À l'approche de la Journée de la femme (le 8 mars), il me semblait important de revenir sur sa place dans le monde de la photographie. Que ce soit devant ou derrière l'appareil photo, sa situation est hélas toujours sujette au débat et à la polémique.

Canon femme photo reporter 2017 Perpignan

Ce 8 mars, nous célébrerons la Journée internationale des droits des femmes. Je ne suis pas vraiment un grand adepte de ces journées “contre” ou “pour” qui parsèment notre calendrier comme s'il s'agissait de rythmer nos pensées quotidiennes. Certaines sont importantes pour fédérer une population autour d'un projet – je pense à la semaine de la lutte contre le cancer – ou se remémorer certaines dates clés de l'Histoire. La journée dite des femmes est, elle, à double tranchant. Je m'explique… Le combat commun pour l'indépendance et les libertés des femmes est capital, mais en désignant un jour unique sur les 365 que compte l'année, ne l'a-t-on pas placé au même niveau que la Journée du scoutisme (22 février) ou du moineau (20 mars) ?

En route vers l'union

La place de la femme dans l'univers de la photo et sa patente sous-représentation interrogent depuis longtemps et continue de le faire. Conscients de cet état des lieux, nous sommes ainsi revenus sur le travail de Marie Docher qui organisa en 2015 le débat Ni vues ni connues ? Comment les femmes font carrière (ou pas) en photographie afin d'établir un bilan plusieurs mois après cet événement. Au mois de juin 2017, Fisheye publiait un hors-série Femme photographes, une sous-exposition manifeste qui dressait encore un portrait édifiant et malheureux de la situation.

Si les mentalités semblent lentes à évoluer, les initiatives visant à mettre en valeur le travail des femmes photographes sont de plus en plus nombreuses, à l'image de la double exposition Qui a peur des femmes photographes ? au musée d'Orsay en 2015, l'exposition Les femmes vues par les femmes en 2017 à la boutique Guerlain, le prix Canon-AFP de la femme photoreporter, le festival Phemina, le festival international de photographie réservé aux femmes photographes professionnelles Pil'Ours, ou plus récemment le festival Les femmes s'exposent mis sur pied par Béatrice Tupin dans sa ville d'adoption de Houlgate.

Cette mise en lumière actuelle est à l'évidence une dénonciation salutaire de la sous-représentation féminine dans le monde de la photo, mais qui, à l'instar des Restos du cœur, ne devrait en aucun cas s'inscrire dans la durée. Au final, il ne faudrait pas obtenir l'effet inverse de celui recherché : ghettoïser les femmes dans des concours ou des revues qui ne parlent que de photographies faites par les femmes, pour les femmes. Ici, c'est le vivre ensemble à égalité qu'il faut prôner ! Idéalement, ces festivals réservés aux femmes photographes devraient donc, à mon sens, venir à disparaître dans les prochaines années, signe que femmes et hommes photographes travaillent, exposent et concourent de manière totalement égalitaire.

Les intouchables sont touchés

Un autre champ de la photographie doit lui aussi rapidement évoluer, celui de la relation entre le modèle et le photographe. L'article du Boston Globe publié le 17 février est à ce titre édifiant et terrifiant. Il met en cause plusieurs grands noms de la photographie de mode, dont Terry Richardson et le Français Patrick Demarchelier, dans des affaires de harcèlement sexuel. Suite au scandale concernant les agissements de Harvey Weinstein, les paroles auparavant tues se sont libérées dans le monde professionnel. Le milieu de la photographie, surtout celui de la mode, n'y échappe pas. Ces photographes starisés par le “système” acquièrent en effet un pouvoir et on tendance à en abuser. Du haut de leur statut, ils se permettent de toucher, s'estimant eux-mêmes intouchables. Impossible de fermer les yeux devant ces témoignages, notre devoir est de relayer ces informations afin que ces agissements cessent !

Voir aussi…

La vidéo de la conférence*Ni vues ni connues
L'article du Boston Globe
→ Le festival photo Les femmes s'exposent
[Dossiers] Être aujourd'hui femme photographe en France

Renaud Labracherie
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications