S'il existe de nombreux livres qui présentent les travaux d'urbexeurs, on ne trouve que peu, voire aucun, ouvrage pratique sur ce genre photographique à part entière. Heureusement pour nous, Philippe Sergent a passé de nombreuses nuits à rédiger un livre référence. Il était temps !

Les secrets de la photo urbex. Eyrolles / Philippe Sergent

Si vous êtes un lecteur de Focus Numérique depuis quelques années, vous savez que nous sommes très versés dans la photo urbex. Par le passé, nous avons documenté nos tests avec des photographies réalisées lors de sorties peu réglementaires. Car oui, la pratique de l'urbex n'est pas légale dans le sens où elle conduit dans la plupart des cas à pénétrer dans un lieu qui, même s'il est abandonné, reste privé. Sans autorisation du propriétaire, cela reste une infraction. Et c'est bien ce que rappelle l'auteur en ouverture de son ouvrage. Toutefois, la violation de propriété privée est une notion juridique assez floue : si vous ne dégradez pas l'endroit, ce que le “code d'honneur” des urbexeurs abomine, le risque est minime, mais dépend toutefois des lieux visités.

Limitez les risques

La pratique de l'urbex est surtout une activité qui peut être périlleuse. En effet, les lieux abandonnés sont en règle générale potentiellement dangereux au vu de leur vétusté. Les marches d'escalier en bois, une rambarde métallique peuvent se transformer avec le temps en pièges. Une sortie urbex ne s'improvise donc pas et il convient de prendre toutes les précautions nécessaires avant de se lancer dans l'aventure, par exemple en prévenant votre entourage et en partageant votre excursion avec une autre personne.

Les secrets de la photo urbex. Eyrolles / Philippe Sergent

Dans Les Secrets de la photo urbex, Philippe Sergent aborde tous les aspects pour parfaitement organiser une “expédition” urbex, de l'équipement à emporter à la recherche des bonnes adresses. Naturellement, l'auteur s'intéresse à la prise de vue in situ et décortique le cadrage, les réglages du boîtier, l'exposition. Il vous guidera également à travers l'ensemble des éléments en post-production, comme le réglage du contraste ou le passage en noir et blanc.

Les secrets de la photo urbex. Eyrolles / Philippe Sergent

La seconde partie de l'ouvrage est consacrée à l'étude de photos. Philippe Sergent nous raconte l'histoire derrière les clichés, la gestion des gardiens, les découvertes et l'émerveillement provoqué par de magnifiques lieux.

Au final, Les Secrets de la photo urbex est un excellent ouvrage pour découvrir cette pratique photographique et en mesurer tous les risques, mais également tout le potentiel et les superbes découvertes qu'il est possible de réaliser.

Trois questions à Philippe Sergent

Qu'est-ce qui t'attire dans l'exploration urbaine : la découverte de lieux interdits, la possibilité de rapporter des images inédites ? L'aventure ?

L’exploration urbaine ne se résume pas à l’exploration de lieux abandonnés. Ce courant regroupe différentes “disciplines”, telles que l’exploration de lieux abandonnés (usines, fermes, châteaux…), mais également l’exploration de souterrains et des toits de nos villes. C’est accéder aux lieux interdits et porter un autre regard sur la ville. Pour ma part, ce sont les grands sites industriels qui m’attirent le plus, tels des cathédrales d’acier où j'essaie de comprendre l’utilité de chaque tuyau dans le labyrinthe. Et comme tu le dis, c’est aussi une aventure. Parcourir des lieux chargés d’histoires là où le temps s’est arrêté, des lieux souvent très photogéniques. Mais c’est aussi explorer le patrimoine d’une région, d’une ville, observer les traces et les histoires d’hommes et tenter de comprendre pourquoi tout ceci s’est arrêté.

Être le premier ou le cinquantième explorateur n’a que peu d’importance à mes yeux ; le but consiste surtout à profiter d’une sortie photographique entre amis. Bien sûr, l’interdit joue un rôle et apporte sa dose d’adrénaline, mais ce n’est pas le but premier. Nous prenons beaucoup de plaisir à redonner un aspect esthétique à ce monde en décrépitude et à dévoiler de la beauté dans la destruction. Au-delà de la démarche artistique, certains ont aussi une démarche historique tel Timothy de Glauque-Land qui présente de manière très détaillée l’histoire de certains lieux.

