Nous connaissons tous des photographies de Walker Evans : certaines sont devenues des icônes. Mais l’exposition qui lui est consacrée au Centre Pompidou vous fera sans doute découvrir bien d’autres facettes dans le travail de ce photographe hors du commun, qui toute sa vie a utilisé la photographie dans une démarche documentaire.

Plus de 400 œuvres et documents réalisés par le célèbre photographe américain Walker Evans, ou issus de sa collection, sont ainsi actuellement réunis dans cette rétrospective d’envergure, au parcours agréable, que nous vous conseillons vivement.

Baigneurs sur la plage Coney Island en 1929, vus de dessus, en noir et blanc. Photo Walker EvansConey Island Beach vers 1929. Épreuve gélatino-argentique, 22,5 x 3 cm. The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, Los Angeles. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

L’influence française

Le parcours commence par une brève introduction posant l'axe retenu par le commissaire de l’exposition : la culture vernaculaire des États-Unis. Il faut dire que si Walker Evans a eu l’occasion de voyager — et notamment de passer quelque temps à Paris avant de devenir photographe —, c’est dans son pays natal qu’il va exercer son activité, avec une volonté très méthodique d’enregistrer tous les détails qui ont fait l’histoire et la culture américaine.

La première partie de l’exposition, où sont réunis les photos faites à Paris et quelques textes de Walker Evans, nous a par conséquent un peu déçus. Le photographe reconnaissait avoir été fortement influencé par "l’esprit" de Baudelaire et "la méthode" de Flaubert, comme l’indique le texte publié dans la salle, mais force est de reconnaître que son talent de photographe s’est exprimé plus tardivement et que les éléments présentés dans l’exposition ne permettent pas de faire le même constat. De plus, ces petits formats ne sont pas très agréables à regarder lorsqu’une foule importante est présente dans l’exposition. Au départ, nous avons craint que la visite ne devienne pénible, mais dès cette petite introduction passée, le parcours devient plus aéré et les œuvres, mieux exposées.

Vue de l'exposition Walker Evans au Centre Georges Pompidou à Paris (2017). Photo Pascale Brites

Dès le mois de mai 1927, Walker Evans est de retour à New York où il décide de devenir photographe. Les clichés qu’il fait à cette époque portent les marques du courant moderniste européen : on le voit user de la plongée et de la contre-plongée, ainsi que de la surimpression. Au même moment, il fait la rencontre de Lincoln Kirstein et de Berenice Abbott, qui lui fait découvrir les photographies d'Eugène Atget, dont quelques tirages sont présentés dans l’exposition. Walker Evans commence alors à s’intéresser à un sujet dont il ne se détournera plus de toute sa carrière : la "culture populaire" et le "vernaculaire", termes récurrents dans l’exposition. On découvre alors Walker Evans le collectionneur, qui toute sa vie emmagasinera des cartes postales, des affiches publicitaires ou des enseignes. L’exposition en présente un certain nombre, dans une mise en scène qui tranche visuellement avec l’épure des murs de photos.

Enseigne 'Damaged' sortie d'un camion à New York. Noir et blanc. Photo Walker EvansTruck and Sign, 1928-1930. ("Camion et enseigne" à New York). Épreuve gélatino-argentique, 16,5 x 22,2 cm. Collection particulière, San Francisco. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

Les témoins de la culture

Vue de l'exposition Walker Evans au Centre Georges Pompidou à Paris (2017). Photo Pascale Brites

Ce passage nous mène à la partie suivante de l’exposition, consacrée aux différents sujets traités par Evans. Une première salle réunit les villes avec les "baraques des bords de route", les vitrines de petits commerces et les panneaux d’affichage publicitaires. Puis sont présentées des photographies plus humanistes, dont les célèbres portraits de dockers, les familles d’Alabama durant la Grande Dépression photographiées pour la FSA dans le cadre du New Deal, et la grande crue du Mississippi de 1937.

Portrait d'Allie Mae Burroughs en noir et blanc. Photo Walker EvansAllie Mae Burroughs, Wife of a Cotton Sharecropper, Hale County, Alabama, 1936. ("Allie Mae Burroughs, femme d'un métayer cultivateur de coton, Hale County, Alabama, 1936"). Épreuve gélatino-argentique 22,3 x 17,3 cm. Collection particulière. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

Dans un entretien accordé au Boston Sunday Globe le 1er août 1971, il déclare :

Ceux d'entre nous qui vivent grâce à leurs yeux — les peintres, les designers, les photographes, ceux qui regardent les filles — seront tout aussi amusés que consternés par cette demi-vérité : "nous sommes ce que nous voyons" ; et par son corollaire : nos œuvres complètes sont, pour une bonne part, des confessions autobiographiques, impudiques et joviales, mais dissimulées par l'embarras de ce qui ne peut être dit.

Walker Evans

La démarche du photographe

Vue de l'exposition Walker Evans au Centre Georges Pompidou à Paris (2017). Photo Pascale Brites

L’exposition s’intéresse ensuite à la méthode employée par Walker Evans pour constituer méticuleusement ses séries et ses collections. On comprend comment le photographe se mue en spécialiste pour produire les images les plus descriptives possible. Cette approche documentaire, rigoureuse et systématique, le conduit à constituer des séries, que l’exposition présente par thème : la ville, les rues, les passants ou les outils de travail... Nous avons particulièrement aimé la série des photographies réalisées dans le métro new-yorkais entre 1938 et 1941. Un appareil caché dans son manteau, Evans a photographié les passagers à leur insu, dans leur quotidien, avec une démarche totalement neutre. Le parcours se poursuit par une série de photos de famille, ses portraits au Polaroid ou les "objets d’Afrique", photographiés pour le compte du MoMA en 1935 pour l’exposition African Negro Art.

Il faut compter au moins deux bonnes heures pour profiter pleinement de cette exposition et prendre le temps de comprendre la démarche de Walker Evans, ainsi que l’influence qu'il a exercée sur toute une génération de photographes. C’est avec plaisir que l’on s’immerge dans l’histoire et les marqueurs de la culture américaine du début du 20e siècle et que l’on parcourt les différentes salles, dont l’agencement assure une bonne circulation malgré la fréquentation.

Façace d'une église de la communauté afro-américaine en Caroline du Sud, en noir et blanc. Photo Walker EvansNegro Church, South Carolina, mars 1936, tirage avril 1969. ("Église noire, Caroline du Sud"). Épreuve gélatino-argentique, 25,2 x 20,2 cm. Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, acheté en 1969. © Walker Evans Archive, The Metropolitan Museum of Art

Une fois sortis, notre premier regret concerne l’absence de repères chronologiques. C’est le choix des organisateurs de l’exposition, qui ont voulu un parcours purement thématique, mais il est dommage qu’il faille sortir de l’exposition pour trouver la biographie d’Evans. Nous aurions également aimé que soient mieux signalées et identifiées les photographies réalisées par d’autres photographes, et que soient précisées les raisons de leur présence, et nous déplorons une certaine redondance dans les textes. En dépit de tout cela, cette exposition est une occasion idéale de se plonger dans l’univers de l’un des plus grands photographes américains du 20e siècle.

Vue de l'exposition Walker Evans au Centre Georges Pompidou à Paris (2017). Photo Pascale Brites

Informations pratiques

Walker Evans
Du 26 avril au 14 août 2017
Centre Georges Pompidou
Place Beaubourg, 75004 Paris
Entrée plein tarif : 14 € ; tarif réduit : 11 €.

Vous trouverez une biographie plus complète dans notre "Grand Photographe" :

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

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