Frissonez ! Le 22 février prochain, vous pourrez découvrir en salles le nouveau long métrage d'KIyoshi Kurosawa, Le Secret de la chambre noire, avec Constance Rousseau, Tahar Rahim et Olivier Gourmet.

Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille Marie qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.

Kiyoshi Kurosawa nous raconte en quoi les daguerréotypes l'ont inspiré pour ce film.

Kiyoshi Kurosawa – "L’idée de ce projet remonte à une exposition sur les débuts de la photographie que j’ai vue il y a longtemps au Japon et qui m’avait fortement impressionné. La première chose qui a attiré mon attention est la prise de vue d’une rue déserte de Paris, vieille de presque deux cents ans. Pourquoi cette rue était-elle déserte ? Simplement parce que si l’on effectue une prise de vue avec un temps d’exposition long de plusieurs dizaines de minutes, tout ce qui bouge disparaît de l’image. Par ailleurs, bien qu’il fût en noir et blanc, la précision de ce cliché était surprenante et surpassait celle des photographies numériques d’aujourd’hui. Un court instant, j’ai eu la vision d’un futur proche, une ville habitée par la mort.

le secret de la chambre noir

Je suis resté médusé devant l’image qui était exposée ensuite. C’était le portrait d’une jeune fille. Son visage avait une expression étrange, dont il était difficile de dire si elle relevait de la douleur ou de l’extase. C’était là encore dû au temps de pose : le dos de la jeune fille était attaché afin que son corps soit maintenu absolument immobile. L’appareil qui avait servi pour tenir la pose était lui aussi exposé à côté de la photographie.

Les premières techniques de photographie ne visaient donc pas à capturer et reproduire une réalité brute, mais plutôt un travail qui consiste d’abord à l’épurer, pour ensuite fixer l’essence de cette réalité débarrassée de tout ce qui est superflu. C’était presque une sorte de rituel magique. À l’époque, poser pour une photographie exigeait une grande détermination de la part du sujet photographié, car on pensait que pour être ainsi immortalisé, il fallait être prêt à sacrifier un peu de sa vie en échange. Et il semble que ceux qui maniaient ces techniques, objets d’un respect craintif, étaient considérés comme des êtres à la fois divins et démoniaques.

le secret de la chambre noir

Les premiers daguerréotypes sont imprégnés du parfum d’une mort faite de lumière froide, qui n’a rien à voir avec la vive impression de réalité rendue par l’image numérique, ou la vitalité déformée des portraits peints. Le photographe et son modèle avaient conscience de tout cela quand ils entreprenaient une prise de vue. J’ai été profondément touché par le sens que prenaient de telles images, à des lieues du naturel, de la spontanéité qui sont recherchés dans la photographie ou le cinéma d’aujourd’hui."

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

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