Si cela fait maintenant plusieurs années que les filtres photo saturent les timelines de nos réseaux sociaux, rares sont les applications qui parviennent à sortir des sentiers battus. C'est en proposant d'appliquer aux images capturées le style d'œuvres picturales célèbres que Prisma a connu un franc succès lors de son arrivée sur l'App Store en juin 2016 (puis peu de temps après sur Google Play). Conscients qu'un tel engouement peut vite rencontrer ses limites, les créateurs de Prisma ont récemment dévoilé une nouvelle version de l'application dotée de plus de fonctionnalités, en tête desquelles les capacités de partage et de notation des images modifiées.

Le concept

À la différence d'une application de retouche photo proposant de classiques outils d'exposition, de contraste ou encore de colorimétrie (comme le fait Snapseed), Prisma propose purement et simplement d'appliquer des filtres précis et d'en régler l'intensité. Inspirés des œuvres d'artistes tels que Marc Chagall, Vincent van Gogh, Wassily Kandinsky, Pablo Picasso ou encore Hayao Miyazaki, ces filtres se différencient grandement de ceux proposés par la plupart des applications concurrentes par le concept même utilisé pour les appliquer. Pour expliquer ce concept, les créateurs de Prisma mettent notamment en avant la notion de "réseau neuronal convolutif" constituant une architecture spécifique de deep learning (ou "apprentissage profond" en bon français).

Créée par Alexey Moiseenkov, l'application se base notamment sur l'algorithme open source utilisé par DeepArt, site internet antérieur à Prisma et proposant le même type de service. À l'origine de ce projet, les chercheurs Leon Gatys, Alexander Ecker et Matthias Bethge ont publié en 2015 un article universitaire baptisé "A Neural Algorithm of Artistic Style" expliquant le concept mis en place à l'aide de termes difficilement compréhensibles par le commun des mortels.

Pour faire simple, il est ici question de mimer la capacité humaine à produire des œuvres visuelles par un complexe jeu d'interactions entre le contenu de l'image et le style pictural qui lui est appliqué. Bien qu'il soit pour l'instant impossible de recréer de façon artificielle un tel processus de pensée, il est cependant possible d'utiliser les progrès faits en matière de reconnaissance d'objets et de reconnaissance faciale de façon à s'approcher de résultats esthétiques similaires.

Alors que les filtres utilisés dans la plupart des logiciels et applications se contentent d'appliquer une surcouche à une image préexistante, l'utilisation de réseaux neuronaux convolutifs permet de différencier les différents éléments de l'image de façon à leur appliquer indépendamment l'effet désiré et ainsi recréer l'image de toutes pièces. En résultent des filtres esthétiquement complexes, qui s'adaptent néanmoins parfaitement aux images auxquelles ils sont appliqués.

Illustration issue de l'article universitaire A Neural Algorithm of Artistic Style.

À noter qu'à l'origine, Prisma et DeepArt ne réalisent pas les calculs nécessaires à la modification de votre image sur votre appareil mobile ou ordinateur : celle-ci est envoyée sur le cloud, c'est-à-dire sur les serveurs des développeurs. Cette logique sert notamment le principe du deep learning en élargissant la base de données des deux sociétés de façon à améliorer le fonctionnement du service octroyé. Prisma se détache cependant petit à petit de cette contrainte et propose déjà l'utilisation de certains filtres sans qu'aucune connexion Internet soit nécessaire.

Prise en main

Simple et épurée, l'interface de Prisma se divise en trois modules : l'appareil photo, le flux d'actualité et le profil de l'utilisateur. En toute logique, le premier module propose de capturer une photo directement depuis l'application (le contrôle du flash est alors le seul paramètre disponible) ou de sélectionner une image dans la galerie de votre appareil mobile. Il est alors possible de recadrer et de lui appliquer une rotation de 90°. Si la version de Prisma disponible pour iOS a récemment introduit la possibilité de publier des clichés en formats portrait et paysage, les utilisateurs de terminaux Android se voient quant à eux cantonnés au format carré. On notera de plus que l'application est pensée pour un usage vertical et ne s'adapte donc pas à l'orientation du smartphone.

Prise en main de l'application Prisma

Malgré ces quelques limitations, l'étape suivante dévoile le véritable potentiel de Prisma. Sont alors proposés une quarantaine de filtres, chacun permettant d'appliquer une esthétique bien particulière à l'image sélectionnée. Si tous ne s'adaptent pas avec autant de succès à tous les sujets (portraits, paysages ruraux et urbains réagissent différemment), force est d'admettre qu'il y en a pour tous les goûts. Notons d'ailleurs la présence de filtres sponsorisés censés financer le développement de Prisma.

Prise en main de l'application Prisma

La véritable nouveauté intégrée aux plus récentes versions iOS et Android de Prisma réside cependant dans l'intégration d'un flux de photos ressemblant quelque peu à celui proposé par Instagram, à ceci près que ce flux n'est pas basé sur la chronologie des contributions, mais sur la distance géographique à laquelle celles-ci ont été opérées. L'idée est donc de faire découvrir aux utilisateurs les contenus les plus proches d'eux, tout en intégrant une fonction "J'aime" influant sur le rayon de visibilité du contenu.

Prise en main de l'application Prisma

S'étant tout d'abord présentée sous la forme d'une simple application proposant des filtres, Prisma tente donc désormais de gagner un statut de réseau social. On notera tout de même que ces fonctions de partage n'ont bien heureusement rien d'obligatoire.

Verdict

Actuellement disponible gratuitement en version 3.0.1 sur l'App Store et en version 2.2.2 sur Google Play, Prisma est une application qui mérite amplement l'engouement rencontré lors de sa sortie. L'interface est en effet élégante et facile d'utilisation (malgré son inaptitude à s'adapter à l'orientation du smartphone), tandis que les filtres proposés impressionnent bien souvent par l'efficacité avec laquelle ils se marient à tout type d'image — la rapidité d'exécution semble également avoir été nettement améliorée. Si l'on peut reprocher l'extrême simplicité du module de prise de vue et le faible nombre de réglages proposés lors de la phase de retouche, il convient de rappeler que le principal intérêt de Prisma ne réside pas dans ces paramètres.

Si un certain effet de lassitude dû à l'utilisation récurrente de mêmes filtres est certainement inévitable — notamment pour les utilisateurs s'exposant à un flux d'images exclusivement retouchées avec Prisma —, nous vous invitons à tester cette application de façon à en mesurer l'efficacité.

Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications