Il n'est toujours pas disponible et est encore en cours de développement. Nous essayons de voir quelles sont les synergies possibles en matière de développement et de techniques de production. Nous apprenons d'eux, ils apprennent de nous. Patience !

DJI M600

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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