Considéré comme l’un des plus grands photographes de la seconde moitié du 20e siècle, Richard Avedon est surtout connu pour ses photographies de mode et ses portraits sur fond blanc qui ont fait le succès des séries "The Family" pour le magazine Rolling Stone ou de l’ouvrage In The American West. Mais l’homme était en réalité un artiste bien plus complet, qui a notamment collaboré avec le cinéma et porté la casquette d’éditeur. Ce sont ces différentes facettes, abordées sur le thème de sa relation avec la France, qui sont présentées dans la très belle exposition La France d’Avedon, Vieux monde, New Look à la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, jusqu’au 26 février 2017.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look" à la BnF.

Sa dernière grande rétrospective organisée au Jeu de Paume en 2008 a pendant plusieurs années détenu le record de fréquentation, avec 175 000 visiteurs en moins de 3 mois. Douze ans après sa mort, le photographe continue de susciter l’admiration par sa vision novatrice, la perfection de ses réalisations et ses compétences multiples. Français de cœur, il aura toute sa vie entretenu une relation particulière avec notre pays et plus spécialement Paris, où, dès 1947, il s’est rendu deux fois par an pour accompagner Carmel Snow, rédactrice en chef de Harper’s Bazaar avec qui il collabora près de vingt ans. En 1956, il est le sujet principal du film Funny Face de Stanley Donen et assurera le rôle de "consultant visuel" pour que son activité de photographe de mode soit portée avec authenticité à l’écran.

Funny Face

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

C’est sur cette étape de sa vie que s’ouvre l’exposition à la BnF. On y découvre des séquences vidéos d’Audrey Hepburn achevées par des arrêts sur images et accompagnées des tirages correspondants aux photographies de Richard Avedon. Mais ce qui saute aux yeux quand on pénètre dans cette première salle, c’est la cabine photomaton Mutoscope de la fin des années 1950, identique à celle utilisée par Richard Avedon pour ses portraits au photomaton, la caméra Vistavision, ou encore la table lumineuse sur laquelle reposent certaines de ses épreuves. Cette scénographie, qui invite immédiatement le visiteur à pénétrer l’univers du photographe, est à la fois ludique et dynamique, tant elle incite à sauter de l’objet à l’image, de la vidéo à la photographie ou encore du grand format au tout petit avec le portrait d’Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Truman Capote réalisé au photomaton.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Une fois cette pièce ronde parcourue, le visiteur peut choisir de se rendre dans l’un des trois espaces attenants dont deux, Paris Pursuit et Made in France, sont directement liés à cette première partie.

En aparté

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Ces deux petites salles, qui communiquent entre elles par un passage, témoignent de l’influence de Paris dans le travail d’Avedon à travers deux thématiques distinctes : Paris Pursuit est consacré au rapport entre mode et cinéma, et Made in France, à la culture hexagonale partagée avec Carmel Snow et Alexey Brodovitch à Harper’s Bazaar.

Photo Richard Avedon, Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton à l'arrière d'un bus parisienAudrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton dans "Paris Pursuit" pour Harper’s Bazaar, Paris, 9 août 1959. Photographie Richard Avedon © The Richard Avedon Foundation

S’il ne se rendra plus à Hollywood après Funny Face, Avedon continuera d’appliquer une démarche cinématographique à ses images. Dans Paris Pursuit, les visiteurs pourront par exemple découvrir une sorte de "ciné-roman" réalisé avec Audrey Hepburn, Mel Ferrer et Buster Keaton, et faire le lien entre photographies de mode et scénario de film.

J’éclaire chaque restaurant, chaque rue comme si j’éclairais un film.

Richard Avedon

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Dans Made in France, titre d’un livre publié par Avedon en 2001, les commissaires d’exposition ont souhaité soulever les liens entre la photographie de mode et Harper’s Bazaar , et l’importance de la culture française dans ses réalisations. Dans cette salle, on pourra découvrir des épreuves annotées de Richard Avedon et les influences qui auront façonné ses débuts comme photographe de mode.

Portraits

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Pour poursuivre la visite, il faut repasser par la salle Funny Face et emprunter la porte qui mène à Portraits français. On se retrouve alors assailli de dizaines d’images, certaines très célèbres, d’autres moins, sous la forme d’une grande galerie de portraits. Au centre, de multiples vitrines présentent des ouvrages, mais aussi des planches contacts, des maquettes de livres ou des publicités qui sont autant de documents précieux sur les méthodes de travail d’Avedon.

Photo Richard Avedon, Simone Signoret et Yves MontandHarper’s Bazaar, mars 1960, p. 176-177 : Simone Signoret et Yves Montand. Photograph by Richard Avedon. © The Richard Avedon Foundation Credit: Previously published by Harper’s Bazaar magazine. Reprinted with permission of Hearst Communications, Inc.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Le visiteur prendra plaisir à flâner dans cet espace où chaque portrait mérite que l’on s’y attarde, avant de se diriger vers le gigantesque portrait de Sœur Emmanuelle en couverture d’Égoïste qui ouvre la voie vers la salle suivante, entièrement consacrée au magazine.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Égoïste est le seul magazine au monde à me donner une liberté d’expression complète.

Richard Avedon

Richard Avedon participera à neuf numéros d’Égoïste, de 1985 à 2004, et cette collaboration avec Nicole Wisniak sera l’occasion pour lui de dévoiler une production beaucoup plus audacieuse. On retiendra de cette partie le ciné-roman sur un ménage à trois de la série "Kate’s Story", les portraits de célébrités comme Marguerite Duras, John Galliano ou Daniel Cohn-Bendit, ainsi que les images du Bal Volpi où se réunit l’aristocratie européenne, accompagnées de deux films inédits. Cette salle conduit à la quatrième partie de l’exposition, consacrée à la collaboration de Richard Avedon avec Jacques Henri Lartigue.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Diary of a century

Attenante à l’espace consacré au Bal Volpi, la salle Lartigue est également accessible depuis la galerie des "Portraits français", permettant aux visiteurs de se frayer leur propre chemin. Là, on découvre une autre facette d’Avedon qui, par sa fonction d’éditeur, a eu un rôle prépondérant dans la réalisation du livre Diary of a Century, consacré à la production photographique du célèbre photographe français de vingt-neuf ans son aîné.

Lartigue a dû attendre sa première exposition au Museum of Modern Art à New York, puis la publication aux États-Unis de Diary of a Century, livre dont je fus l’éditeur, pour que la France le découvre vraiment. Peut-être faut-il un étranger pour découvrir le trésor national d’autrui.

Richard Avedon

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

Cette salle montre l’importance qu’ont eu les livres dans la vie d’Avedon, et la façon dont le photographe s’est attaché à en concevoir le cheminement, dans le souci de la narration, du rythme et de la mise en page. Deux exemplaires du livre, signés respectivement des deux protagonistes, sont réunis dans l’exposition qui présente également des projections.

"Travail de Dick Avedon pour mon livre Diary of a Century" — Consignes d’Avedon pour le retoucheur, page d’album 0046R49, album, 1949. Photographie J H Lartigue © Ministère de la Culture - France / AAJHL

Courez-y !

Ouverte depuis le mois d’octobre, l’exposition La France d’Avedon, Vieux monde New Look se tient jusqu’au 26 février à la BnF, site François Miterrand. Par sa scénographie engageante, la diversité et la richesse de son contenu, l’originalité de son approche, elle nous a complètement emballés et c’est avec beaucoup d’enthousiasme que nous vous incitons vivement à profiter des jours à venir pour aller la visiter. Car si les œuvres de Richard Avedon sont pour beaucoup connues, cette exposition apporte une autre lecture du personnage, de ses réflexions et de ses influences. Un superbe hommage à celui qui, plus que jamais, restera comme l'un des plus grands photographes de l’histoire.

Vue de l'exposition La France d'Avedon, Vieux monde, New Look à la BNF, Paris"La France d'Avedon, Vieux monde, New Look", à la BnF.

À l’occasion de cet événement, les Éditions BnF proposent le catalogue réalisé sous la direction des commissaires d’exposition, Robert M. Rubin et Marianne Le Galliard, en anglais et en français.

La France d’Avedon, Vieux monde, New Look

Exposition jusqu'au 26 février 2017
BnF - François-Mitterrand
Du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 13h à 19h (fermeture des caisses à 18h)
Tarif plein : 9 € ; tarif réduit : 7 €

Catalogue de l'exposition sous la direction de Marianne Le Galliard et Robert M. Rubin
Éditions de la BnF
Octobre 2016
15 x 19 cm, 800 pages, plus de 500 illustrations
ISBN : 978-2-7177-2718-0
59 €

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

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