L'intelligence artificielle est partout en ce moment et entend naturellement s'immiscer dans notre monde de la photo et de la vidéo avec, en première ligne, les fabricants de smartphones. Nos appareils photo plus classiques sont-ils prêts pour ces nouveaux algorithmes ?

La semaine dernière a été marquée par la présentation, à Paris et en grande pompe, du P20 Pro de la marque chinoise Huawei. Pratiquement inconnue il y a encore quelques années, la firme s'est forgée une place aux côtés des grands noms de la téléphonie comme Samsung ou Apple avec un discours très fort autour de la photo, un partenariat conclu avec Leica et une bonne dose d'intelligence artificielle. Naturellement, le géant chinois n'est pas le seul à mettre en avant ces nouvelles technologies et on se souvient de la présentation du V30S ThinQ par LG ou encore le tout dernier Samsung S9/S9+ qui se targue aussi de l'intégration d'intelligence artificielle pour améliorer les photographies.

Toujours plus de données

L'analyse des images par des algorithmes afin de paramétrer une prise de vue n'est pas vraiment une nouveauté puisque certains constructeurs d'appareils photo historiques utilisent une banque de données de différents cas de figure pour déterminer l'exposition lorsque l'appareil utilise une mesure matricielle. Aujourd'hui, les cellules sont de plus en plus précises et permettent de détecter des couleurs et des formes afin de faciliter l'exposition et l'autofocus.

Une fois de plus, c'est l'acquisition de données qui est primordiale et les smartphones multiplient les modules photo afin d'emmagasiner le plus d'information possible. Courte focale, longue focale, capteur achromatique, gyroscopes… Toutes ces données sont captées et traitées pour déterminer les paramètres à appliquer à la prise de vue et lors de la “construction” de l'image.

Il n'est pas vraiment évident de déterminer ce qui est actuellement traité par des algorithmes classiques ou des réseaux neuronaux. En effet, nous l'avons vu dans l'article de Timothée Cognard, certains processus tels que la reconnaissance des visages ou la correction des yeux rouges sont déjà traités sans intelligence artificielle. À l'inverse, il est probable que des algorithmes de types neuronaux soient déjà utilisés depuis longtemps pour épauler les smartphones dans l'analyse des images et l'apport des corrections.

La véritable nouveauté, c'est l'intégration désormais de processeurs dédiés à ces algorithmes pour en accélérer les résultats. Ces NPU (pour Neural Processing Unit) permettent aujourd'hui d'analyser non pas une ou deux images par seconde, mais plusieurs dizaines dans le même laps de temps. Nourri, gavé de milliers, voire de millions d'images, le Honor View 10 est capable de déterminer automatiquement jusqu’à 13 types de scènes photographiques différentes et indique quand son “cerveau” sait ce que vous photographiez. 13 scènes, c'est finalement assez peu, mais il est probable que ce chiffre grimpe de manière exponentielle.

Ce qu'il ne sait pas encore…

S'il analyse les images, le smartphone ne connaît pas vraiment votre attention photographique. Ainsi, il est peu probable – à l'heure actuelle – que pour un portrait un smartphone vous propose de réaliser un low key. L'intelligence artificielle permet effectivement une automatisation sans précédent, mais laisse finalement peu de place à la créativité et à la singularité. En se basant sur des images standardisées, les clichés proposés par les intelligences “du moment” le seront également sans doute un peu trop.

Et nos appareils photo, dans l'histoire ? La folie de l'intelligence artificielle ne semble pas les avoir atteints pour l'instant. Mais une fois de plus, les constructeurs historiques de la photo doivent s'inspirer des recherches et fonctionnalités proposées par les smartphones. Les clichés retravaillés par les algorithmes ne doivent pas rester l'apanage des terminaux intelligents et il me semble bien légitime que les modes auto de nos appareils photo puissent également s'appuyer sur des analyses dites “intelligentes” des informations collectées. C'est d'ailleurs un autre point en faveur des modèles hybrides qui peuvent utiliser le capteur principal pour analyser les images, ce qui est impossible à réaliser pour un reflex.

Libre à vous donc d'utiliser ou pas cette “intelligence” pour réaliser vos images et vous aurez tout loisir de basculer dans des modes manuels pour réaliser un filé, faire une mesure spot sur une zone précise de l'image ou créer plus de bokeh en ouvrant votre optique au maximum. Vous garderez toujours votre œil et votre créativité, et c'est bien là l'essentiel. Quand je vois les beaux regards que vous posez sur le monde dans le VPNC du mois de mars, je suis rassuré !

Renaud Labracherie
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications