Rendez-vous à Roland-Garros avec Christophe Ena, photographe de presse à l'agence AP (Associated Press), à qui nous avions confié notre Sony Alpha 9, ainsi que quelques optiques, histoire de confronter le nouvel hybride défiant les reflex sportifs à la terre battue du prestigieux tournoi...

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Il fait une chaleur de plomb en cette fin de mois de mai porte d'Auteil et la foule, compacte et quelque peu abasourdie, arpente les allées du stade Roland-Garros à la recherche du moindre souffle d'air. Il est pourtant plus de 16h... C'est à l'ombre des arcades du cours Philippe Chatrier que nous retrouvons Christophe Ena, qui nous avait montré les coulisses de Roland-Garros côté photo il y a deux ans, flanqué de ses deux Canon, son 400 mm à l'épaule, mais point de Sony A9 à l'horizon...

Tu reviens d'un match et tu n'as que tes boîtiers Canon... Le Sony A9 n'a donc pas tes faveurs ?

Christophe Ena – Non pas du tout ! (rire) En fait c'est peu plus complexe que ça et au contraire, je suis très et agréablement surpris par l'A9 : mes premiers essais sont vraiment bons, mais j'ai encore du mal à l'insérer dans mon flux de production, car la fonction de transfert Wi-Fi n'est aussi optimisée que sur mon Canon EOS-1D X Mark II ; je vais le chercher !

Transfert FTP à améliorer

Tu as vu que tu peux affecter le transfert Wi-Fi aux différentes touches personnalisables ? Peux-tu m'expliquer comment tu travailles ?

Christophe Ena – Oui, mais au-delà de cette personnalisation, la fonction de transfert manque de souplesse. La plupart des photographes travaillent avec de petits routeurs Wi-Fi ; moi, j'ai MiFi de Huawei, par exemple, qui me permet d'envoyer par 3G/4G les images sur un serveur FTP. Or il n'est pas possible de demander à conserver la connexion Wi-Fi. À chaque transfert, le boîtier doit impérativement rechercher le réseau et même si l'établissement de la liaison est assez rapide, ça reste une étape trop chronophage. Mais le principal défaut de l'A9 est qu'une fois la liaison activée, il n'est plus possible de zoomer dans les images pour vérifier la qualité : vous n'avez que les vignettes pour faire le choix. Et une fois la sélection faite, le transfert peut débuter, mais il est alors impossible d'utiliser le boîtier ! Si tu as plusieurs images en transfert, cela peut prendre du temps et pour reprendre l'action, il est préférable d'annuler le transfert. Les boîtiers Canon et Nikon effectuent le transfert en tâche de fond, c'est beaucoup plus productif et il faut que Sony remédie à ce problème rapidement.

Sur ces mots, le photographe de l'AFP François-Xavier Marit, que nous avons eu l'occasion de rencontrer pour ses photos "underwater, arrive avec un Alpha 9 en main, équipé d'un 100-400 mm. Nous en profitons pour élargir la discussion aux deux seuls photographes équipés du dernier hybride de Sony à Roland-Garros.

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Tu nous confirmes que Sony doit améliorer la fonction de transfert FTP ?

François-Xavier Marit – Oui, effectivement par rapport à Nikon (NDLR : il travaille avec un D5) c'est beaucoup moins fluide ; ce n'est pas vraiment optimisé pour à la fois sélectionner et envoyer les images sur le FTP. Sur Nikon, c'est une combinaison de deux touches qui me permet d'envoyer directement les images sur le serveur FTP. L'A9 est également monopolisé pendant le transfert, c'est vraiment compliqué de travailler comme ça. Par contre, avec notre logiciel "maison" de traitement des images, nous arrivons facilement à récupérer les fichiers transférés, ce qui n'est pas le cas de Christophe.

Christophe Ena – Nous utilisons le logiciel Photo Mechanic et celui-ci ne prend en compte que les images à la racine de notre serveur FTP. Malheureusement, l'A9 crée automatiquement des sous-dossiers à chaque transfert. Pour nous, ce n'est pas vraiment pratique. Là encore, il s'agit que d'un problème de firmware, Sony devrait pouvoir corriger ça très rapidement. Comme sur les reflex pro de Nikon ou Canon, il faudrait également avoir un suivi du transfert des images pour s'y retrouver et afficher des témoins sur les images : photos dans la liste d'envoi, fichiers en cours de transfert et images transférées, avec, pourquoi pas, un suivi de la progression du transfert. Ce sont des petits détails, mais c'est très pratique pour nous de savoir où en est le transfert pour passer à une action.

François-Xavier Marit – Et nous avons cherché tous les deux le "Voice Tag" — ce qu'on appelle également le mémo vocal — sans le trouver. C'est une fonctionnalité importante pour nous, pour donner des informations à notre éditeur, et malheureusement elle semble avoir été oubliée. Je ne sais pas si Sony peut proposer ça avec une mise à jour firmware.

Sony A9 roland-garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP
Sony A9 roland-garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Batterie : on tient une journée

L'un des écueils des systèmes hybrides est l'autonomie des boîtiers. Quel est votre verdict ?

François-Xavier Marit – J'ai pu utiliser la poignée grip pendant les épreuves de tennis ; avec les deux batteries, je tiens facilement une journée entière à Roland-Garros et j'ai transféré par Wi-Fi toutes mes images. C'est donc largement suffisant pour mon utilisation.

Christophe Ena – Je n'ai pas eu la poignée, mais j'ai moi aussi pu faire mes différents reportages avec une seule batterie. Toutefois, contrairement à François-Xavier, j'ai peu utilisé la fonction Wi-Fi et j'ai porté mes cartes mémoire au bureau pour le transfert. Mais honnêtement, la batterie semble tenir le coup. C'est sans doute moins que mon 1D-X Mark II, mais ça semble suffisant, du moins pour ces premiers essais.

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Ergonomie : il faut s'habituer

Vous êtes tous les deux habitués à utiliser des gros boîtiers. Quel est votre sentiment avec ce “petit” A9 ?

Christophe Ena – J'aime vraiment bien, c'est petit et léger, vraiment j'apprécie. Après, c'est comme avec tous changements de boîtiers : il faut un peu de temps pour retrouver ses marques, mais j'ai l'impression que c'est plus long avec le Sony. On passe assez facilement d'un boîtier Canon à un boîtier Nikon. Avec le Sony, j'ai mis un peu plus de temps ; c'est vraiment différent, notamment pour la personnalisation des touches ou des menus. Les deux molettes de réglage sont également un peu petites : j'aurais aimé qu’elles soient plus imposantes et plus différenciées. Au début, j'avais le pouce systématiquement sur le correcteur d'exposition. Il aurait peut-être fallu les intervertir. Je trouve également le correcteur d'exposition un peu trop souple.

François-Xavier Marit – Oui, c'est souvent que le correcteur se retrouve à +1 IL ou -2 IL. Avec la visée électronique, on sait très rapidement si on est sur- ou sous-exposé. Pour la taille, je suis comme Christophe : je trouve ça vraiment bien et je n'ai même pas besoin du grip, plus c'est petit et léger, mieux c'est !

Christophe Ena – Moi, j'ai de grandes mains et le petit sabot sera bien pour prendre plus solidement en main le boîtier, mais oui, c'est vraiment génial d'avoir un petit boîtier. Juste pour finir sur l'ergonomie, le joystick est vraiment bien, on dirait un copier-coller de celui de Canon.

Comparaison des modules FTP chez Sony et Canon.

Il y a un autre point crucial pour les hybrides, c'est la visée électronique. Vous utilisez régulièrement les meilleurs viseurs optiques sur vos boîtiers. Que pensez-vous de celui de l'A9 ?

François-Xavier Marit – Je trouve ça vraiment intéressant et franchement, pour moi, ce n'est pas un problème. Je pense qu'il peut y avoir encore des progrès. J'aimerais qu'il soit encore plus large, mais globalement c'est satisfaisant.

Christophe Ena – Finalement, je n'ai pas de problème avec le viseur, c'est assez confortable. Le seul petit hic est que j'ai l'impression que l'image se fige un peu à la mise au point. C'est très rapide, fugace, ce n'est peut-être qu'une impression, mais je le perçois. Attention, ce point ne sera pas visible pour tous les sports, notamment pour le foot ou le rugby, car on est toujours en mouvement. Attention aussi, ce n'est pas parfait et la visée optique est plus agréable quand même. La visée électronique permet de visualiser les images directement dans le viseur, c'est très pratique, notamment en plein soleil. D'habitude j'utilise une petite loupe sur l'écran arrière du Canon ; là, je n'en ai pas besoin. Je n'utilise finalement que peu l'écran, et je n'ai même découvert que ce matin qu'il était orientable. C'est une bonne idée, mais il faut que ça soit résistant dans le temps. Le boîtier est plutôt bien construit, mais je crois qu'il n'est que partiellement tropicalisé. Après, je n'ai pas pu tester, mais sur le Tour de France, quand il pleut des cordes, il faut quand même sortir l'appareil, il faut qu'il résiste. J'aime bien le choix des cartes SD, c'est plus universel que les CFast, par exemple. Tiens, un truc étrange aussi : en mode rafale, il n'est pas possible de descendre en-dessous du 1/8 s en obturation automatique, alors qu'en mode single c'est possible. Pourquoi une telle limitation ?

François-Xavier Marit – Un point sur lequel il pourrait aussi s'améliorer, c'est l'aide dans les menus. Ils ont beaucoup de place pour décrire telle ou telle fonctionnalité, notamment pour ce qui est des options d'autofocus. Mais non : rien, aucune aide.

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Avec la bague Sigma MC11

Mise à jour le 31/05/17 à 11:10
Sigma vient effectivement d'annoncer des problèmes d'autofocus avec le Sony A9 lorsqu'il est utilisé avec la bague MC-11.

