Nous louons les bienfaits du format RAW à longueur de journée et avons réclamé son arrivée sur nos smartphones à cor et à cri... Mais les fichiers DNG issus des terminaux mobiles octroient-ils autant de possibilités aux amateurs de retouche que ceux provenant d'appareils photo plus classiques ? Les applications disponibles sont-elles adaptées ? Voici une tentative de réponse, images à l'appui.

Genèse et état des lieux

Vous connaissez certainement les avantages des fichiers RAW pour les avoir lus, à maintes reprises, sur Focus Numérique : les RAW contiennent toutes les informations enregistrées par le capteur et offrent ainsi une grande marge de manœuvre aux photographes désireux de passer par la case retouche. En photographie numérique, un contrôle complet du processus de création passe donc par la capture et la retouche du négatif numérique qu'est le format RAW. Plutôt que du format RAW, on pourrait d'ailleurs parler des formats RAW, car les fichiers bruts issus des capteurs de nos appareils photo prennent de nombreuses formes. Les formats propriétaires (.NEF ou .NRW chez Nikon, .CR2 ou .CRW pour Canon, .ARW chez Sony, etc.) côtoient ainsi la tentative de standardisation d'Adobe qu'est le format DNG.

Sous Android, le support du format DNG fait son apparition sur quelques smartphones de la gamme Google Nexus par le biais d'Android 5.0 Lollipop et de l'API (Application Programming Interface ou Interface de Programmation) Camera2. La démocratisation des outils offerts par Camera2 a cependant pris du temps : dans les mois qui ont suivi, rares étaient les smartphones à proposer la capture de fichiers RAW, et encore plus rares étaient les applications aptes à en assurer la retouche. Si LG et HTC ont montré la voie à suivre dès 2015, le véritable tournant s'est produit en 2016, année durant laquelle la majorité des smartphones haut de gamme commercialisés ont intégré de profondes évolutions de l'interface de prise de vue, ainsi que la possibilité de capturer des fichiers au format DNG.

En accord avec la volonté d'Apple de concentrer l'effort de guerre sur des outils simples et accessibles à tous, le support du format RAW par les iPhone a quant à lui un peu plus tardé. Il aura en effet fallu attendre la fin d'année 2016 et la sortie d'iOS 10 pour que les utilisateurs de terminaux à la pomme voient poindre l'espoir de bénéficier d'une plus grande latitude de retouche de leurs photographies. Précisons cependant que l'application de prise de vue proposée de façon native par Apple n'autorise ni réglages manuels ni capture d'images au format DNG. Pour cela, il faut donc obligatoirement passer par une autre application.

Précisons aussi que la retouche de fichiers RAW — sous Android comme sous iOS — passe presque obligatoirement par l'installation d'une application spécialisée. Parmi les smartphones testés au cours des derniers mois, seuls le Samsung Galaxy S8 et le Huawei P10 disposent d'une gestion native du format RAW, de la prise de vue à la retouche.

Qualité d'image et retouche

Le module photo d'un smartphone comportant un capteur de très petite taille et des composants optiques ne pouvant être comparés aux objectifs de nos appareils photo, il convient de ne pas fonder trop d'espoirs dans la qualité intrinsèque des images obtenues. Vignetage, aberrations chromatiques, dérives colorimétriques, bruit numérique, manque flagrant de piqué... Certains fichiers bruts issus des terminaux mobiles comportent à peu près tous les défauts qui vous dissuaderaient d'acheter un appareil photo. Le traitement logiciel des images, mis au point par le constructeur, se révèle donc bien souvent très important, et parfois même salvateur.

Issues de nos tests de smartphones, quelques images ci-dessous témoignent de la différence de rendu entre des fichiers JPEG provenant directement des terminaux en question et leurs équivalents au format RAW interprétés par le logiciel Adobe Lightroom.

Huawei P10 (DNG)Huawei P10 (JPEG)
Samsung Galaxy S8 (DNG)Samsung Galaxy S8 (JPEG)
HTC U11 (DNG)HTC U11 (JPEG)

Un élément peu connu plaide de plus en défaveur des fichiers bruts des différents smartphones que nous avons testés : ils sont codés sur 10 bits, ce qui limite quelque peu le potentiel de retouche par rapport aux fichiers RAW de nos appareils photo qui, eux, sont codés sur 12 ou 14 bits (voire 16 bits pour les boîtiers moyen format). À titre de rappel, les fichiers JPEG sont pour leur part codés sur 8 bits. Rappelons également que le processus de création d'image sur smartphone se prête assez peu à des retouches précises et poussées.

Pour conclure

S'il est donc relativement compliqué, dans la plupart des cas, d'égaler la qualité d'image obtenue à l'aide du traitement logiciel mis au point par les constructeurs de terminaux mobiles, il est néanmoins possible d'envisager l'usage de fichiers RAW si vous souhaitez garder la main sur l'ensemble du processus créatif. Les avantages de ce format brut sont alors à nuancer ; il vous sera certainement compliqué de rattraper une mauvaise exposition ou de retrouver des détails dans les hautes et basses lumières sans détérioration de l'image, mais de légères corrections, telles que le paramétrage d'une meilleure balance des blancs, peuvent bel et bien être effectuées.

Pour plus de possibilités en postproduction, espérons voir à l'avenir des smartphones dont les modules photo disposent d'une qualité optique supérieure, et dont les fichiers RAW ne se limitent plus à un codage sur 10 bits.

Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications 

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