Quant à l’aventure, je dirai que c’est un ensemble qui regroupe la recherche parfois fastidieuse d'adresses, de longues heures sur la route entre amis à discuter, rire, écouter de la musique. Enfin, on pénètre dans les lieux, on prend des photos, on pense à son cadrage, on veille les uns sur les autres, puis on se concentre sur la lumière, sa composition.

Avec le temps, j’ai pu apprécier le travail de photographes très talentueux comme Yves Marchand et Romain Meffre, Brian Decay, Andre Govia, David de Rueda ou Pierre-Henry Muller.

Quel matériel utilises-tu pour tes sorties ?

J’ai démarré l’exploration urbaine avec un Nikon D90 couplé à un Tokina AF 11-16 mm f/2,8 AT-X 116 Pro DX, un 35 mm f/1,8, et plus rarement d’un trans-standard 18-135 mm. J’utilisais également à l’époque un trépied Manfrotto 732CY, un flash cobra, une télécommande pour les poses longues, ainsi que divers éclairages qui servaient également à me guider dans les lieux les plus sombres. Évidemment, sachant que nous évoluons dans des endroits très poussiéreux, j’avais de quoi nettoyer mon matériel et mes objectifs.

Je suis ensuite passé à un Canon 70D, mais j’ai eu la chance de pouvoir explorer avec différents appareils de grande qualité : Canon 6D, Nikon D610 et différents Lumix G. Chacun présente des avantages et des inconvénients suivant le lieu exploré. Là où il vous faudra être léger, discret et très rapide, les systèmes hybrides Micro 4/3 sont parfaits. Et si vous n’avez pas trop d’obstacles (hauts murs, gardiens, etc.), vous pourrez profiter pleinement du 24x36.

Les secrets de la photo urbex. Eyrolles / Philippe Sergent

Une anecdote à partager avec nos lecteurs ?

J’en ai plusieurs, notamment de nombreux cache-cache avec les gardiens. Je me souviens d’une ancienne centrale qui était à l’époque extrêmement bien gardée. Il nous a fallu nous y reprendre à trois fois pour pénétrer dans le lieu. Le gardien de la centrale guettait aux jumelles et réparait très vite la moindre brèche - d’où l’importance d'établir des plans secondaires pour ne pas faire le voyage pour rien. Une fois le site passé sous la surveillance d’un grand groupe, l’accès était devenu très simple. La troisième fois, nous nous sommes engouffrés très tôt le matin dans une rue sans issue qui menait à la centrale. Il n’y avait donc qu’une destination possible.

À peine sortis de notre véhicule, nous croisons le chemin de deux hommes en voiture. Nous entendons alors une marche arrière s’enclencher… Sur le coup, nous nous disons : “Il faudra une quatrième fois.” Les deux hommes viennent à notre niveau et nous demandent si nous allons en direction de la centrale. Innocemment, nous répondons par la négative. Pris la main dans le sac et sûrement peu convaincants… Ils nous disent de faire attention, car la police se trouve plus bas, ayant intercepté des voleurs de métaux. Ils nous proposent cependant de nous montrer l’accès. Arrivés en bas, personne… Nous pensons alors que nous allons nous faire dépouiller de notre matériel. La personne nous accompagne, puis disparaît. Étrange ! Dix minutes plus tard, nous voyons quelqu’un pénétrer les mains dans les poches. Nous le fixons du regard : il ne bouge plus (nous non plus), puis fait demi-tour. Arrivé en haut de l’usine, le gardien a sûrement repéré du mouvement et feinte des allers-retours à coups de grosses marches arrière et d'accélérations, ce qui ne manque pas de nous faire rire. Nous sommes encore là pour plusieurs heures, qu’il s’amuse ! Nous finirons par quitter l'endroit tranquillement sans croiser personne.

Au-delà de cette anecdote, il faut faire attention où l’on met les pieds, avoir un œil sur son environnement, mais aussi avoir conscience des risques encourus. L’exploration urbaine se prépare, il faut savoir être vigilant et prendre le maximum de précautions pour éviter les accidents qui sont hélas de plus en plus nombreux.

urbex
Fnac.com 23,00 €
Rue du commerce (market place) 23,00 € Voir l'offre
Renaud Labracherie
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications