Pour parler des Rencontres de la photographie d'Arles 2017 avec Sam Stourdzé, il faut savoir parfois prendre de la hauteur. Le rendez-vous est pris au 22e étage de la Maison de la Radio avec une vue magnifique et panoramique sur la capitale. Un lieu superbe pour en évoquer un autre qui l'est tout autant : Arles. On entendrait presque les cigales.

Installation ArlesCrédit photo : Marin Dacos.

Que représentait Arles pour vous avant d'en prendre la tête il y a 3 ans ?

Sam Stourdzé – Je suis un professionnel de la photo depuis maintenant quelques années, car, vous le savez peut-être, j'ai été directeur du musée de l'Élysée à Lausanne et auparavant commissaire d'exposition indépendant. Les Rencontres d'Arles étaient pour moi un formidable outil de découverte et la possibilité de tisser un réseau plus facilement. J'avais coutume de dire qu'aller à Arles me permettait d'économiser plus de 15 voyages, car tout le petit monde de la photo se déplace à Arles : c'est une formidable concentration de personnes dans le milieu de la photo ! Avant cela, quand j'étais "juste" un passionné de la photo, Arles était pour moi comme un Graal. Longtemps, j'ai suivi Arles par le biais de la presse sans toutefois pouvoir m'y rendre ; dès que j'ai pu, je m'y suis naturellement précipité — c'était en 1993 ou 94, je crois.

Vous vous rappelez une exposition en particulier ?

Sam Stourdzé – Sur la vingtaine d'années que j'y ai passées en tant que visiteur, j'aimais beaucoup la possibilité d'avoir un état des lieux de la photographie en un seul site. C'est surtout la possibilité de faire des rencontres et le festival porte bien son nom d'ailleurs pour ça. La première fois que je suis venu, je me souviens m'être assis à une table pour écouter un photographe et boire un pastis ; ce photographe, c'était Helmut Newton. C'était ma première visite, j'étais fasciné, je n'ai pas osé intervenir, mais je n'ai rien manqué de la discussion. On vit parfois des moments magiques à Arles. Bien sûr, les choses évoluent et les Rencontres ne sont plus les mêmes depuis 48 ans. Mais aujourd'hui encore, un jeune passionné de photo peut toujours rencontrer un grand photographe et échanger simplement avec lui à Arles.

Encore aujourd'hui, un jeune passionné de photo peut toujours rencontrer un grand photographe et échanger simplement avec lui à Arles.

Sam Stourdzé

Comment organise-t-on la programmation d'Arles ? Comment fait-on — et j'adresse ici un clin d'œil au festival VR — pour avoir une vision panoramique de la photo à un instant donné ? Je suppose que des dossiers de candidature arrivent régulièrement, mais avez-vous également des informateurs dans le monde entier qui font remonter des tendances ?

Sam Stourdzé – Vous voulez connaître le secret des Rencontres (rire) ? C'est effectivement une recette, c'est même une alchimie. C'est vrai que nous recevons beaucoup d'éléments, de dossiers, nous sommes en contact avec beaucoup de personnalités dans différents pays qui nous font remonter des projets. Ils sont comme des rabatteurs, des éclaireurs en qui nous avons confiance. Et puis nous avons nos envies : des personnes, des artistes, des commissaires d'exposition avec qui nous souhaitons travailler... L'idée, c'est d'avoir un maximum d'antennes pour capter l'humeur du temps. Après vient l'heure du choix. C'est un temps difficile, c'est le temps de l'éditorialisation. Nous n'avons plus de thématique globale, mais des séquences : 4 ou 5 expositions qui se répondent.

Portrait en couleur de Sam Stourdzé, directeur des Rencontres d’Arles, par Stéphane LavouéCrédit photo : Stéphane Lavoué

Oui, ces séquences permettent effectivement d'offrir une belle diversité aux visiteurs...

Sam Stourdzé – Oui et notre public est la quadrature du cercle, car la première semaine, Arles accueille les professionnels les plus pointus, puis, tout au long de l'été, nous avons un public diversifié, qui va du connaisseur qui va enchaîner les expositions au vacancier qui ne verra qu’Arles. C'est un vrai questionnement permanent pour construire une programmation qui s'adresse aussi bien à l'expert qu'au néophyte. Il faut offrir des niveaux de lecture différents. Je pense notamment à notre exposition sur les pochettes de disques. L'expert pouvait s'intéresser à l'objet en tant que tel, et le grand public, y retrouver des moments de son histoire.

C'était effectivement un grand moment du festival. Le mélange des arts comme la musique ou le cinéma est un point de vue très intéressant. Cette année, vous approchez la peinture ?

Sam Stourdzé – Oui, avec Jean Dubuffet, que l'on n’attend pas du tout. C'est une exposition compliquée et exigeante, mais qui montre comment un artiste majeur du 20e siècle, qui n'est pas photographe, a utilisé pour son processus créatif la photographie. On est bien dans un décroisement. Notre travail est de faire le trait d'union entre les artistes et le public. Nous sommes d'un côté au plus proche des artistes : nous sommes une véritable caisse résonnance des pratiques artistiques et nous essayons d'être au plus près de ce qu'est la photographie chaque année, dans ses évolutions artistiques et techniques — c'est bien pour cela que nous soutenons la VR. Et en avant, nous souhaitons être au plus proche du public. Il faut pouvoir restituer et partager avec le plus grand nombre les œuvres des artistes.

Une exposition aux rencontres d'Arles 2016, photographie documentaire en couleur par Paul NicouéRencontres d'Arles 2016 – Crédit photo : Paul Nicoué.

Notre travail est de faire le trait d'union entre les artistes et le public.

Sam Stourdzé

Il y a déjà beaucoup d'expositions à Arles et depuis quelques années, le festival investit d'autres villes du sud de la France. Pourquoi une telle volonté d'expansion ?

Sam Stourdzé – Le festival, c'est avant tout un esprit et pas un site, même si le site est très important. Nous avons régulièrement ouvert de nouveaux lieux à Arles et nous en défrichons encore. Il y a 15 ans, les ateliers SNCF prenaient une autre vie avec le festival. Désormais, ils appartiennent à quelqu'un d'autre et nous sommes donc repartis pour ouvrir d'autres espaces d'exposition. Nous nous sommes aperçus que notre public passe un peu plus de 3 jours à Arles et nous savons que d'autres villes assez proches, comme Nîmes, Aix-en-Provence ou Marseille, proposent déjà de la photographe. C'est donc une force de pouvoir offrir au public une continuité dans le sud de la France. Et vous savez, nous avons également une déclinaison en Chine du festival : le Jimei Arles avec le plus grand musée de la photographie à Pékin. Nous sommes en permanence en alerte et il se pourrait que prochainement, nous annoncions d'autres choses et d'autres destinations. Arles, c'est notre camp de base et plus l'esprit d’Arles pourra se diffuser, plus nous serons heureux.

Plus l'esprit d’Arles pourra se diffuser, plus nous serons heureux.

Sam Stourdzé

Françoise Nyssen faisait partie du conseil d'administration du festival d'Arles et est désormais ministre de la Culture. C'est un bon signe pour la photo en France ?

Sam Stourdzé – C'est une Arlésienne connue et on se réjouit de sa nomination, bien sûr. C'est faire appel à une personnalité de la société civile qui est une fine connaisseuse des différents dossiers. Elle devra néanmoins privilégier l'intérêt national. Le ministère a toutefois fait de la photographie un axe important et j'espère qu'elle prolongera cette politique.

La question piège pour terminer : même si les expositions n’en sont pas encore toutes montées, avez-vous un coup de cœur cette année ?

Sam Stourdzé – (rire). Je ne sais pas, je ne veux pas, je ne peux pas répondre à cette question  ! Notre plus grande satisfaction, c'est quand le public épuisé s'installe à la terrasse d'un café, repense aux expositions et commence à tricoter des liens entre les différentes découvertes. Dans un musée, il faut définir des expositions les unes après les autres ; avec un festival, il faut penser les expositions les unes à côté des autres. L'enjeu est justement que celles-ci ne restent pas isolées ! Je ne peux donc pas en privilégier une. Mais c'est bien tenté !

Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

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