Intéressant par le simple fait qu'il constitue une première tentative d'entrée de Fujifilm dans le monde de la captation vidéo, le X-H1 est qui plus est l'un des premiers hybrides à faire fi de l'argument de la compacité pour mieux s'adresser aux professionnels de l'image. Après une première prise en main de l'appareil il y a quelques semaines, nous avons eu l'occasion de revenir sur les choix de Fujifilm avec Jun Watanabe et Tomohide Yazawa, directeurs des ventes et du marketing de la division Image du groupe.

De gauche à droite : Tomohide Yazawa, Jun Watanabe, Shu Amano et Toru Yasutake.

Qu'est-ce qui fait du X-H1 un appareil crédible sur le marché de la prise de vue vidéo ? Quels sont ses avantages par rapport à des appareils tels que les Panasonic GH5, GH5s et Sony A7S II ?

Jun Watanabe : Son avantage le plus important se trouve dans la qualité de la reproduction des couleurs. Nous avons intégré au X-H1 la nouvelle simulation de film Eterna qui est particulièrement adaptée pour obtenir une esthétique cinématographique. Cela me semble être un très bon atout par rapport à la concurrence. Caractéristiques techniques mises à part, la qualité de reproduction des couleurs offerte par le X-H1 constitue donc son principal argument à destination des vidéastes.

Pour séduire ces vidéastes, comptez-vous élargir la gamme d'objectifs Fujinon en monture X ?

Tomohide Yazawa : Nous n’avons pas de programme précis à l’heure actuelle, tout dépend du succès de vente des deux objectifs qui seront disponibles au mois d’avril. Cela dit, notre désir est bien entendu d'élargir la gamme.

interview Jun Watanabe Tomohide Yazawa Fujifilm

Considérez-vous que le Fujifilm X-H1 s'adresse aussi bien aux photographes professionnels qu'aux vidéastes ?

Jun Watanabe : Nous tentons en effet de séduire ces deux publics. Pour un meilleur usage photographique, nous avons amélioré le système autofocus. Nous visons par conséquent principalement les photographes de sport et les photographes animaliers. Parallèlement, nous avons aussi énormément amélioré les performances vidéo de ce boîtier, notamment grâce à une plage dynamique étendue, l’enregistrement en DCI 4K et la simulation de film Eterna. Nous nous adressons donc à la fois aux photographes et aux vidéastes.

Nous avons eu l'occasion de prendre en main le X-H1 il y a quelques semaines et nous estimions alors que le déclencheur était beaucoup trop sensible. Est-ce un problème qui est revenu vers vous ? Cela a-t-il été rectifié ?

Tomohide Yazawa : D’après ce que nous avons appris de la prise en main du X-H1 par la presse européenne, les avis concernant la sensibilité du déclencheur étaient partagés. Nous avons donc décidé de conserver nos choix initiaux, mais nous comptons offrir la possibilité à nos utilisateurs de s’adresser au service après-vente Fujifilm pour rectifier la sensibilité du déclencheur s’ils le souhaitent.

Le stand de Fujifilm au CP+ 2018.

Quels avantages reste-t-il au X-T2 par rapport au X-H1 ?

Tomohide Yazawa : La taille du X-H1 autorise une meilleure prise en main et un meilleur équilibre lorsqu’il est utilisé avec un zoom ou une longue focale, ce qui représente un avantage certain pour les photographes de sport et les photographes animaliers. La compacité et le faible poids du X-T2 peuvent en revanche s’avérer plus intéressants pour la pratique de la photo de rue ou encore pour les photographes de mariage. Nous différencions donc les utilisateurs que nous ciblons en fonction des images qu’ils capturent. Ces deux gammes d’appareils vont continuer à coexister – nous ne considérons pas le X-H1 comme un successeur du X-T2, il s’adresse simplement à un public différent.

En tant que représentants d'un constructeur d'appareils hybrides, pensez-vous que les reflex conservent encore l'avantage dans certains domaines ?

Tomohide Yazawa : Peut-être en ce qui concerne la vitesse d’autofocus… Mais comme vous le savez, l’ergonomie des appareils hybrides est pensée pour le numérique et de nombreuses améliorations technologiques ont accompagné la montée en puissance des appareils hybrides. Nous estimons donc que, tôt ou tard, nous rattraperons les quelques retards que nous avons encore sur le monde des reflex. Nous pensons d'ailleurs qu'à partir de 2019, plus de 50 % des appareils photo vendus dans le monde seront des hybrides.

interview Jun Watanabe Tomohide Yazawa Fujifilm

Les smartphones dévorent une part du marché de la photographie toujours plus importante. De quelle manière pensez-vous que les constructeurs d'appareils photo doivent réagir à cet essor ?

Tomohide Yazawa : Il existe une réelle envie des utilisateurs de réaliser des photos de qualité, et les smartphones ne peuvent répondre à cette demande avec leurs capteurs de petites tailles et leurs limitations techniques. C’est une bonne chose pour nous que les gens s’intéressent à la photographie – d'autant plus que Fujifilm produit du papier photographique – , il convient simplement de se demander comment cet intérêt peut les mener à nos appareils hybrides. Il nous semble que la qualité de la reproduction des couleurs constitue notamment une réponse pertinente.

Paul Nicoué
Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications