Pour sa première participation au Mois de la Photo, la Cité de la Mode et du Design de Paris a décidé d’exposer le photographe Erwin Blumenfeld. Un choix judicieux, tant les expérimentations et le modernisme de Blumenfeld s’accordent avec l’architecture détonnante de cet espace des bords de Seine.

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

S’il a commencé sa carrière de photographe au début des années 1930 aux Pays-Bas, avant de l’exercer en France quelques années plus tard, c’est véritablement après son installation aux États-Unis en 1941 qu’Erwin Blumenfeld est devenu l’artiste mondialement connu dont les images sont exposées aujourd’hui — l'un des plus recherchés et des mieux payés de l’époque. Les années 30 l’avaient conduit à se spécialiser dans le domaine de la mode et de la beauté, à travers ses premières publications dans Verve ou Vogue France. Enfermé dans un camp en France en 1940 en raison de son origine juive, il fuit vers les États-Unis avec sa famille et s’installe à New York. Il va y partager un studio avec Martin Munkácsi (l'auteur de la célèbre photo Enfants noirs au bord du lac Tanganika qui a décidé de la vocation de Cartier-Bresson), avant de créer son propre studio en 1943. C’est ce qui a conduit les commissaires de l’exposition à sélectionner, parmi les centaines de photographies d’Erwin Blumenfeld, des clichés datant de son époque américaine et à nommer l’exposition Studio Blumenfeld New York 1941-1960, l’art en contrebande.

Studio Blumenfeld New York Cité de la ModePhoto : Erwin Blumenfeld

J’avais en secret à la fois le désir de voir des femmes nues et celui d’avoir un "atelier d’artiste". Ce n’est que bien plus tard que le mot "studio" me fit battre le cœur.

Erwin Blumenfeld

Commandes et créations artistiques

Studio Blumenfeld New York Cité de la ModePhoto : Erwin Blumenfeld

Très vite, Erwin Blumenfeld se distingue par sa démarche et son anticonformisme empreint de références artistiques. Proche du mouvement Dada, il se fait remarquer par ses expérimentations autour de la solarisation, du photomontage ou des filtres, réseau ou résille. Il ne se contentera pas de mettre en valeur le vêtement ou l’accessoire et n’hésitera pas à faire poser des modèles ne correspondant pas aux standards de l’époque, ou dont le nom est inconnu.

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

L’exposition y consacre une grande partie en mettant en avant des couvertures de presse et des tirages portant la mention "Variante", montrant bien le souci de Blumenfeld de s’exprimer à sa manière tout en répondant aux commandes des magazines avec lesquels il collabore. Il publie d’ailleurs dans les plus grandes revues de l’époque : Harper’s Bazaar, Cosmopolitan, Vogue, ou Kaléidoscope, dont plusieurs couvertures figurent sous vitrine.

Jeu de couleurs

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

L’arrivée à New York de Blumenfeld correspond à l’entrée de la couleur dans ses photographies. Ce n’est alors pas seulement une question de courant, mais véritablement une nouvelle forme d’expression avec laquelle il ne cesse de jouer, dans ses contrastes et des associations parfois à la limite du kitsch. Ses images sur Kodachrome et Ektachrome ont d’ailleurs profité d’un travail de reconstruction par le musée Nicéphore Nièpce pour être présentées dans l’exposition, qui rassemble 200 œuvres de Blumenfeld, dont 30 photographies inédites.

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

La scénographie

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

Outre le fait de profiter des images de Blumenfeld en grand format, l’exposition s'appuie sur une scénographie très intéressante, notamment grâce à la présence du "paravent", objet emblématique du studio sur lequel sont présentées les "100 photographies" en noir & blanc de Blumenfeld. Le visiteur s’amusera sans doute à regarder lui aussi l’exposition à travers ce prisme. À la fois en intérieur et en extérieur, nous avons également aimé l’accrochage dans les escaliers des grands tirages et des citations extraites de Jadis et Daguerre, son autobiographie qu’il commença en 1955 et acheva l’année de sa mort en 1969.

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

L’application

Studio Blumenfeld New York Cité de la Mode

Pour profiter pleinement de l’exposition, il est fortement conseillé de télécharger l’application Studio Blumenfeld développée à cet effet pour iOS et Android. Elle apporte des commentaires des commissaires François Cheval et Nadia Blumenfeld, du contenu interactif — pour jouer, par exemple, sur la mise en page — ainsi qu’un catalogue interactif de photos et de vidéos. L’idée est intéressante et novatrice, et il est d'ailleurs regrettable qu'elle ne soit pas plus signalée dans l’exposition. Si bien que de nombreux visiteurs ressortent sûrement avec une légère déception, en n’ayant profité que des courtes explications bilingues murales. Certains n’apprécieront sans doute pas non plus de devoir repasser à la caisse en achetant cette application 4,99 €…

Informations pratiques

Studio Blumenfeld New York 1941-1960, l’art en contrebande
Jusqu’au 4 juin 2017
Mois de la Photo du Grand Paris 2017
Les Docks – Cité de la Mode et du Design
34 quai d’Austerlitz, 75013 Paris
Tous les jours sauf le mardi de 11h à 19h
Entrée gratuite les 29 et 30 avril avec visites guidées et conférences

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications 

Contenu sponsorisé