Il y a quelques jours, une actualité a fait parler d’elle sur Focus Numérique. Nous tentions, sur la base de quelques brevets déposés par Nikon, de dessiner le portrait-robot du prochain hybride de la marque. La sortie d’un nouvel hybride chez Nikon est désormais inévitable, elle est même confirmée officiellement par la marque qui indique “travailler” sur un boîtier sans miroir, probablement 24x36. En dehors de cette information, il n’y a que des suppositions. Certains nous ont reproché de faire du sensationnalisme à partir d’informations bien parcellaires.

Permettez-moi d’en rajouter une couche avec cet édito. Car oui, si les informations concernant ce boîtier sont parcellaires, elles ne tiennent pas que de la rumeur. Lorsque Nikon annonce travailler sur un nouveau concept, il est tout à fait normal de s’interroger sur celui-ci et d’essayer de recouper des informations pour tenter d’en esquisser les contours. En tant que passionnés de photo, l’arrivée d’un nouveau boîtier est toujours un événement important. À la rédaction, nous en parlons régulièrement et la moindre découverte ou élément nouveau vient alimenter nos échanges. Chacun défend une position en fonction du marché, de son rapport à la marque, mais également selon ses rêves.

Crédit photo Renaud Labracherie / Tetsurô Gotô en 2010 lors de notre première entrevue.

Si Nikon n’a pas officiellement mis un terme à l’aventure Nikon 1, son avenir paraît désormais de plus en plus sombre. Tel un phénix, le nouvel hybride naîtra probablement des cendres de la monture 1. On apprend tous de nos erreurs et il est certain que la marque nippone a redéfini son projet en tenant compte des remarques qui ont été émises. Par certains aspects, les Nikon 1 étaient en avance, notamment du côté de l’autofocus embarqué sur le capteur qui était le meilleur dans sa catégorie. La compacité également. À nos yeux, l'erreur est de ne pas avoir proposé rapidement un modèle expert capable de séduire un public déjà habitué à changer d'optiques en fonction de ses intentions photographiques.

Nikon a donc les coudées franches pour établir son nouveau standard et nous surprendre. Quoi de plus excitant !

Quelle stratégie pour les hybrides ?

Pour son centenaire, Nikon nous a gratifiés du plus beau des reflex, une synthèse presque parfaite du savoir-faire actuel de la marque, comme un apogée. Désormais, Nikon doit faire un choix important, essentiel, voire crucial : doit-il poursuivre dans la voie des reflex ou ouvrir un nouveau front avec un modèle hybride haut de gamme ? Nous l’avons vu avec le Sony A9, certaines fonctionnalités comme le déclenchement silencieux ou des cadences très élevées ne sont accessibles qu’avec le système hybride. La sacro-sainte hégémonie des reflex à visée optique chez les professionnels est ébranlée.

Le Sony A9 surclasse ses concurrents directs sur la gestion du bruit électronique.

Au-delà du simple choix du format de capteur (les deux sont possibles comme le propose la monture E), Nikon doit définir l’avenir de ses hybrides. Doivent-ils remplacer à terme les reflex professionnels ou se “contenter” du marché intermédiaire ? Dans tous les cas, cette nouvelle gamme sera un marqueur important pour la suite. De son côté, Canon ne semble pas vraiment pressé de voir ses reflex professionnels détrônés par ses propres hybrides. S’ils sont de plus en plus haut de gamme avec notamment le M5, ils ne viennent en aucun cas jouer le coude à coude avec un 5D Mark IV, et encore moins avec un 1D X Mark II.

Une histoire de temps ou de forme

De son côté, Sony met les bouchées doubles en annonçant régulièrement de nouveaux modèles et en développant au pas de marche sa gamme optique 24x36 (sans doute un peu au détriment de la gamme APS-C…). Un rythme soutenu qu’il sera peut-être difficile de maintenir. Canon et Nikon souhaitent-ils juste tenir, le temps que Sony se décourage ? L’histoire s’est déjà vue, notamment avec Samsung et son fabuleux NX1.

Du côté de Canon, certaines technologies comme le Dual Pixel AF semblent matures pour les hybrides à grand capteur, mais il faut bien avouer que du côté de Nikon, tout reste à prouver et le défi semble important. Sony, avec toute sa puissance, a mis plusieurs années avant de présenter un véritable compétiteur aux reflex professionnels. Gageons que le constructeur de reflex n'a pas attendu les bras croisés et a développé, dans le plus grand secret, quelques technologies intéressantes inspirées de ses concurrents.

Le Samsung NX1 dévoilé à la Photokina 2014. Crédit photo Renaud Labracherie.

En outre, il reste l’épineuse question de la gamme optique. Un nouvel hybride signifie à coup sûr une nouvelle monture, et donc de nouveaux objectifs. Là encore, il sera sans doute difficile aux marques de proposer rapidement une gamme d’optiques professionnelles. Cela demande du temps et l’arme utilisée contre Sony peut très bien se retourner contre eux. Comme le suggère Tetsurô Gotô dans son interview, la solution pourrait également venir du choix de la monture, Nikon pouvant, à l'instar du Pentax K-01, conserver le tirage optique, et donc l'ensemble de son parc optique ! On reviendrait donc à un choix de format d'appareil photo : compact chez Sony, avec plus d'embonpoint chez Nikon.

Ces débats sont passionnants et nous sommes sans doute en train de vivre une nouvelle et forte transition dans la photographie. Alors, partagez avec nous votre avis !

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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