À quelques semaines de sa commercialisation, Fujifilm nous a proposé de prendre en main pendant quelques heures son nouveau moyen format hybride, le GFX, et d'apprécier le rendu des premiers clichés.

Depuis l'été 2016, le moyen format a le vent en poupe dans le petit monde de la photographie. C'est Hasselblad qui a ouvert le bal en présentant le premier modèle hybride, sans miroir donc, le X1D. C'était quelques semaines avant la photokina et un autre évènement majeur : le retour de Fujifilm sur le marché du moyen format avec le GFX. Là encore, il s'agit d'un modèle hybride. La marque profite de son savoir-faire à la fois dans le grand format et dans les hybrides, comme le confirme la bonne réception, par les photographes pros et amateurs, des X-Pro2 et X-T2.

Aujourd'hui, la marque propose l'un des plus vastes éventails photographiques du marché et touche un public très large, de la famille, avec la gamme Instax, au professionnel en studio avec le nouveau GFX et son capteur de 50 Mpx.

Fujifilm GFX 50S et X100F

GFX 50S

Autant le dire tout de suite, les clichés dont vous pourrez télécharger les versions en pleine définition ainsi que les RAW (.RAF) sont issus de boîtiers non définitifs. Mais une fois de plus, à quelques semaines de la commercialisation du GFX, les changements, s'il y en a, seront sans doute assez minimes. Attention toutefois, les connexions vont chauffer, le JPEG pesant pas moins de 25 Mo et le RAW, plus de 100 Mo !

Prise en main

Après avoir essayé le Hasselblad X1D, il est difficile de trouver le GFX "petit". En réalité, nous avons plutôt l'impression d'avoir un bon reflex 24x36 en main. Mais à l'intérieur, c'est un capteur de 44 x 33 mm qui vient se loger, soit un peu moins du double de la surface d'un 24x36. La première impression visuelle est finalement mitigée. Après avoir bâti une bonne partie de sa stratégie X-Premium sur le "look" de ses appareils photo, le GFX fait beaucoup moins l'unanimité que le X-Pro2 ou le X-T2 en matière d'esthétique. Plus massif, moins élégant et ressemblant trop à un reflex, le moyen format de Fujifilm peine à séduire au premier abord.

Mais mettons de côté la dimension esthétique (qui est également subjective) et prenons en main le GFX. Nous avons désormais une idée un peu plus précise de la qualité du viseur. Celui-ci est un peu plus grand que celui du X-T2 (0,85x eq. 24x36), mais, surtout, il a une définition largement supérieure. En effet, ce n'est pas une dalle de 2,36 millions de points qui officie, mais bien un nouveau modèle affichant 3,69 millions de points. Il est possible d'afficher un niveau électronique sur 2 axes ainsi que les histogrammes RVB. La visée est assez précise, mais peut manquer parfois de fluidité : l'affichage est en effet limité à 60 ips, ce qui est sans doute une contrainte du capteur.

Comme pour le Pentax 645Z, Fujifilm a décidé de reporter l'ergonomie de ses hybrides sur le grand frère moyen format. Les utilisateurs d'appareils de la marque ne seront donc pas pris au dépourvu. Corollaire de cette reprise, les menus, un peu denses, sont également de la partie. Les photographes habitués aux boîtiers moyen format découvriront un autre monde, avec des possibilités de réglage très poussées.

Fujifilm GFX 50SL'écran LCD monochrome est personnalisable. En plus de l'ouverture, la vitesse, la sensibilité et la correction d'exposition, vous pouvez choisir jusqu'à 8 éléments à afficher.

Les premiers déclenchements sont assez agréables et le boîtier réagit assez vite... pour un moyen format. On traite ici des images en 50 Mpx et les RAW en 14 bits pèsent plus de 100 Mo. Les fabricants de cartes rapides se frottent déjà les mains ! Le maniement du boîtier reste fluide et très agréable. À l'intérieur, c'est le même processeur que sur le X-T2. L'autofocus par détection de contraste n'est pas du niveau d'un X-T2, mais reste raisonnable. Il faudra attendre des tests un peu plus poussés, mais le GFX semble légèrement plus lent qu'un Phase One doté d'un autofocus à corrélation de phase. C'est surtout sur des zones très contrastées ou en basse lumière que le système autofocus semble marquer le pas. Il sera possible de basculer rapidement en mise au point manuelle avec la possibilité d'afficher un focus peaking et de zoomer dans l'image pour vérifier le point.

Le GFX est le premier hybride moyen format à être doté d'un obturateur mécanique plan focal. Garanti 150 000 cycles, il permet d'utiliser toutes sortes d'optiques dépourvues d'obturateur central. Cela offre une belle polyvalence. En outre, Fujifilm développe une bague d'adaptation pour les optiques Hasselblad H (celles qui sont fabriquées par Fujifilm...). La mise au point sera manuelle, mais les corrections des optiques seront prises en compte dans le transfert des informations via les contacts.

Fujifilm GFX 50SUn impressionnant capteur de 44x33 mm !

L'impressionnant capteur sera sans doute un véritable aspirateur à poussière, comme l'est celui du Hasselblad X1D. Toutefois, le GFX intègre un dispositif de nettoyage par vibrations, grâce à un filtre placé devant le capteur et mu par des moteurs piézoélectriques.

Parmi les petits plus, nous avons apprécié la connexion Wi-Fi, la possibilité de personnaliser de nombreuses commandes et l'intervallomètre.

Des images

Vous trouverez ci-dessous une sélection d'images réalisées avec un boîtier GFX de présérie.

Mise à jour le 10/02/17 à 16:05
Les fichiers bruts du Fujifilm GFX 50S ne s'ouvrent pas - encore - avec Lightroom. Il faut donc patienter la commercialisation du boîtier pour que les logiciels de développement des fichiers raw prennent en charge les images .RAF. Vous pouvez toutefois ouvrir les images avec certains logiciels. Nous utilisons par exemple l'application FastRawViewer qui interprète correctement les images brutes du moyen format.

fichier RAW ouvert avec RawDiggerVous pouvez également utiliser RawDigger qui permet de constater qu'une "belle" partie du capteur n'est pas utilisée pour la capture de l'image.

Avec l'écran orientable et tactile, il est très facile de réaliser des cadrages au ras du sol ou au-dessus d'un obstacle. Malgré la très haute définition, on note un peu moirage sur les collants de la danseuse. Même avec le 63 mm, il est possible de bien détacher le premier plan avec une ouverture à f/3,2. Comme sur d'autres hybrides de la marque, le GFX dispose des filtres de simulation de films. Ici, vous pouvez visualiser une image en noir & blanc avec la simulation Acros.

Détails des pointes d'une danseuse.
Fujifilm GFX 50S

Il faudra attendre les tests en labo et des tests plus poussés sur le terrain pour rendre un verdict définitif, mais vous pouvez d'ores et déjà observer différents clichés à différentes ISO pour apprécier le rendu des détails. Les deux premières images sont à 6 400 ISO. Sur le cliché en couleur, le lissage au niveau de la peau nous semble un parfois un poil excessif, notamment au niveau du front ou du bas de la joue, mais globalement l'image garde une très belle tenue et le bruit chromatique est presque invisible. Les 50 millions de pixels permettent d'obtenir une granulation très fine. En noir & blanc, la granulation confère un beau velouté à l'image, le résultat est plutôt convaincant. Pour l'instant, les fichiers bruts ne sont pas ouverts par Lightroom, mais des préversions circulent déjà dans les bureaux de Fujifilm. Tout sera prêt au moment de la commercialisation.

Fujifilm GFX 50S
Fujifilm GFX 50S

À 800 ISO, le résultat est remarquable, avec une granulation particulièrement fine et un très bon rendu des détails. Cette sensibilité est parfaitement exploitable.

Fujifilm GFX 50S / Boîtier non définitif.

Avec une telle définition, il faudra faire attention à la lumière et à son orientation. Une source trop rasante ou au contraire trop frontale pourra faire ressortir des petits défauts de la peau. 50 millions de pixels ne pardonnent pas grand-chose...

Fujifilm GFX 50S

Côté optique, le 63 mm f/2,8 et le 120 mm f/4 macro stabilisé semblent donner de très bons résultats. Là encore, il est un peu tôt pour poser un verdict, mais le couple capteur 50 Mpx / optiques Fujinon semble avoir été superbement optimisé. Les détails sont bien présents et les couleurs, bien rendues. Notez que Fujifilm propose d'ailleurs un mode pour renforcer le rendu des teintes rouges : l'effet Color Chrome. La dynamique semble également très bonne malgré un échantillonnage sur 14 bits seulement, là où la plupart des moyen format proposent un enregistrement sur 16 bits. Reste à savoir sur combien de bits travaille le convertisseur analogique / numérique de ces dos.

Fujifilm GFX 50S / 120 mm f/4 macro.
Fujifilm GFX 50S
Fujifilm GFX 50S
Fujifilm GFX 50S
Fujifilm GFX 50S

Mode vidéo

Le GFX produit des images en HDTV 1080 / AVC H.264 en 29,97p / 25p er 23,98p à environ 36 Mbps. C'est donc assez basique, mais le rendu du moyen format pourra séduire les photographes à réaliser quelques vidéos. Lors de nos quelques essais, le GFX s'est plutôt bien comporté avec un autofocus continu honnête (les sujets n'étaient pas vraiment mobiles...).

En mode connecté

Fujifilm est bien conscient que pour faire entrer le GFX dans les studios, il doit proposer une solution efficace pour travailler en mode connecté. Un module pour Adobe Lightroom est déjà en développement et un plug-in plus complet baptisé "pro" sera également très rapidement disponible. Il devrait logiquement être livré avec le GFX au moment de sa commercialisation. Sera-t-il payant ou offert ? Les discussions sont en cours. Fujifilm doit également séduire le danois Phase One pour que son logiciel Capture One, fortement implanté en studio, prenne en charge son boîtier. Politiquement, c'est plus complexe, car Phase One produit ses propres systèmes moyen format. Prendre en charge le GFX reviendrait à faire entrer un loup dans la bergerie. Mais Phase One souhaite également imposer son logiciel et refuser d'ouvrir les fichiers RAF du boîtier reviendrait à ouvrir la porte en grand à Adobe. Bref, rien n'est fixé, mais il est probable que Capture One ouvrira les bruts du GFX dans un avenir assez proche. Fujifilm développant une solution de transfert d'images vers un dossier, il sera alors possible de travailler avec Capture One dans une certaine transparence.

Premier avis

Fujifilm a clairement une carte à jouer sur le terrain des moyen format. Pour limiter le prix des composants électroniques et assurer une bonne réactivité, le GFX se "contente" de 50 Mpx. Il laisse donc à Phase One le terrain de la très haute définition pour se concentrer sur les autres aspects : maniabilité, endurance, réactivité et prix abordable. À 7 000 € le boîtier et 1 600 € l'objectif 63 mm f/2,8, la configuration est l'une des moins chères du marché moyen format. En outre, la marque propose déjà 3 optiques, et 3 autres sont prévues pour l'année 2017. De quoi rassurer les clients sur les ambitions de Fujifilm dans le domaine. Enfin, Fujifilm a une véritable culture photographique et propose des accessoires pour "brancher" le GFX à une chambre, et même un flash.

X100F

Nous avons moins de temps avec le X100F. La quatrième itération du compact expert à capteur APS-C de Fujifilm évolue notablement avec un capteur X-Trans III à 24 Mpx. Il faudra vérifier si l'optique, qui n'a pas évolué depuis la première version, tient encore la route avec une augmentation de 25 % de la définition. Le nouveau processeur donne clairement un sérieux coup de fouet au compact. L'autofocus est plus réactif et le boîtier, encore plus agréable à utiliser. Le viseur hybride optique / électronique est toujours aussi intéressant.

DSCF9573
Fujifilm X100F
Fujifilm X100F
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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