Alors que le presse a de moins en moins de moyens pour publier des reportages photographiques, les murs de nos villes deviennent de nouveaux rendez-vous d’exposition.

"J'ai presque 2 000 collages dans les rues de Paris" s'amuse le photographe qui se cache derrière Back to the street. L'auteur n'en est donc pas à son coup d'essai et ses petites plaques se cramponnent également à Arles, Londres et même New York. Pour lui et comme pour d'autres photographes, les murs de nos villes sont devenus de nouveaux lieux d'exposition.

Démarcher des galeries, recruter un agent, soumettre ses séries ou ses reportages à des magazines est un travail de longue haleine et les réponses positives sont rares tant que le photographe ne s'est pas encore fait un nom. Pour se faire connaître ou tout simplement pour montrer leurs images — ce qui est l'essence même d'une photographie : être vue —, les photographes n'hésitent donc pas à investir nos voies urbaines. Pour dénoncer, interpeller ou tout simplement décorer, la rue est devenue un terrain d'exposition idéal. Le collectif #Dysturb l'a bien compris et procède régulièrement à des collages nocturnes pour présenter des reportages et alerter le public, les passants.

Le nom de l’association, Dysturb, c’est pour dire poliment qu'on veut déranger, titiller l’opinion publique.

#Dysturb

Mais attention, la pratique est interdite et tout colleur pris sur le fait par les forces de l'ordre est passible d'une amende de 95 €. Pourtant, la photo s'affiche partout dans notre environnement urbain et les expositions s'affichent très souvent "hors les murs" pour justement se retrouver sur des murs ! Et parfois même pour investir les façades de nos plus belles institutions comme les grilles du Sénat (parc du Luxembourg) ou les enceintes de certaines gares SNCF.

Des murs en briques aux murs numériques

L'infobésité est croissante et, dans le magma pictural quotidien, il est difficile pour un photoreporter de se faire voir réellement. Contrairement aux murs numériques de Facebook ou d'Instagram sur lesquels les clichés s'affichent, s'entassent pour finir par disparaître rapidement — parfois pour le plus grand soulagement des internautes —, les collages physiques, eux, restent et diffusent dans le temps. Ils imprègnent le regard des passants qui finissent tôt ou tard par vraiment regarder la photo.

Ironiquement, les murs numériques et physiques se renvoient l'information. L'affichage dans la rue interroge, surprend et attise la curiosité. Tels des limiers, les passants photographient les photographies, sont à l'affût d'autres images, recherchent les différents lieux de collage et... publient leurs trouvailles sur les réseaux sociaux, comme par un jeu d'écho numérique.

Collage photo dans la rue

Aujourd'hui, les grandes agences photo peinent à faire vivre les photographes. Elles laissent place à des collectifs, certes plus petits, mais plus efficaces dans leur communication, qui savent tirer parti des réseaux sociaux, sur Instagram et consorts mais aussi dans la rue.

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications