Nous venons tout juste de mettre la main sur LE nouveau boîtier Nikon que tout le monde attend. Il s'agit évidemment du D850, présenté il y a quelques jours et célébrant en partie le centenaire de la marque. Ni une ni deux, nous avons décidé de passer l'appareil dans notre salle de torture et de réaliser l'impitoyable montée ISO. Bien entendu, il s'agit ici des premiers résultats des tests, dans quelques jours, nous vous proposerons un test complet du Nikon D850 en bonne et due forme.

Nikon D850
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Retour sur le contexte

Si le Nikon D800 fut le premier reflex 24 x 36 à atteindre la définition record — à l'époque — de plus de 36 millions de pixels, son remplaçant fixe la barre plus haut en ce qui concerne la définition, portant désormais à 45,4 millions le maximum de pixels embarqués sur un capteur chez Nikon.

Au petit jeu des records, Canon caracole toujours en tête avec son capteur à 50 Mpx niché dans le 5DS R. La prouesse technique date de 2015 et tient donc toujours. Avec l'Alpha A7R II et son capteur à 42,4 Mpx, Sony n'avait pas pu ou jugé bon de venir jouer sur les platebandes de Canon concernant le nombre de pixels, préférant alors miser sur la nouveauté technologique avec le premier capteur BSI (Back Side Illuminated ou rétroéclairé) 24 x 36. Le D850 vient se positionner entre les deux premiers protagonistes en proposant également un capteur 24 x 36 rétroéclairé avec 3 "petits" millions de pixels en plus que le modèle Sony. Rappelons qu'un capteur rétroéclairé permet une meilleure capture de la lumière et un traitement plus rapide du transfert.

Nikon reste ainsi en retrait par rapport à Canon et n'atteint pas la barre symbolique des 50 millions de pixels. La raison ? Un meilleur équilibre entre la définition, la sensibilité et la rapidité de traitement. Un discours qui ressemble à celui de Sony lors de la présentation du A7R II.

En matière de faibles lumières, le D850 devrait également savoir les "gérer" avec une plage ISO qui s'étend nativement de 64 à 25 600 ISO et qui pourra être étendue de 32 à 102 400 ISO. Nous avons pu essayer un boîtier de présérie et nous vous proposons quelques images avant de pouvoir tester le nouveau boîtier en studio selon notre protocole habituel.

Exemple (avec prototype)
Exemeple Nikon
Exemple (avec prototype)
Exemple Nikon

Gestion du bruit électronique

Protocole de test

Pour notre test, la scène est éclairée sous environ 250 lux. Notre appareil étalon est le Canon 5Ds R qui, pour un gris neutre 18 %, requiert le couple f/5,6-1/4 s à une sensibilité de 100 ISO. Le Nikon D850 est également calé pour exposer correctement un gris 18 % avec une sensibilité de 100 ISO. Le temps de pose est alors de 1/4 s. Pour faciliter les comparaisons, nous utilisons le plus souvent la même optique pour photographier la scène. Ici, c'est un Sigma 35 mm f/1,4 Art.

Nous faisons ensuite varier la durée de la pose et la sensibilité ISO. Les images sont visibles à 100 % (JPEG) et vous pouvez télécharger les fichiers bruts (.CR2).

Le boîtier est configuré par défaut, notamment pour ce qui est de réduction du bruit électronique.
Comme d'habitude, en plus des vignettes présentées ci-dessous, les images sont toujours observables à 100 % et téléchargeables.

Le bruit est parfaitement géré de 100 à 800 ISO et les détails sont totalement conservés. Il en va de même pour les simulations des faibles sensibilités ISO (31 et 64 ISO). C'est à partir de 1 600 ISO que l'on sent apparaître la première "dégradation". Cette dernière est très légère et s'apparente à une baisse minime de netteté sur les plus fins détails. C'est un peu comme si on baissait le microcontraste. Le phénomène est similaire à 3 200 ISO, mais à ces deux sensibilités, force est de constater que les images sont totalement exploitables et que seul un œil averti pour déceler l'influence du bruit et de sa réduction sur la qualité de l'image. Le phénomène s'accentue une nouvelle fois à 6 400 ISO et 12 800 ISO. Pour ces sensibilités les plus fins détails se font lisser, mais une fois encore les images sont totalement exploitables. Jusqu'à présent aucune trace de bruit coloré ! Les choses commencent réellement à se gâter à partir de 25 600 ISO. À cette sensibilité le bruit fait un grand bond en avant, le lissage est bien plus élevé et on peut dire adieux aux plus fins détails des images. Dès 51 200 ISO, le bruit devient texturé et on voit apparaître les premiers "tas" de pixels. Enfin à 102 400 ISO, oubliez le moindre détail, mais bon, il y a une image…

