C'est dans une grande salle plus que solennelle en dehors du salon CP+ que nous avons rencontré deux hauts responsables de la photographie chez Canon pour évoquer le futur des produits de la marque : M. Go Tokura, Chief Executive Image Communication Business Operation, et M. Yoshiyuki Mizoguchi, Group Executive ICB Products Group Image Communication Business Operations.

CP+ 2017 interview Canon

Rendez-vous était pris à 13h au stand Canon. Plusieurs fois, on nous a appelés pour s'assurer que nous serions bien à l'heure. Un entretien avec MM. Tokura et Mizoguchi, deux des personnes les plus haut placées au sommet de la tour Canon pour ce qui est de la photographie, ne souffre pas le moindre écart.

Depuis plusieurs années, les images en 360°, qu'elles soient animées ou fixes, prennent de plus en plus d'ampleur. Nikon a annoncé il y a plus d'un an la KeyMission 360 et d'autres marques comme Ricoh, Kodak ou Samsung disposent de caméras 360°. Quelle est votre position sur ce type d'image ? Avez-vous des projets dans ce sens ?

M. Yoshiyuki Mizoguchi — La philosophie de Canon est d'être engagé dans tous les domaines où il y a de l'image. Bien sûr, les images en360° sont un concept très intéressant ; une partie du marché va dans cette direction et, comme vous l'avez mentionné, beaucoup de concurrents sont déjà positionnés sur ce secteur. Nous devons donc arriver avec un produit vraiment innovant, qui apporte quelque chose de nouveau pour être attirant. Il nous faut trouver cette nouvelle opportunité qui nous permettrait d'apporter quelque chose à l'univers de la photo 360°.

M. Go Tokura — Êtes-vous intéressés par les images 360° ?

Focus Numérique — Oui, c'est un domaine très intéressant. Cela ne remplace pas les images actuelles, mais c'est un marché intéressant et très novateur. Les applications sont potentiellement très nombreuses.

Il y a 2 ans, vous présentiez à la Canon Expo 2015 deux prototypes fonctionnels de capteurs à 120, voire 250 millions de pixels. Ces boîtiers ont-ils une chance de voir le jour commercialement ?

M. Go Tokura — Ces prototypes ont vraiment été développés pour la Canon Expo : c'étaient vraiment des éléments de recherche et ils n'ont pas été pensés pour une exploitation commerciale. Toutefois, nous avons bien sûr continué à étudier comment nous pouvions utiliser cette densité de pixels pour la photographie et nous travaillons toujours sur ce point. Il est tout à fait envisageable d'avoir de tels boîtiers dans le futur, pour une utilisation très haut de gamme, mais nous devons également suivre les demandes du marché. Le marché demandera-t-il autant de pixels ? Nous ne le savons pas.

CP+ 2017 stand canon 200-400 mmUn superbe éclaté du 200-400 mm était présenté sur le stand Canon lors du CP+ 2017. Cette optique est sans doute l'une des plus belles pièces du catalogue de la marque.

Toujours à la Canon Expo, vous présentiez une caméra très sensible à plus de 4 millions d'iSO. Pourquoi vos reflex n'atteignent-ils pas de telles sensibilités, alors que vos concurrents comme Nikon et même Pentax y sont maintenant ?

M. Yoshiyuki Mizoguchi — C'est un peu le même débat que pour la définition : plus la sensibilité est élevée, mieux ce serait... Mais nous pensons également qu'il faut prendre simultanément en compte plusieurs paramètres : la sensibilité, la définition et la reproduction des couleurs. Il faut un bon équilibre entre ces 3 aspects. Nous ne pouvons pas nous focaliser que sur une seule donnée, comme la sensibilité, et oublier les autres.

Les boîtiers hybrides évoluent rapidement avec de nombreuses innovations technologiques, comme la stabilisation mécanique sur 5 axes, des modules autofocus plus rapides, des rafales au-delà de 20 i/s. Comment les reflex peuvent-ils, dans les années à venir, maintenir leurs performances face aux hybrides ? Faut-il réinventer les reflex ?

M. Go Tokura — Pour le marché des reflex, nous pensons que nous avons créé le meilleur moyen de capturer des images avec un viseur optique. Si nous devons réinventer le reflex, il faudrait alors s'éloigner de la visée optique. Pour l'instant, nous souhaitons faire évoluer les deux technologies : avec à la fois une visée optique et une visée électronique. Nous pouvons encore faire évoluer et améliorer la visée optique ; par ailleurs, nous cherchons également à réduire l'encombrement. Nous savons que certains utilisateurs préfèrent la visée optique et nous devons pouvoir répondre à cette demande.

M. Go Tokura — Comment voyez-vous l'avenir des reflex de votre côté ?

Focus Numérique — L'élément clé est clairement la visée. Actuellement la visée électronique n'est pas à la hauteur d'une visée optique dans certaines conditions de lumière. Le reflex est globalement plus rapide et plus efficace, mais pour combien de temps ?

M. Yoshiyuki Mizoguchi — Chez Canon, nous avons les deux modèles (avec et sans miroir) et nous pouvons répondre aux différentes demandes du marché. Vous avez raison, nous devons consolider nos reflex sur la visée optique. Pour ceux qui préfèrent les appareils légers et compacts, les hybrides sont une bonne réponse. Nous allons également faire évoluer les reflex sur les fonctionnalités différenciantes, comme la visée électronique, ou le module autofocus séparé du capteur principal. Nous pensons que pour des rafales rapides, un module autofocus séparé est plus précis. Mais nous devons faire évoluer les deux types de boîtiers de manière concomitante.

Focus Numérique — Un jour, la technologie de la visée électronique sera sans doute supérieure à la visée optique, non ?

M. Go Tokura — Oui, il est probable que la visée électronique ira au-delà de la visée optique et nous devons faire évoluer les reflex dans leur ensemble avec une meilleure définition, une plus grande réactivité générale.

CP+ 2017 stand CanonAu CP+, Canon capitalise sur les nouveautés comme le 77D (baptisé 9000D en terres nippones) ou le M6, mais aussi sur des valeurs sûres comme les EOS 7D Mark II, 5D Mark IV ou 1D X Mark II.

Nous prenons de plus en plus de photos et nous ne savons pas réellement comment les stocker, les gérer et retrouver les meilleures. Pensez-vous que l'intelligence artificielle pourrait nous aider à mieux organiser nos images et nos souvenirs ?

À Canon Europe, nous avons lancé Lifecake, un service en ligne (cloud service) avec Irista, et nous souhaitons le faire évoluer rapidement grâce à de nouvelles fonctionnalités comme le marquage automatique des images. Nous pensons que c'est très important. Nous n'en sommes qu'au début et nous avons encore beaucoup à faire.

Focus Numérique — Vous travaillez également la reconnaissance automatique des images et la description ?

Canon — Oui, c'est un domaine sur lequel nous sommes actifs. Si vous photographiez du sport ou un mariage, il faut pouvoir créer automatiquement des catégories. Nous voulons faciliter le stockage, le tri, mais aussi l'impression. C'est un système global que nous voulons offrir. Nous sommes qu'au début de l'intégration de l'intelligence artificielle dans nos services.

Quel est le boîtier qui vous a plus impressionnés sur les 12 ou 24 derniers mois, et quel est le boîtier Canon qui vous a le plus marqués dans l'histoire de la photo ?

M. Go Tokura — Naturellement, nous ne pouvons pas citer de concurrent (rires) ! Ce n'est pas une question simple. Mais je pense que le 5D Mark IV est pour moi l'un des boîtiers les plus marquants. C'était un boîtier très attendu par nos clients et je suis fier de toute la technologie que nous avons pu mettre à l'intérieur pour répondre à leurs demandes. Pour ce qui est du plus marquant depuis le début de la photographie, c'est compliqué, car les technologies évoluent et je devrais dire le dernier. J'ai toutefois deux boîtiers préférés : le premier est l'EOS 1V et le second est le 7D Mark II. Ce sont des boîtiers qui ont demandé beaucoup de travail et dont je suis très fier.

M. Yoshiyuki Mizoguchi — Pour moi, le boîtier le plus impressionnant sur ces deux dernières années est le G3 X. Il dispose d'un capteur 1 pouce et d'un zoom qui permet de faire tout type de photo.

Avec le Dual Pixel, vous avez introduit une technologie vraiment intéressante. Pour l'instant, vous l'utilisez essentiellement pour l'autofocus. Peut-on l'imaginer appliquée à d'autres fonctionnalités ?

M. Yoshiyuki Mizoguchi — Oui, avec le 5D Mark IV, nous avons introduit le DPR (Dual Pixel RAW) pour décentrer le bokeh ou jouer sur le micro-contraste.

Focus Numérique — Est-il possible d'imager d'autres fonctionnalités, comme la photographie HDR ou une amélioration de la dynamique, et pourquoi pas une meilleure définition ?

M. Yoshiyuki Mizoguchi — Il y a beaucoup de potentiel dans la technologie Dual Pixel ; nous ne pouvons pas vous dévoiler nos futurs projets, mais nous y travaillons. Avec la technologie actuelle, nous ne pouvons pas changer l'exposition des sous-pixels.

Focus Numérique — Dans la prochaine version alors !

Nous avons traversé la moitié de la planète pour vous rencontrer, avez-vous un scoop pour nous ?

(rires) Même si nous le voulions, il nous est malheureusement impossible de vous révéler un scoop, mais nous sommes ravis de vous avoir rencontrés !

CP+ 2017 stand canon
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications