Cet été, vous serez peut-être de passage dans le sud de la France et vous serez peut-être tenté de découvrir les Rencontres Arles Photographie 2017. La semaine d'ouverture du plus grand festival photo du monde vient tout juste de s'achever et les expositions courent jusqu'à la fin de l'été. Tradition oblige, nous vous proposons un programme aux petits oignons pour découvrir le meilleur des Rencontres en une journée : suivez le guide !

Préparez votre visite

L'équipement du parfait festivalier

Arles est l'une des villes les plus chaudes de France en été. S'il fait grand beau le jour de votre visite, autant partir bien équipé pour ne pas vous dessécher au soleil. Cela va de soi, mais mieux vaut vous le rappeler : préférez une tenue légère, de bonnes chaussures confortables (vous allez calavaler toute la journée) et un chapeau. Dans votre sac, pensez aussi à des lunettes de soleil, de la crème solaire, une grande bouteille d'eau et surtout un produit anti-moustiques ! Vous verrez, en fin de journée, vous nous remercierez de vous avoir donné ce précieux conseil.

Les expositions coûtent cher

Les Rencontres ne sont pas un festival gratuit, loin de là. L'accès à l'ensemble des expositions est payant et il existe de nombreuses formules, en fonction de ce vous désirez voir et du temps que vous comptez rester. Nous vous proposons ici l'option la plus économique pour ce programme d'une journée que nous vous avons concocté. Point important : il n'est pas possible d'acheter vos accès pour les expositions à l'unité, à l'entrée de chaque exposition. Vous devez obligatoirement passer par la billetterie officielle du festival. Si vous commandez à l'avance vos billet en ligne, vous bénéficierez de réductions. Pour ce "tour Focus" en une journée, nous vous conseillons de prendre le forfait toutes exposition 1 journée, qui vous coûtera 29 €. Grâce à lui, vous pourrez accéder à toutes les expositions des Rencontres, mais attention, vous ne pourrez les visiter qu'une seule fois dans la journée.

La carte des festivités

La matinée en centre-ville

9h : votre arrivée à Arles

Essayez d'arriver à Arles de bon matin, vers 9h. Si vous venez en voiture, nous vous conseillons le parking du boulevard des Lices qui sera encore libre. Les expositions ouvrent leurs portes à 10h, cela vous laisse le temps de prendre un petit café tout en vous remémorant le programme de la journée. Vous pouvez vous installer par exemple à la terrasse du Bar du Marché, à l'entrée de la rue qui va vous mener vers la place de la République et le centre-ville. Si vous n'avez pas acheté vos billets à l'avance, vous trouverez une billetterie place de la République.

10h : Michael Wolf à l'église des Frères prêcheurs

On commence fort avec les clichés du photographe allemand, qui vit désormais à Hong Kong. La ville est d'ailleurs au centre de l'exposition, à travers un accrochage de tirages monumentaux au cœur de l'église. Le photographe nous projette dans l'architecture dense de la mégapole. Véritablement hypnotique, la vision de l'empilement créé par ces immeubles d'habitation est à la fois fascinante et effrayante. La ville nourrit le travail du photographe qui met en lumière l'inhumanité croissante de nos cités toujours plus grandes, qui avalent tous les jours des milliers de résidents peu à peu assimilés à des ombres, des citadins fantômes, à l'image de sa série sur le métro japonais, si justement intitulée Tokyo Compression, que nous vous avions d'ailleurs présentée il y a quelques mois.

La pièce maîtresse de l'exposition est l'installation The Real Toy Story (2004), qui met en scène plus de 20 000 jouets "made in China" glanés dans des boutiques d'occasion ou des marchés aux puces, dans différentes villes de la côte californienne. Ça et là dans ce collage démesuré, l'artiste a glissé les portraits de ceux qui fabriquent ces jouets. Une dénonciation certes un peu simple, mais efficace de la consommation de masse.

11h : la Maison des peintres

Trois expositions vous attendent dans ce nouveau lieu situé boulevard Émile Combes. Le travail remarquable du photographe Mathieu Pernot, Les Gorgan, en fait partie. Il a suivi pendant plus de 20 ans toute une famille rom de la cité arlésienne, les Gorgan, et présente dans cette exposition une petite sélection des images issues de son travail. Pour chaque membre de la famille, il dédie un panneau et nous raconte leur histoire.

On peut également citer Road to Death de Christophe Rihet. Son projet a consisté à référencer les lieux où 27 célébrités (en grande partie américaines et européennes) ont trouvé la mort dans un accident de voiture ou de moto. C'est le fait d'être passé là où James Dean s'était tué qui lui a en quelque sorte donné le virus. Il en résulte une très belle série de 27 paysages ou "roadscapes", comme il aime le dire, réalisés à la chambre. Ce qui frappe dans ce travail, c'est la contradiction entre la relative douceur des images et des scènes photographiées face à la violence des légendes qui retracent avec détail les circonstances tragiques de l'accident.

Enfin, faites un tour dans la maison "creepy, creepy" de Roger Ballen, The House of the Ballenesque (en évitant si possible d'y emmener des enfants). Le photographe a réalisé une installation impressionnante et dérangeante dans la fameuse maison du peintre qu'il a découverte par hasard, quelques années auparavant.

12h : Looking for Lenin

N'hésitez pas à franchir les portes de l'archevêché pour découvrir, déjà, le trésor d'architecture qu'est le cloître Saint-Trophime, mais aussi l'exposition du photographe Niels Ackermann et du journaliste Sébastien Gobert, établis depuis quelques années en Ukraine. Ils posent un regard aigu sur l’histoire de ce pays dont le gouvernement cherche à marquer, 25 ans après l’indépendance du pays, une rupture nette avec le passé soviétique, notamment en promulguant des lois de "décommunisation".

Et cela passe par déboulonnage systématique des statues de Lenine. Des 5 500 recensées, il n'en reste pratiquement plus une debout. La chasse aux "Lénines" est ouverte. Mais que deviennent ces statues ? Si certaines sont détruites, d'autres trouvent de nouvelles vies au fond d'un jardin, viennent caler une baignoire, ou se retrouvent stockées à l'arrière d'une voiture...

Niels Ackermann et Sébastien Gobert nous invitent à suivre leur travail de taxonomes d'une espèce en voie de disparition. Détournés, "customisés", réparés, tronçonnés, tous ces Lénines trouvent une place dans un inventaire fanstamagorique. Réjouissant.

12h30 : Joel Meyerowitz – Early Works

C'est dans la salle Henri-Comte, en plein cœur de la ville, que prend place l'exposition consacrée au grand maître de la photo de rue — ou street photography — qu'est Joel Meyerowitz. Baptisée Early Works, celle-ci s'attarde sur une période charnière dans l'œuvre du photographe : celle de son basculement, à partir des années 1960, d'une esthétique noir et blanc (qui constituait alors la norme artistique) à un travail faisant la part belle à la couleur.

De New York à Paris, en passant par la cité balnéaire de Provincetown, Meyerowitz étale sa maîtrise de la mise en forme des hasards qui peuplent les rues. Sans surprise, il est difficile de ne pas tomber sous le charme des images produites par ce photographe connu et reconnu. Nous regrettons cependant le choix d'un lieu d'accrochage central, mais quelque peu quelconque, ainsi que le manque de parti pris d'une exposition prenant la forme d'une (toute petite) rétrospective.

13h : une pizza à La Mamma

Nous vous conseillons une pause déjeuner dans le charmant restaurant La Mamma, au 20, rue de l'Amphithéâtre. C'est simple, bon et pas cher. Vous aurez besoin de reprendre des forces pour attaquer votre après-midi aux Ateliers.

L'après-midi aux Ateliers

Vous n'êtes sûrement pas sans savoir que la fondation Luma, dirigée par Maja Hoffmann, a mis la main sur le Parc des Ateliers (entres autres) pour y ériger un mégacentre d'art contemporain, dont l'architecte n'est autre que le célèbre Frank Gehry à qui l'on doit déjà le Musée Guggenheim de Bilbao ou encore la récente Fondation Louis Vuitton à Paris. Le "rocher" est sorti de terre, on ne voit que lui dans toute la ville. Outre la construction de ce nouveau bâtiment, la fondation a aussi commencé à réhabiliter certains des anciens ateliers ; trois d'entre eux sont terminés, opérationnels et accueillent des expositions du festival. Oubliez la chaleur et la poussière : ce sont désormais des lieux d'exposition 5 étoiles flambant neufs, avec la clim ! Les conditions de visite sont nettement plus agréables, indiscutablement, mais l'on perd un peu du charme des lieux. Les temps changent.

14h30 : Nos chouchous du Prix Découverte

Si le principe a évolué cette année pour associer un certain nombre de galeries au travail de sélection des artistes, les Rencontres d'Arles proposent depuis 2002, en partenariat avec la fondation LUMA, le Prix Découverte, dont le but est de récompenser un photographe émergent. 10 artistes sont ainsi sélectionnés pour être exposés au parc des Ateliers (cette année, dans l'atelier de la Mécanique), chacun représentant, à sa façon, un certain pan de la photographie contemporaine. Photographies et installations alternent, nous faisant nous-mêmes alterner entre admiration et scepticisme.

S'il y en a quoi pour tous les goûts, ce sont sur les images d'un certain Philippe Dudouit que nos yeux s'arrêtent : des compositions rigoureuses, présentant des paysages désertiques parfois vides, parfois habités d'hommes en armes. La démarche photographique est documentaire et seule la présence d'images projetées au sol vient briser le classicisme de l'accrochage. Réalisée sur le long terme, cette étude photographique de la zone sahélo-saharienne plante le décor d'un ancien paradis touristique devenu territoire de dangers, et fait le portrait de populations nomades devant faire face aussi bien au terrorisme islamique qu'aux défaillances étatiques.

Nous avons aussi flashé sur le travail des photographes Carlos Ayesta et Guillaume Bression, déjà à l'origine du projet No Go Zone, sur la région de Fukushima, plusieurs années après l'accident nucléaire. Ils présentent une série d'images documentaires de grande qualité qui illustrent ce qu'est devenue la région, comment le temps s'est brutalement arrêté et l'impact sur les habitants. Ils ont même essayé de photographier la radioactivité. Ce sont d'ailleurs eux qui ont gagné cette année le Prix Découverte.

15h30 : Vous avez dit Monsanto ?

Monsanto, tout le monde connaît. Les brevets sur le vivant, les maïs transgéniques, le très contesté Roundup... Mais ce sont également les empoisonnements au PCB ou les horreurs de la guerre du Vietnam, à travers le terrible Agent Orange et ses conséquences sur les populations. Les clichés de fœtus malformés conservés dans des bocaux de formol à Ho Chi Minh sont sans doute les images les plus choquantes de l'exposition.

16h30 : Levitt France – Une utopie pavillonnaire

Sous la houlette Béatrice Andrieux, commissaire de l'exposition, les 5 photographes Julie Balagué, Bruno Fontana, Vincent Fillon, Camille Richer et Fanny Taillandier nous présentent leur regard sur ce phénomène venu tout droit des USA. Entre une uniformisation qui rassure tout autant qu'elle effraye, les photographes nous interrogent sur la porosité entre cette utopie américaine et la société française.

Symbole d’avenir ou de cauchemar, c'est selon le point de vue. Le lancement de ces maisons standardisées est le symbole de toute une génération à la recherche du bien-être individuel dans une démarche collective.

Votre soirée

Les expositions et instances du festival ferment leurs portes à 19h30. Si vous souhaitez vous offrir un petit souvenir — le catalogue des Rencontres, par exemple —, pensez à le faire avant la fermeture. Vous trouverez différents points de vente dans certaines expositions et billetteries du centre-ville et des Ateliers. C'est un beau et gros bouquin, préférez donc faire son achat en fin de journée ! Comptez 47 € pour l'édition 2017 (384 pages).

18h : un petit verre au Tambourin !

Le Tambourin, place du Forum, est une institution des Rencontres. Pendant la semaine d'ouverture, c'est le rendez-vous de la jet-set des professionnels de la photo. Il n'est pas impossible que vous y croisiez certains photographes qui exposent. Les Rencontres Arles Photographie, comme leur nom l'indique, est un festival placé sous le signe de la rencontre. N'hésitez pas à aller discuter avec les autres festivaliers et débattre sur les expositions.

19h30-22h : flânerie arlésienne et paëlla

Au-delà des expositions en tout genre, la légendaire ambiance du festival se trouve dans le dédale de rues de la cité millénaire. Si les affichages sauvages se font plus rares que les années précédentes, une balade dans les rues pavées et leurs arrière-cours n'en est pas moins indispensable. De nombreuses galeries sont aussi présentes dans toute la ville. Perdez-vous dans le charmant quartier de la Roquette et asseyez-vous à la terrasse de l'un des nombreux restaurants pour vous offrir une bonne paëlla.

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