L'arrivée d'un nouvel appareil de la série Leica M est toujours un événement : que les célèbres télémétriques fascinent par leur construction sans compromis ou qu'ils échauffent les esprits par leurs prix élevés, ils ne laissent pas indifférent. C'est à Wetzlar, terre natale de la marque allemande — à quelque 9 000 km de l'archipel voyant aujourd'hui naître les principales innovations technologiques en lien avec la photographie — que le Leica M10 a été dévoilé à la presse. S'il vous faudra patienter encore quelques jours avant de pouvoir lire le test complet de cet appareil hors normes, nous vous proposons d'ores et déjà de découvrir notre première prise en main ainsi que nos tests en laboratoire de gestion du bruit électronique.

Leica M10
M10
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Présentation

Après l'introduction sur le marché du Q et du SL — appareils présentant la face la plus moderne de Leica —, le constructeur revient donc à ses premières amours pour renouveler la série M. Bien que celle-ci ait embrassé l'ère du numérique en 2006 à l'occasion de la sortie du Leica M8, les boîtiers qui la composent représentent l'antithèse des massifs reflex gonflés aux technologies de pointe qui composent l'offre haut de gamme des mastodontes japonais de la photographie tels que Canon et Nikon.

En tant que digne héritier de la famille M, le Leica M10 ne fait pas exception à la règle : il reprend un design introduit par le M3 en 1954 et éprouvé en 63 ans de bons et loyaux services. Si l'ergonomie change quelque peu et s'affirme toujours plus de génération en génération, c'est bien sur une approche relativement conservatrice ou du moins traditionaliste que repose la gamme M. La présentation du M10 à Wetzlar a d'ailleurs été l'occasion pour Andreas Kaufmann, président et propriétaire de la marque, de présenter l'Ur-Leica, premier prototype d'appareil photo Leica. Achevé par Oskar Barnack en 1914, le prix de cet ancêtre commun à tous les boîtiers de la marque est aujourd'hui inestimable.

Face à face : le Leica M10 et son ancêtre l'Ur-Leica.

L'usine Leica de Wetzlar, en Allemagne.

Prise en main

L'aspect général du Leica M10 ne déroutera donc pas les habitués de la marque. Typiques du système de mise au point télémétrique, deux fenêtres de visée sont présentes sur la face avant de l'appareil et entourent le fameux rond rouge du logo Leica. Sur la face arrière et la tranche supérieure de l'appareil, quelques changements sont cependant au rendez-vous. Si l'on retrouve le déclencheur et la molette de sélection de la vitesse d'obturation sur l'épaule droite, on assiste à la disparition des positions rafale et retardateur (désormais accessibles par le biais du menu) ainsi que du bouton "M" (qui permettait notamment l'enregistrement de vidéos), tandis que l'épaule gauche s'équipe d'une molette de sélection de la sensibilité ISO. Celle-ci permet notamment de se débarrasser du bouton dédié présent sur le Leica M, de façon à ce que l'écran arrière s'entoure seulement du viseur, d'une molette de réglage, du trèfle de sélection et de trois commandes distinctes (Live View, Play et Menu). "Less is more", pourrait-on dire.

Il convient également de noter que les côtés du Leica M10 ne comportent aucune trappe d'accès visible pour la batterie ou la carte mémoire. Il faut donc, comme avec tous les Leica, démonter la semelle pour accéder à ces compartiments.

Leica M10 prise en mainLeica M10 prise en main

Comparé à son prédécesseur, le Leica M10 a eu le droit à une légère cure d'amincissement. Le nouvel appareil télémétrique pèse 660 g avec batterie (contre 680 g pour le Leica M) et mesure 139 x 38,5 x 80 mm, ce qui lui permet d'atteindre peu ou prou le gabarit plus réduit d'un M7, dernier boîtier M argentique — notons que cette dernière caractéristique semblait tenir à cœur aux utilisateurs d'appareils M de longue date. Si la différence de taille et de poids entre un M et un M10 est évidente lorsque l'on tient les deux appareils en main, le dernier-né de Leica n'en reste pas moins un appareil relativement lourd, dont la densité rassure sur la qualité de fabrication, mais inspire quelques craintes quant au confort de portage lors d'une utilisation prolongée. Tout en restant moins imposant et bien plus discret qu'un reflex, le Leica M10 n'a pas le monopole de la compacité dans un marché en partie conquis par des appareil hybrides de qualité.

Fabriquer l'appareil photo le plus léger au monde n'est pas notre but. Le Leica M10 pourrait être plus léger mais cette légèreté se ferait au prix d'une moins bonne stabilité et de l'utilisation de matériaux moins élégants.

Jesko Von Oeynhausens, chef produit Leica M pour Leica Camera AG

La sensation de prise en main que procure un boîtier de la série M est cependant unique. Avec son design abrupt, l'ensemble, constitué de l'appareil et d'une optique de la marque, se révèle déroutant pour qui est habitué à des boîtiers plus classiques, mais étonnamment équilibré. La disposition des boutons et molettes permet de plus d'accéder à la plupart des réglages utiles en situation de prise de vue sans qu'il ne soit nécessaire de passer par le menu. Suivant la même philosophie, ce dernier s'avère simple et dépouillé. Leica met d'ailleurs à disposition un menu personnalisable qui permet aux utilisateurs d'accéder directement aux fonctionnalités qu'ils utilisent le plus fréquemment.

Le menu du Leica M10 permet de dépasser la sensibilité maximale affichée par la molette de réglage (6 400 ISO) pour atteindre une sensibilité de 50 000 ISO.

Bien que la fiche technique du Leica M10 s'avère peu fournie par rapport aux standards du genre, on notera la présence d'évolutions ayant pour but d'améliorer l'expérience utilisateur. Le viseur télémétrique, pièce maîtresse de l'appareil, a ainsi été largement amélioré. Son champ de vision a été agrandi de 30 %, tandis que le grossissement a été porté à 0,73x (contre 0,68 pour les précédents M numériques). En pratique, le viseur se révèle lumineux et confortable. On notera de plus la bonne facture de l'écran TFT LCD de 8,1 cm et 1 036 800 pixels. Le Leica M10 propose d'ailleurs un mode Live View ainsi qu'une assistance à la mise au point offrant une alternative à la visée télémétrique.

Gestion du bruit électronique

Le Leica M10 est équipé d'un capteur 24x36 de 24 Mpx. Nous n'avons aucune véritable précision sur l'origine du capteur, si ce n'est qu'il s'agit d'un modèle spécifiquement développé pour Leica, mais qui n'a pas été incorporé à un précédent boîtier de la marque. Avec cette définition, la taille des photodiodes est d'environ 6 µm. La plage ISO s'étend de 100 à 50 000 ISO nativement. Il n'y a pas, contrairement à d'autres boîtiers, d'extension de la sensibilité.

Au stade actuel de développement technologique des capteurs, nous pensons que 24 Mpx représente le meilleur équilibre possible entre la résolution et la capacité à monter en sensibilité ISO en situation de basse luminosité.

Stephan Daniel, directeur des produits photographiques pour Leica Camera AG

Avant de disserter autour du bruit, nous pouvons noter la présence de moirage sur différents éléments de notre scène, notamment sur le carré blanc recouvert d'un collant ou les barres de mesure de précision.

Classiquement, le bruit électronique est bien gérer entre 100 et 400 ISO, mais la granulation est déjà perceptible à 800 ISO sur les patchs de couleur de mire ColorCheker. La granulation est modérée et la restitution des détails, encore précise. À 1 600 ISO, la granulation s'accentue, mais elle est peu colorée et reste assez agréable à regarder. À 3 200 ISO, les images conservent une bonne tenue : les détails sont bien présents, mais la granulation est bien visible sur certains aplats colorés, notamment le bleu. La dynamique reste assez bonne, avec un bon rendu des hautes et basses lumières. Toutefois, les clichés au-delà de 200 ISO sont un peu plus denses. Les images à 6 400 ISO sont assez marquées par le bruit électronique. Le bruit de luminance est bien présent. Le traitement des images est assez doux et Leica préfère un rendu détaillé que lissé. Libre à vous de traiter les images pour limiter la granulation.

Un palier est clairement franchi au-delà de 6 400 ISO. Le grain devient plus grossier et vient dénaturer les images. Les couleurs perdent alors en intensité et les plus fins détails sont dilués. Le cran au-dessus (25 000 ISO) est plus compliqué à utiliser. Le bruit prend une forme peu esthétique avec des bandes très marquées qu'il sera difficile d'éliminer. L'image se couvre d'un voile légèrement coloré et il faudra bien la traiter pour une exploitation classique, avec notamment un passage en noir & blanc. Logiquement, le dernier cran (50 000 ISO) est encore plus complexe, avec un bruit coloré beaucoup plus marqué.

Notre verdict provisoire

S'il est toujours compliqué de statuer sur un appareil aussi atypique et onéreux qu'un boîtier de la série M, ce premier contact avec le Leica M10 met en évidence une ergonomie en accord avec les principes de la marque, notamment un minimalisme poussé à l'extrême. Simplicité, solidité et efficacité — du moins lorsqu'on adhère à une certaine conception de la photographie — restent donc les maîtres mots d'un boîtier qui évolue en son cœur (capteur, processeur, viseur télémétrique, écran) tout en restant fidèle aux utilisateurs de longue date d'appareils Leica. Nos premiers tests en laboratoire mettent en évidence une montée en sensibilité correcte, mais laissant néanmoins apparaître plus de défauts que ce que permettent les meilleurs capteurs 24x36 du moment. Nous vous livrerons dans quelques jours notre test complet, comprenant des images capturées sur le terrain ainsi que notre verdict définitif.

Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications