Il semblerait que Microsoft soit sur le point de révolutionner les capteurs photo. La firme a en effet réalisé une étude sur la réalisation de capteurs courbes : le saint graal dont on parle depuis plusieurs années.

Un capteur courbe pour quoi faire ?

Le principe théorique d'un capteur courbe est finalement assez simple. L'objectif est de contrer l'un des phénomènes physiques optiques des plus basiques. Un objectif est composé de lentilles circulaires qui produisent une image courbe : on parle de courbure de champ. Lorsque la surface sensible plate, il y a donc une déperdition de la qualité d'image entre le centre et les bords des images. En utilisant un capteur courbe, il est possible de s'adapter à la courbure de champ de l'objectif utilisé, donc de bénéficier de l'intégralité du piqué de l'image (du centre aux bords) produit par ce dernier. Autrement dit, avec un capteur courbe, on peut réaliser des images plus piquées et plus homogènes, et le tout avec un objectif beaucoup plus simple à concevoir.

Et Microsoft dans tout ça ?

La firme américaine a donc réalisé avec succès la production de capteurs courbes par pression. Un capteur traditionnel plat est positionné sur un moule et pressé pendant une durée déterminée (quelques minutes à l'heure actuelle) afin de se courber sans évidemment se briser. Bien entendu, la précision de la courbure est fondamentale et dépend de la focale de l'objectif utilisé avec pour garantir un fonctionnement optimal. L'intérêt de cette méthode est qu'elle ne remet pas en cause la production de capteurs par des méthodes industrielles classiques : elle ajoute seulement une étape dans le processus. Pour l'instant, le temps nécessaire à la pression d'un capteur est, nous le disions, de quelques minutes : c'est encore beaucoup trop long pour envisager une production de masse à faible coût. L'un des enjeux est donc de réduire encore cette durée pour pouvoir produire des capteurs à la chaîne très rapidement.

Est-ce que ça marche ?

Microsoft ne s'est pas contenté de produire un capteur courbe : il a aussi testé son efficacité. Après un premier test comparatif entre les performances d'un capteur traditionnel plat et ce même capteur courbé et associé à deux objectifs de focale équivalente, mais de construction différente (9 éléments et 7 lentilles asphériques pour le plat, 8 éléments et 5 lentilles asphériques pour le courbe), les résultats sont sans appel : l'association "capteur courbe + objectif simplifié" délivre des images plus piquées et plus homogènes.

une image réalisée avec un prototype de capteur courbe.

Et après ?

Il y a encore beaucoup de travail pour industrialiser ce procédé et le voir débarquer cette technologie dans nos produits. Les premiers concernés seront sans doute les caméras (au sens large) équipées de focale fixe (la courbure dépend de la focale). On pense naturellement aux smartphones, mais aussi, pourquoi pas, à certains compacts experts. Nul doute aussi que cette technologie fera de l'œil, entre autres, aux spécialistes de l'imagerie de surveillance et de l'automobile.

Bref, affaire à suivre !

Notre confrère Bruno sur Les Numériques a consacré plusieurs articles de référence à l'utilisation de capteurs courbes en photographie, dont :
Les capteurs courbes, solution "miracle" à un problème bicentenaire
Un capteur courbe avec zoom optique bientôt possible grâce à Optiz

Source : Optical Society of America

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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