Crédit photo : Christophe Ena / AP

Nous t'avons prêté la bague d'adaptation Sigma MC-11 pour que tu puisses utiliser tes optiques Canon avec l'A9 : est-ce que ça fonctionne bien ?

Christophe Ena – Oui et non. Oui, ça fonctionne, l'autofocus fonctionne bien et se montre assez réactif. Par contre, tous les modes AF ne sont pas fonctionnels. Avec les optiques Sony, j'utilise le mode un collimateur et quelques assistants, mais avec la bague, ce mode n'est plus disponible et je dois passer en mode central. Ce n'est peut-être qu'une question de mise à jour.

Aucun bruit... vraiment.

IY a-t-il d'autres points intéressants sur l'A9 ?

Christophe Ena – J'ai surtout était surpris par l'absence de bruit. Habituellement, quand je déclenche, j'entends le bruit du miroir de mon appareil et pas celui des voisins. Là, c'est l'inverse : mon oreille suit le bruit du boîtier de mon collègue et j'ai l'impression de ne pas avoir déclenché ! C'est au début assez troublant (NDLR : il est possible d'activer un témoin graphique, un cadre autour de la photo, pour signifier l'enregistrement).

François-Xavier Marit – Pour le bruit, c'est très simple : à la Maison-Blanche, à Washington, les services interdisent parfois les boîtiers qui font du bruit ! Il faut donc se rabattre sur des hybrides Fujifilm ou Sony. À l'AFP, nous utilisons déjà des hybrides Sony pour ce type de situation.

Christophe Ena en pleine action dans la fosse du central. L'absence de bruit au déclenchement est ici particulièrement apprécié.

Autofocus : un régal

Un élément attendu pour ce test est l'autofocus. Alors, est-il est à la hauteur des boîtiers Nikon / Canon ?

Christophe Ena – C'est vraiment bon et je note peu de différences avec mon boîtier Canon. Il y a pas mal d'options, mais comme souvent, je reste finalement sur un mode et j'en bouge pas. Pour moi, celui qui fonctionne le mieux, c'est “Flexible élargi”. Et puis c'est toujours bien d'avoir un suivi sur une grande partie du cadre. C'est vraiment intéressant. J'ai utilisé le 85 mm f/1,4 dans la fosse et franchement, je n'ai pas eu de déchet. C'est un régal.

François-Xavier Marit – J'utilise effectivement le même mode (rire). Pour moi, c'est très bon, j'ai un taux de déchet assez bas, c'est très impressionnant.

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Rafale à 20 ips : c'est toujours intéressant, mais...

L'un des points forts du Sony A9, c'est la rafale à 20 ips. Est-ce vraiment intéressant pour ton activité ?

Christophe Ena – Oui, c'est intéressant, car on augmente les chances d'avoir le bon moment. Avec des cadences à 12 ou 14 images par seconde, si tu n'arrives pas à déclencher au bon moment, la photo d'avant et d'après ne sont généralement pas bonnes non plus. Avec 20 images par seconde, tu as nettement plus de chance d'avoir l'instant précis que tu voulais. Mais attention : au final, et même sur une rafale à 20 i/s, tu n'as toujours qu'une seule image de bonne. Alors après, tu passes beaucoup de temps à effacer les images, et à 20 i/s, je n'arrive pas à toutes les effacer pendant que je suis sur le terrain. Mais c'est vrai qu'à cette cadence, on a envie de “faire la caméra” et puis il est difficile d'avoir une seule image en mode rafale : forcément, tu en enregistres 3 ou 4 au moindre déclenchement, ça va vraiment vite !

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Et les images ?

Et les images du capteur à 24 Mpx, elles sont comment ?

Christophe Ena – J'aime bien le rendu par défaut du Sony. C'est moins clinquant que les images du Canon. L'éditeur est plutôt convaincu par les premières images. On a de bonnes conditions de lumière, mais franchement, ça tient bien la route et les optiques ont l'air vraiment piquées, notamment le 85 mm f/1,4 et le 100-400 mm. Et puis ça, c'est plus votre boulot, non ? (rire)

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

Et alors ?

Au final, le Sony A9 trouvera-t-il facilement sa place en agence, à votre avis ?

François-Xavier Marit – Oui et c'est déjà le cas pour d'autres modèles Sony. Nombreux sont les photoreporters qui souhaitent avoir des boîtiers plus petits et plus légers. Il faudrait quelques D5 mutualisés pour des évènements spéciaux.

Christophe Ena – Oui, la réaction des photographes est plutôt positive. Quand je l'ai, ils viennent me voir et me posent des questions. Il y a un véritable intérêt autour des hybrides ; certains les trouvent trop petits, d'autres sont très impatients. Et puis maintenant, je pense que Canon et Nikon vont arriver aussi sur ce marché, c'est obligatoire.

Sony A9 à Roland-Garros 2017Crédit photo : Christophe Ena / AP

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Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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