Après une vaste exposition consacrée à Germaine Krull en 2015, le Jeu de Paume continue son exploration de l’avant-garde parisienne avec une rétrospective consacrée à Eli Lotar. Fruit de vingt ans de recherches menées par le Centre Georges Pompidou, cette exposition met en valeur la diversité des sujets traités par ce photographe et vidéaste engagé.

Eli Lotar. Sans titre, vers 1930-1934. Épreuve gélatino-argentique d’époque, 40 x 30 cm. Don de M. Jean-Pierre Marchand 2009, collection Centre Pompidou, Paris, MNAM-CCI. © Eli Lotar

C’est en 1924, à l’âge de 19 ans, qu’Eliazar Lotar Teodorescu quitte la Roumanie pour s’installer en France. Rapidement, il deviendra l’assistant de Germaine Krull et apprendra à ses côtés à manier le langage photographique, ses jeux de cadrages et ses points de vue, avant de développer sa propre démarche.

Au sein de cette « école de Paris », avec ses photographies de la Zone, des ruelles sombres, des quartiers paupérisés, de la prostitution, sans oublier celle des fameux abattoirs de la Villette publiée dans la revue Documents, Eli Lotar s’impose comme le photographe d’un naturalisme poétique et glaçant, loin du modernisme techniciste qui fit la marque de fabrique de Krull.

Damarice Amao, co-commissaire de l’exposition Eli Lotar (1905-1969).

Parcours thématique

Vue de l'exposition Eli Lotar au Jeu de Paume (Paris)Eli Lotar (1905-1969) au Jeu de Paume.

L’exposition qui se tient jusqu’au 28 mai à l’espace de la Concorde réunit une centaine de tirages d’époque, des photomontages, des négatifs, mais aussi des reproductions de revues dans lesquelles Eli Lotar a été publié, comme VU, L’Art Vivant, Arts et métiers graphiques, Jazz ou encore Bifur.

Sans suivre un parcours véritablement chronologique, les deux premières parties s’intéressent plus particulièrement aux débuts d’Eli Lotar, notamment ses reportages photographiques publiés dès la fin des années 1920 dans différentes revues illustrées. Elles mettent en évidence le succès rapide de ce photographe qui s’intéressera très tôt à des problématiques de société, à l’univers industriel et à la vie urbaine.

Eli Lotar. Hôpital des Quinze-Vingts, 1928. Épreuve gélatino-argentique d’époque, 21,5 x 14,8 cm. Achat grâce au mécénat de Yves Rocher, 2011. Ancienne collection Christian Bouqueret, collection Centre Pompidou, Paris, MNAM-CCI. © Eli Lotar

Du reportage au document

Vue de l'exposition Eli Lotar au Jeu de Paume (Paris)Eli Lotar (1905-1969) au Jeu de Paume.

Après ces deux premières parties consacrées aux publications, l’exposition propose d’analyser la démarche de Lotar, dont la pratique photographique va rapidement s’accompagner de celle de la vidéo au service d’une vision plus documentaire. Eli Lotar aimait travailler en équipe et se rapprochera des cinéastes Joris Evens, Alberto Cavalcanti et Luis Buñuel comme des écrivains Jacques et Pierre Prévert et des hommes de théâtre Antonin Artaud et Roger Vitrac.

Lotar va montrer un engagement social fort et donner à voir la pauvreté avec une grande tendresse. L’exposition présente notamment le film Aubervilliers réalisé en 1945 à la suite d'une commande du maire de la ville, Charles Tillon. Les textes de Jacques Prévert et la musique de Joseph Kosma soutiennent une vision très poétique qui séduira le public, moins son commanditaire.

Je considère ce qu’on appelle le documentaire comme le genre le plus parfait dans le cinéma parce qu’il contient lui-même tout le cinéma et que c’est essentiellement dans le documentaire qu’un réalisateur peut se mesurer complètement avec la matière, avec lui-même et avec ses coéquipiers.

Eli Lotar

Eli Lotar. Aubervilliers (film), 1945-1946. Épreuve gélatino-argentique d’époque, 18 x 24 cm. Don de M. Jean-Pierre Marchand en 2009, collection Centre Pompidou, Paris, MNAM-CCI. © Eli Lotar

Photogénie des sites

Vue de l'exposition Eli Lotar au Jeu de Paume (Paris)Eli Lotar (1905-1969) au Jeu de Paume

Les deux dernières parties de l’exposition abordent quant à elles les échanges artistiques et littéraires de Lotar ainsi que ses voyages, tout particulièrement en Grèce. Grâce à ses collaborations avec plusieurs artistes, il pénètre dans les théâtres, photographiant les représentations et proposant des photomontages avec pour ambition de montrer la physionomie des personnages. Proche de Giacometti, il va également photographier son atelier et servir de modèle. Le buste d’Eli Lotar par Giacometti vient d’ailleurs clore cette exposition, ouverte sur un portrait anonyme du jeune photographe lors de ses débuts à Paris.

Peu connu jusqu’au début des années 1990, Eli Lotar jouit avec cette rétrospective d’une mise en valeur de sa vision singulière et de sa créativité.

Eli Lotar ( 1905-1969) au Jeu de Paume

La sensibilité à l’image et à son renouvellement esthétique développée par Lotar et ses compagnons de cinéphilie s’offre ainsi comme un point d’entrée incontournable pour comprendre la pénétration et la réception de la modernité photographique dans l’entre-deux-guerres à Paris.

Damarice Amao

Eli Lotar (1905-1969)
Du 14 février au 28 mai 2017
Jeu de Paume
1, place de la Concorde, 75008 Paris
Tous les jours sauf lundi et le 1er mai
Entrée : plein tarif 10 € / tarif réduit 7,50 €

Source : Jeu de Paume

Pascale Brites

Journaliste technique, elle renforce l'équipe de rédaction en publiant des actualités et des articles pratiques. Ses publications