Une photo est censée toucher son spectateur, mais rares sont les photographes qui suscitent autant d’émotions. Guillaume Herbaut a l’art de transcender et inspire les écrivains de tous bords. Si des visiteurs se trouvent interloqués par les somptueux méandres des textes de Michel Poivert, historien de la photographie, au-delà la lumière se fait. Les légendes du photographe vous rassureront sur l’objet.

Guillaume HerbautUkraine, Savur-Mohyla, 5 octobre 2014 à 16 h 55.
Le monument de Savur-Mohyla à la mémoire des soldats soviétiques morts durant la Seconde Guerre mondiale pour contrôler cette ligne de crête stratégique, a été détruit. Le 21 août 2014, après des semaines de bombardements entre les forces pro-russes et pro-ukrainiennes, l’obélisque du mémorial est tombé. © Guillaume Herbaut.

Lorsque Jean-François Leroy, directeur artistique de la Grande Arche du photojournalisme, l’invite à présenter son travail en ce lieu qui conjugue l’espace et la modernité des structures, Guillaume se demande comment transformer le défi. Ce sera à la manière dont il a affronté ceux du métier qu’il a choisi, avec son crayon et son bloc-notes et en imaginant l’histoire, comme une main courante à laquelle se retenir. “Quelles sont les séries qui ont marqué mon travail et ma manière de raconter ? Pour moi, le travail fondateur, c’est Tchernobyl1.”

Il nous livre une exposition très scénographiée et investit les 1 200 m2 de la Grande Arche du photojournalisme avec 255 photos, pour une exposition d'une partie de son œuvre, pas une rétrospective, car il lui reste beaucoup d’années pour continuer à produire – on l’attend ! Des séries qui s’articulent, se parlent, se prolongent, se répondent. De ses débuts où il construit méticuleusement ses images, son regard et son approche évoluent jusqu’à aujourd’hui où il construit l’exposition.

Crédit photo : Patrick Levêque

Pour moi, je dis bien pour moi, la photographie est là pour raconter des choses, raconter des histoires. Et pour montrer des réalités1.

Guillaume Herbaut

Guillaume Herbaut, c’est l'Ansel Adams du photojournalisme par sa façon, par exemple, de préparer ses reportages avec une précision extrême. Ou comment un photographe s’y prend pour affronter le danger et montrer l’essentiel. 

Il a travaillé dans plus de 70 pays, mais l’Ukraine lui tient à cœur, cette région du monde qu’il s’étonne de redécouvrir à chaque aller-retour depuis plus de vingt ans. “Il y a des pays qui m’obsèdent. Plus je vais dans un pays, moins je le connais. Mon regard change, les lieux évoluent1…”

Guillaume a le souci d’avoir un réel propos, pas seulement de mettre des images en grand. Dans la partie centrale du lieu d’exposition de la Grande Arche, les photos de salons pour les marchands d’armes légaux s’affichent comme des panneaux publicitaires. Ils vantent la puissance et la technicité de leurs produits semeurs de mort sur des tapis rouges, ornés de jolies femmes. Les armes deviennent parfois des jouets pour ceux qui en font commerce. Nous ne sommes que de vulgaires microbes face à leurs armes.

Crédit photo : Patrick Levêque

En matière de photojournalisme, une photographie doit être accompagnée d’une légende, être contextualisée. Et je me méfie de mes propres propos, de la manière dont ils peuvent être interprétés1.

Guillaume Herbaut

Dans la série 7/7, il livre ses peurs, y compris de lui-même à la fin : “J’ai été dans des endroits qui me font vraiment peur, j’ai photographié toutes mes peurs. La photo parle toujours un peu de soi1.”

Sur la question du risque encouru par les photojournalistes, Guillaume souligne qu’il est important d’avoir peur. Il dit aussi : “Je ne supporte pas le faire-valoir, de créer des héros photographes. On en oublie le propos et le mythe du photoreporter, mythe romantique, me met en colère. Il y a eu tellement de morts à cause de lui1…”

Crédit photo : Patrick Lévêque

Témoigner et dénoncer sont les moteurs du photojournalisme, mais Guillaume Herbaut nous prouve qu’il y a d’autres façons de le pratiquer, moyennant une bonne dose de réflexion. Le choix de Michel Poivert trouve ici sa justification dans la quête mythique qu’a Guillaume à défendre un mot, qui est en fait une profession : le photojournalisme. Et il parvient justement à lui rendre ses lettres de noblesse à travers cette exposition. Pour Mémoire est aussi une fresque historique pour les générations futures. Son souci du détail s’exprime également par la grande qualité des tirages qui permettent de savourer la grande finesse de son travail sur la couleur et les lumières.

1 : Citations extraites de la conversation tenue dans l’auditorium.

En pratique

POUR MÉMOIRE, de Guillaume Herbaut
Exposition à voir jusqu’au 13 mai 2018
Tous les jours de 10 h à 19 h

Catalogue de l’exposition
CDP Éditions, Collection des photographes, 25 € (116 pages)

Une sélection de beaux livres pour mieux découvrir ses univers :
7/7. L'Ombre des vivants – La Martinière, 2016
Ukraine de Maïdan au Donbass – CDP Éditions, 2014
Shkodra – CDP Éditions, 2008
Urakami – Anabet, 2006
Tchernobylsty – Privat, 2003

TARIFS

Tarif expo : 4 € +
Tarif accès toit de la Grande Arche : 15 €
Tarif étudiant (-26 ans et sur présentation de la carte d’étudiant) : 10 €
Tarif enfant (de 6 à 18 ans) : 7 €
Tarif chômeurs, + 65 ans & handicapés : 12 €
Tarif scolaire : 7 €
Gratuit pour les – 6 ans

Le site Internet de La Grande Arche

La statue de Lénine détruite dans la nuit du 8 au 9 décembre 2013. Russie – Kotovsk – Parc des Cheminots – 19 décembre 2013, 14 h 39 © Guillaume Herbaut

Laurence Guillain
Laurence Guillain

Iconographe et Journaliste, tombée dans le bain de révélateur toute petite, elle ne respire qu’avec sa ration quotidienne d’images. Elle les dévore des yeux, les déguste avec appétit. Ses publications