Alors que les galeries présenteront leurs expositions bien après le Mois de la Photo du Grand Paris et que nous entrons dans la période des festivals, la photo reste toujours considérée en France, par certains, comme un art mineur... notamment de par son absence dans les programmes d'enseignement.

Il est important d'avoir les outils pour décrypter les images qui nous entourent. Crédit photo : OliBac

De la galerie Camera Obscura à celle d'Impossible Project, le Mois de la Photo du Grand Paris est semble-t-il un véritable succès, drainant des visiteurs en semaine et en dehors des "week-ends intenses". Les exposants sont unanimes : la photographie prend de l'ampleur, s'étoffe et arrive à conquérir un public toujours plus nombreux et toujours plus varié. Les beaux jours arrivant, les grands et les plus petits festivals vont prendre le relais, avec les Rencontres d'Arles en ligne de mire. Mais si cette manifestation a l'adoubement du ministère de la Culture, nombreux sont les évènements qui doivent batailler pour trouver des financements et solliciter à la fois les institutions publiques (régions, départements, villes...) et des partenaires privés.

La photographie est pourtant un art fédérateur et les visiteurs, qui s'interrogent devant les clichés sélectionnés par un commissaire d'exposition ou un curateur, peuvent aisément passer de l'autre côté du rideau, pratiquer à leur tour, diffuser leur travail à travers des réseaux sociaux dédiés et même présenter leur vision à des professionels en participant à des concours amateurs ou des lectures de portfolios.

Car oui, la photographie est un art accessible. Il requiert finalement peu de matériel et chacun peut s'y essayer sans trop de contraintes, et d'autant plus depuis que le numérique offre la possibilité d'effacer et de recommencer à l'envi. Pourtant cette démocratisation n'apporte pas de reconnaissance. Alors que nous sommes tous capables de citer un — ou plusieurs — peintres célèbres français, posez la même question à votre entourage concernant un photographe. Vous obtiendrez un blanc, ou bien deux, trois réponses différentes, avec Yann-Arthus Bertrand et Doisneau dans le lot. Le paradoxe (ou peut-être la cause) ? Peu d'entre nous s'expriment par la peinture, alors que presque tous aujourd'hui faisons de la photo, notamment avec nos smartphones.

Pause Photo Prose présenté à Arles en 2013.Le jeu Pause Photo Prose présenté à Arles.

Pourquoi une telle différence ? Peut-être bien là justement... Pour beaucoup, "la photographie n'est pas un art", ou du moins pas vraiment, pas autant, "parce qu'il suffit d'appuyer sur un bouton" et qu'"après tout tout le monde peut le faire". Peut-être un élément de solution peut-il être apporté par notre système éducatif, qui tend encore à placer le dessin et la peinture avant la photographie dans l'apprentissage de la représentation figurative. Dans notre société où l'image et la photo sont partout, il serait sans doute intéressant d'apprendre aux enfants et aux lycéens à décrypter une image, voire simplement lire une photographie.

Comment certains clichés modifient-ils notre perception de l'actualité ? Comment faire passer un message à travers une photographie ? Les possibilités et les thématiques sont nombreuses, variées, et elles peuvent même être ludiques, à l'image du jeu L'atelier des photographes que nous vous présentions il y a maintenant 2 ans. En découvrant les rouages et les techniques photographiques, il est de plus possible de prendre du recul par rapport à ce qu'un cliché peut véhiculer, voire susciter, qu'il soit retouché ou non. On s'approprierait ainsi les éléments de ce langage visuel désormais indispensable pour comprendre notre monde.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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