Évolution par rapport au Nikon D810

Commençons par étudier les évolutions face à son prédécesseur, le Nikon D810 sorti en 2014 et disposant d'un capteur de 36 millions de pixels. Ce boîtier offre une plage de sensibilité allant de 32 à 51 200 ISO. Voici ce que disait Renaud à propos de la gestion du bruit à l'époque du test. Depuis 2014, nous avons changé de scène test, mais, coup de chance, nous avons en ce moment un D810. Nous avons repassé le boîtier sur notre nouvelle scène pour la comparaison.

Premier constat évident, le nouveau D850 monte plus haut de 1 IL en sensibilité ISO maximale et passe de 51 200 à 102 400 ISO. De plus il dispose aussi d'une plus grande définition pour une taille de capteur similaire en passant de 36 à 45,5 millions de pixels. Les pixels sont donc plus petits et passent de 4,8  micromètres à 4,3 micromètres.

Sur le D810, les images sont largement exploitables jusqu'à 3 200, voire 6 400 ISO. Sur le D850, cette "limite" est montée d'un cran jusqu'à 12 800 ISO. Sur les sensibilités les plus élevées, le D810 lissait beaucoup plus les images pour atténuer le bruit. Le D850 les conserve mieux, mais propose des images plus "texturées".

À propos du Nikon D810

Le D810 offre de très belles images de 32 à 400 ISO avec un bruit invisible. Il faut pousser à 800 ISO pour entr'apercevoir un fin moutonnement (bruit de luminance) sur les aplats colorés, et il faut vraiment regarder les images sur écran en mode Pixel-Peeper à 100 % (voire plus) pour discerner un léger grain.

À 1 600 ISO, le grain se fait déjà plus visible, notamment sur les aplats gris. Rien de dramatique cependant, les images conservent un excellent rendu des détails, comme vous pouvez le vérifier sur le billet de banque. L'image est seulement un peu plus douce. Vous pourrez facilement grimper à 3 200 ISO sans craindre de longues soirées à débruiter les images. Là encore, le moutonnement se manifeste plus volontiers, mais il ne faut pas oublier que vous observez les images à 100 % sur écran, ce qui est en fait rare pour des fichiers de 36,3 Mpx.

À 6 400 ISO, un grain fin mais légèrement coloré fait son apparition. On atteint donc ici un premier palier. Pour cette valeur ISO, les logiciels de développement de fichiers bruts devraient logiquement donner de meilleurs résultats, mais il faudra patienter un peu. Le bruit augmente naturellement avec la limite des 12 800 ISO du Nikon D810. Globalement, cette valeur est encore exploitable pour des tirages de taille raisonnable (20 x 30 cm) ou avec un post-traitement. On ne peut pas en dire autant des valeurs supérieures (mode étendu). Le bruit est particulièrement présent et disgracieux. Ces valeurs seront à employer avec parcimonie.

Test Nikon D810

Face aux concurrents ultra haute définition : Canon EOS 5DsR et Sony A7R II

Dans la guerre des appareils "compacts" à très haute définition, on compte en plus du nouveau Nikon D850 et ses 45 millions de pixels, le Canon EOS 5DsR et ses 50 millions de pixels (sorti en 2015) permettant de monter seulement à 12 800 ISO et l'hybride Sony A7R II et ses 42 millions de pixels pouvant monter lui aussi, comme le D850, à 102 400 ISO.

Face au Canon EOS 5DsR, le D850 ne fait pas le poids question hautes sensibilités ISO : 3 Il séparent les deux sensibilités maximales de ces deux appareils. Pour ce qui est la gestion du bruit sur leur plage de sensibilité commune, force est de constater que le Nikon fait légèrement mieux en proposant des images exploitables à 12 800 ISO alors qu'il est préférable de ne pas dépasser les 6 400, voire 3 200 ISO sur le 5DsR. La stratégie de réduction de bruit est relativement similaire sur les deux appareils : lissage des fins détails et conservation des textures sur les hautes sensibilités.

Face à l'A7R II, le Nikon D850 fait également mieux. La limite "tolérable" du bruit sur l'A7R II, en conservant de la matière et des fins détails, est positionnée à 6 400 ISO. La réduction du bruit sur les très hautes sensibilités ISO de l'A7 lisse beaucoup plus les détails et les textures que le Nikon.

À propos du Canon EOS 5DsR

Aucune inquiétude à avoir de 100 à 400 ISO : les images sont "propres", le bruit invisible, et la reproduction des détails impeccable. À 800 ISO, vous noterez à 100 % sur écran (HDTV 1080) les premiers signes de moutonnement, mais celui-ci sait se faire très discret. C'est donc un sans-faute sur la plage 100-800 ISO. Vous noterez sur certaines zones de l'image (charte colorée, cartes de jeu, publicité Coca-Cola...) la présence de moirage. Bien visible à 100 ISO, celui-ci s'estompe logiquement avec la montée en sensibilité, le lissage et le grain venant brouiller la restitution des fins détails.

À 1 600 ISO, le grain devient nettement visible sur les aplats colorés et denses. Celui-ci est fin et plutôt agréable. Les plus fins détails commencent à se diluer, mais l'image conserve un bon niveau. Une fois de plus, nous examinons l'image à 100 % sur écran, ce qui est finalement une activité assez peu commune. On notera toutefois une baisse de la dynamique avec des zones denses assez bouchées (intérieur du ventilateur). Le bruit monte encore d'un cran à 3 200 ISO, mais la qualité de l'image reste encore acceptable et la définition importante permet d'exploiter correctement les images dans des dimensions raisonnables.

Le passage à 6 400 ISO est un peu plus problématique : le moutonnement devient facile à mettre en évidence et la précision baisse, tout comme la dynamique. Cependant, une fois de plus, la définition de 50 Mpx permet plus facilement de travailler et d'imprimer ses images en "tirant" beaucoup moins sur les pixels. Les photodiodes étant plus petites, le bruit généré l'est également.

Test Canon EOS 5DsR

À propos du Sony A7R II

Comme pratiquement tous les boîtiers équipés d'un capteur 24 x 36, les images visualisées sur écran à 100 % sont excellentes de 50 à 800 ISO ; même à 1 600 ISO, le grain est difficilement perceptible et il faut examiner les aplats à la loupe pour deviner les premières granulations. Cette plage est donc parfaitement exploitable, ce qui offre déjà une belle polyvalence. Vous noterez toutefois quelques variations d'exposition, l'image à 1 600 ISO devenant un peu plus dense.

Le premier saut qualitatif est décelable à 3 200 ISO. Le grain est visible sur les aplats colorés, mais il reste fin et peu coloré. Le traitement des parasites est bien assuré, et seul le bruit de luminance est visible. La dynamique reste encore très agréable avec des nuances bien visibles dans les zones denses et les hautes lumières. Le niveau de détail reste impressionnant et seules certaines textures (notamment la toile du livre) semblent poser problème aux algorithmes de traitement du bruit électronique. Le cliché se densifie un peu plus. Dès 6 400 ISO, le moutonnement devient plus présent dans les zones denses et la dynamique baisse un peu : les images sombres perdent en délicatesse et les noirs deviennent très denses et moins subtils. En revanche, toutes les images sont facilement exploitables pour des travaux courants, car les détails sont encore nombreux et la haute définition permet de travailler les images sans "tirer sur les pixels". Les sensibilités supérieures sont plus problématiques. Le bruit envahit peu à peu toutes les nuances des images, les détails fondent sous l'action cumulée du lissage et du moutonnement, les couleurs deviennent un peu moins franches et, globalement, les images perdent en tonicité. On pourra toutefois les utiliser pour un affichage sur écran ou un tirage A4.

Une baisse de qualité se manifeste à 12 800 ISO, mais le niveau est encore très bon. Le rendu colorimétrique amorce un affadissement et le grain devient plus grossier avec un aspect "électronique" trop carré et peu esthétique. Le niveau de détail reste cependant impressionnant pour une telle sensibilité ISO et, pour des tirages raisonnables, cette valeur est encore utilisable. On pourra pousser à 25 600 ISO, mais les images deviennent un peu ternes avec des couleurs plus grisées. La dynamique baisse encore d'un bon cran, mais pour des petits tirages et avec un passage en noir & blanc, c'est encore exploitable. Les deux sensibilités supérieures "étendues" le sont un peu moins. Le grain devient vraiment gros et vient diluer les détails des images, la dynamique baisse. Ce sont des valeurs de secours, mais l'A7R II en est capable.

Test Sony A7R II

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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