De passage à Paris pour une mission d'évangélisation autour du nouveau format ProRes RAW d'Apple, nous avons posé quelques questions au dynamique PDG de la société Atomos spécialisée dans les enregistreurs vidéo, Jeromy Young. Chantre de ce nouveau format vidéo universel et polyvalent, il est intarissable sur le sujet.

Le ProRes RAW, auquel nous avons déjà consacré un article, est sans doute l'une des annonces majeures du NAB 2018. Pour Jeromy Young, la question ne se pose même pas ! C'est LE format qui va bouleverser la manière de travailler de beaucoup de vidéastes. Atomos a collaboré avec Apple depuis deux années sur ce format et a négocié une exclusivité sur un an. Les enregistreurs externes Atomos seront donc les seuls à pouvoir enregistrer en ProRes RAW. Ce format devrait permettre l'utilisation de plusieurs caméras de divers fabricants pour une même production avec une uniformisation facile et rapide de l'image. De quoi décupler les possibilités !

Jeromy Young, PDG d'Atomos
Jeromy Young Atomos

Jeromy Young et son dernier “bébé”, le Ninja 5. Ironiquement, s'il est capable d'enregistrer du ProRes RAW, il ne peut pas le proposer, car il ne dispose que d'une connexion HDMI.

Il existe déjà de nombreux formats RAW en vidéo chez Canon, Sony, RED… Quel est le principal avantage du ProRes RAW ?

On trouve des tas d'avantages au ProRes RAW, mais je pense que le principal est que ce format a été pensé et développé pour être rapidement encodé et décodé sur ordinateur. C'est une architecture optimisée pour le travail des puces Intel et des cartes graphiques. Ce sont d'excellents algorithmes de compression ProRes optimisés pour le CPU. On peut donc travailler des fichiers RAW avec une facilité déconcertante sur un ordinateur. Si l'on compare au Cine DNG d'Adobe, le gain en réactivité est vraiment impressionnant.

Il y a une chose assez paradoxale avec le ProRes RAW : c'est à la fois un format qui ouvre de nouvelles perspectives puisqu'il est possible d'utiliser des formats RAW en provenance de plusieurs caméras et constructeurs ; et pourtant, il faut utiliser le système fermé d'Apple avec Final Cut Pro X.

Vous avez raison. Pour l'instant, la licence ProRes RAW est réservée à Final Cut Pro X d'Apple, mais je suis certain que vous verrez à l'avenir des licences pour d'autres éditeurs tels qu'Adobe ou Blackmagic Design. C'est une question de temps.

Combien de temps d'après vous ? Six mois, un an, plusieurs années ?

Difficile à dire, mais je pense qu'il faudra patienter au moins un an avant de voir d'autres solutions naître autour du ProRes RAW. Cela dit, je pense qu'il faut garder à l'esprit que le ProRes n'a jamais été encodé avec Windows et seul le décodage est possible. Avec Premiere Windows, vous ne pouvez pas exporter en ProRes. Je pense que la stratégie sera similaire pour le ProRes RAW.

Cette limitation à l'univers Apple est à la fois un point fort, mais également un point faible. Les professionnels sont échaudés par la politique d'Apple qui ne semble pas vraiment s'intéresser à ce marché. En outre, les premiers déboires avec Final Cut Pro X restent très présents dans la mémoire des vidéastes. Retourner vers Final Cut Pro X prendra sans doute beaucoup de temps, un temps qu'il faut pourtant réduire pour que le ProRes RAW soit massivement adopté…

Oui, mais limiter le ProRes RAW à un cercle restreint (Apple et Atomos, NDLR) a permis d'aller beaucoup plus vite et d'optimiser le format plus rapidement. Il faut du temps pour valider tous les processus, vérifier la qualité. Nous avons été finalement assez rapides et nous n'aurions jamais réussi à faire cela avec plus d'acteurs. L'expérience utilisateur s'en trouve renforcée également.

Jeromy Young Atomos

À quel moment avez-vous travaillé sur le projet avec Apple ?

Depuis le début. Nous avons l'habitude de travailler sur le format RAW des caméras depuis des années maintenant. Il y a deux ans, nous sommes allés voir Apple pour parler du format RAW. Là encore, il a fallu être patient, et six mois après, ils ont décidé de porter le projet. Nous avons aussi compris ce que le contrôle qualité veut dire à Cupertino. Ils sont très très exigeants, c'est pourquoi leurs produits sont souvent des réussites.

Vous avez seulement deux enregistreurs compatibles avec le ProRes RAW. Pourquoi ?

Oui, c'est une question récurrente. Nous avons seulement deux modèles capables d'offrir une vraie expérience sans faille. Il faut un peu de puissance pour lire la vidéo, par exemple. Si certains modèles peuvent enregistrer du ProRes RAW, il n'est pas sûr qu'ils puissent le lire correctement et nous voulons offrir l'expérience utilisateur la plus complète et la plus satisfaisante qui soit.

De manière étonnante, le tout récent Ninja 5 ne propose pas le ProRes RAW.

Oui, il pourrait ! Techniquement, c'est possible, mais l'enregistrement des données n'est pas encore dans la spécification du HDMI 2.0 et le Ninja 5 n'a pas de connecteur SDI. Il faut donc attendre une évolution du standard HDMI.

On ne pourra donc pas bénéficier du ProRes RAW sur un reflex équipé d'une sortie HDMI, même avec une mise à jour logicielle ?

Non, ce ne sera malheureusement pas possible. On pourrait, mais cela ne fait pas partie du standard. Ceci étant, je milite pour que les constructeurs comme Canon ou Sony ouvrent leurs boîtiers au format RAW. Souvent, on pense que ce dernier est associé au cinéma. Mais pas seulement, il faut les convaincre que le RAW en vidéo est également pour tout le monde.

Quand une nouvelle caméra verra le jour chez Sony, Canon ou Panasonic, faudra-t-il procéder à une mise à jour ?

Pas forcément. Si cette caméra utilise la même courbe de Log que les précédents modèles, alors aucune mise à jour ne sera nécessaire. En revanche, s'il s'agit d'un tout nouveau capteur avec une nouvelle courbe, alors oui, il faudra intégrer le profil. C'est un travail qui nécessite environ deux mois si le constructeur est ouvert.

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Renaud Labracherie
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications