Depuis quelques jours, la polémique enfle autour de l'affiche du festival de Cannes 2017, sur laquelle l'actrice Claudia Cardinale virevolte, légère et joyeuse. La photographie originelle ne l'était sans doute pas assez et a été largement retouchée pour les besoins visuels de l'affiche. Faut-il réellement s'en émouvoir ?

Présentée au public mercredi 29 mars, l'affiche du 70e festival de Cannes a créé un mini séisme médiatique. Pour les besoins de l'affiche, la photo de l'actrice mondialement connue Claudia Cardinale a subi de nombreuses retouches, dont certaines avec un effet amincissant. Scandale. L'actrice n'est-elle pas suffisamment belle ou élancée pour faire l'affiche du festival ?

Série réalisée à Rome en 1959.

Réalisée par un photographe dont l'histoire a oublié le nom —si vous le connaissez, nous sommes preneurs ! —, la série date de 1959 ; la jeune actrice y offre une image d'elle pleine de fougue, d'énergie et de légèreté. Et c'est bien cette idée que l'affiche tente de diffuser. Un moment de joie et de danse. L'actrice est d'ailleurs très fière que cette photo ait été choisie pour illustrer l'affiche du 70e festival.

En plus d’être honorée et fière d’avoir été choisie pour porter les couleurs de la 70e édition de Cannes, je suis très heureuse du choix de cette photo. C’est l’image même que je me fais de ce Festival : un rayonnement.

Claudia Cardinale

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Pourtant, à peine dévoilée, l'affiche fait l'objet de nombreuses réprobations sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Le problème ? Des retouches appuyées sur la photo, notamment pou amincir l'actrice. Vous noterez ainsi une franche réduction de la taille, ainsi qu'un affinage certain au niveau de l'avant-bras et des jambes. D'autres retouches sont par ailleurs visibles : effacement des zones floues autour d'une main, de certains plis de la jupe, ou encore d'une mèche de cheveux trop envahissante. Mais si ces dernières interventions ont un intérêt graphique pour le "bon fonctionnement" de l'affiche, la polémique concerne surtout la "cure amincissante" subie par la comédienne, âgée alors de 21 ans !

affiche Festival de Cannes / PhotoDifférences entre la photographie et l'affiche (en rouge) du 70e Festival de Cannes.

Relativisons toutefois, car il s'agit d'une affiche, d'une création numérique, et non d'une photographie au sens d'un moment figé : le souci du réalisme n'est pas de mise. Il y a derrière le travail du graphiste une intention artistique et une communication différente de celle de la photo qui sert de substrat à l'affiche. On se demande toutefois pourquoi, pour faire passer ce message de joie, de bonheur et de fête, il faut en passer par un corps amaigri ? Est-ce un reflex du graphiste habitué à retoucher les images commerciales qu'on nous livre quotidiennement, sur lesquelles la femme — et l'homme — répondent à des visions fantasmées dont notre corps n'est pas capable ? Rappelons que désormais, "les photographies à usage commercial de mannequins, dont l’apparence corporelle a été modifiée par un logiciel de traitement d’image afin d’affiner ou d’épaissir la silhouette du mannequin doivent être accompagnées de la mention : Photographie retouchée" selon l'article 19 de la loi de modernisation du système de santé.

En réalité, deux aspects sont gênants. Le premier, c'est la contradiction entre ces retouches et le message que prétend véhiculer l'affiche — une célébration de la spontanéité, de l'instant, de la beauté naturelle et sans fard... Si l'image choisie avait été une photo de Jean-Paul Goude, par exemple, la retouche n'aurait pas été problématique : on aurait su d'emblée à quoi l'on avait affaire, une image délibérément irréaliste, fabriquée et qui ne s'en cache pas, bien au contraire.

Et la deuxième chose qui choque, c'est l'exagération de la retouche... La taille rappelle désormais celle d'une Barbie. Les jambes ont été tellement amaigries et allongées qu'elles semblent pendre, presque atrophiées, au bout d'un bassin anormalement long. Une retouche disproportionnée, qui interpelle et n'apporte finalement rien, à mon sens, au discours de l'image. Si certaines retouches légères sont souvent généralement acceptées, des corrections plus importantes devraient demander, au minimum, l'aval du modèle, ce qui ne semble pas avoir été le cas pour Claudia Cardinale.

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Crédit de l'affiche : Bronx agence (Paris). Photo : Claudia Cardinale © Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications