Si vous suivez un peu l’actualité photo, vous savez déjà que l’argentique n’est pas mort. Cette technologie de prise de vue connaît même un renouveau, s’adapte, mue et trouve un nouveau public comme peuvent en témoigner le succès des formats instantanés, celui d’entreprises telles que Lomography, et la création d’associations et de magasins dédiés à cette pratique.

Souvent associée à la volonté d’expérimenter une démarche photographique différente, la prise de vue argentique implique de prendre son temps, de réfléchir, d’essayer, de se tromper, d’être surpris, de (re)créer un certain rapport avec l’objet et de devenir (un peu) magicien.

Lorsque vous franchissez le pas et que vous prenez la décision de rejoindre le “côté obscur”, vous faites soudain face à plus de 150 ans d’histoire, de techniques et de matériels. Ne paniquez pas ! Inspirez, soufflez et lisez ce petit guide basé sur ma propre expérience de jeune padawan qui vous proposera des pistes pour vous aider à choisir votre premier appareil. Ah, et n’oubliez pas d’inspirer à nouveau…

Un choix qui va être guidé par le film…

Le film, c’est le consommable, et sans film pas de photo. C’est donc l’élément principal et nécessaire de votre future pratique, et c’est sa disponibilité qui va déterminer le type d’appareil que vous pouvez acquérir. En ce qui concerne les appareils de taille raisonnable (c’est-à-dire qui peuvent se ranger dans un sac à dos par exemple, pas dans un break), il ne reste plus que deux types de films aisément trouvables aujourd’hui.

Le film 135, ou 35 mm pour appareils plein format

Le film le plus connu est celui qui permet de faire des prises de vue correspondant au “plein format” actuel, c’est-à-dire de taille 24x36 mm. Il se présente sous la forme d’une petite cartouche métallique qui contient un rouleau pouvant accueillir 24 ou 36 poses.

Le film 120 pour appareils moyen format

Film peut-être moins connu du grand public, mais qui va très vite vous plaire. La taille des photos sera, selon l’appareil, de 4,5 x 6 cm, 6 x 6 cm (c’est carré, n’en déplaise à Instagram…), 6 x 7 cm et parfois même 6 x 9 cm. Au passage, vous avez bien lu : ce sont des centimètres et cela dépasse très largement la taille des capteurs numériques grand public actuels… Le film se présente sous la forme d’une bobine dont l’émulsion est protégée par un papier opaque. Le nombre de vues dépend du format que l’appareil photo propose (de 8 poses pour le 6x9 à 16 poses pour le 4,5x6).

Un film 135Un film 135
Un film 120Un film 120

Ces films sont dénichables en noir et blanc et en couleur. Je conseille fortement le noir et blanc pour commencer : il est d’une part très facile de le développer chez soi, contrairement à la couleur – et je vous encourage à le faire – ; d’autre part, vous obtiendrez un rendu très spécifique et organique difficilement simulable numériquement. Vous aurez de plus accès au “vrai” noir et blanc, l’authentique, puisque la surface sensible est monochrome contrairement aux capteurs numériques actuels (ne me parlez pas du Leica M Monochrom, car je suis en bisbille avec ma banque).

Je vous conseille ainsi la Kodak TriX 400, l’Ilford HP5 ou équivalent chez Fomapan. Pour la couleur, les Kodak Gold, les Fuji Superia et même les pellicules Lomo donnent d’excellents rendus pour pas très cher. J’ai aussi un petit faible pour la Kodak Portra 400, mais je vous laisse la découvrir.

De gauche à droite : 6 x 9 cm, 6 x 6 cm, 24 x 36 mm.

…et par un siècle d’inventions et d’évolutions technologiques

Ces formats sont utilisés depuis le tout début du XXe siècle et la liste des technologies qui sont apparues au cours de leur existence est longue. Que ce soit en matière de mise au point, de mesure de la lumière ou d’armement, il va falloir choisir votre appareil en fonction du raffinement technologique que vous souhaitez avoir, et ce n’est pas une mince affaire. Afin de rester pragmatique, je vous propose une petite liste non exhaustive et un peu arbitraire des principales familles d’appareils vintage. On va généralement pouvoir les trouver sur le marché de l’occasion sous la barre des 80 €.

Les “rudimentaires” sans dispositif d’aide à la mise au point

Un appareil photo, qu’est-ce que c’est ? Un compartiment obscur, une surface sensible, un dispositif de focalisation et un obturateur. Pourquoi faire compliqué ? Beaucoup de vieux appareils n'en proposent pas plus, que ce soient les appareils à soufflet en format 120 qui permettent de faire des photos en format 6x9 ou des appareils simples grand public qui acceptent des films 35 mm.

Agfa Billy Record IIAgfa Billy Record II.

La mise au point s’effectue au jugé grâce aux indications de distance gravées sur l’objectif. Les réglages sont souvent assez sommaires et l’utilisation d’un posemètre (appareil mesurant la lumière d’une scène et indiquant les réglages photographiques adéquats) s'avérera nécessaire au début.
Je vous conseille à ce propos de jeter un œil (voire deux si affinité) aux applications pour smartphone qui dépannent très bien (en tapant le mot-clé “lightmeter”), ou alors d’imprimer ceci.

Exemples d’appareils abordables : Agfa Billy Record, Kodak Retinette, etc.

Les télémétriques

Derrière ce nom barbare se cache une technologie d’aide à la mise au point qui a connu son heure de gloire au milieu du siècle dernier et dont les Leica et Contax ont été les pionniers. Le principe est simple et est basé sur la triangulation : l’appareil comporte deux fenêtres de visée qui font apparaître deux images dans le viseur ; lorsque les deux images sont superposées, la mise au point est effectuée. Facile, non ?

Ricoh 500GXRicoh 500GX.

Si on laisse de côté les marques allemandes qui sont assez chères sur le marché de l’occasion (mais qui sont de vrais bijoux), il peut être facile de trouver un petit télémétrique japonais, les plus connus étant le Yashica Electro 35 et le Canonet QL17. De mon côté, je recommande aussi le Ricoh 500GX, très compact, polyvalent, et qui octroie une fonction multi-exposition.

Exemples d’appareils abordables : Ricoh 500GX, Olympus 35RC, Canonet QL, Zorki 4, Yashica Electro 35, etc.

Mise au point télémétrique Olympus 35DC : la rose est au point sur l’image de droiteMise au point télémétrique Olympus 35DC : la rose est au point sur l’image de droite
Telemetrique_MAP_NOK_910px

Les reflex mono-objectifs

Le fameux reflex, à savoir l’appareil dont l’objectif sert à la fois à la visée et à la prise de vue par l’intermédiaire d’un miroir. Ce sont généralement des appareils relativement récents et qui comportent déjà quelques systèmes d’aide à la mise au point et à la mesure de la lumière.

Praktica MTL5BPraktica MTL5B.

Ils intégreront ainsi des stigmomètres et des posemètres rudimentaires pour les plus vieux, ou bien des outils qui n’ont rien à envier à nos reflex actuels, voire qui n’existent plus tels que l’Eye Tracking des Canon EOS 30 – la mise au point s’effectuait à l’endroit où regardait l’œil, plutôt badass non ?
Comme ils sont à objectifs interchangeables, il faudra jeter un regard à la monture qui peut parfois s’adapter sur nos reflex actuels via une bague (Canon, hybrides) ou directement (Pentax, Nikon…). De quoi s’amuser deux fois plus.

Exemples d’appareils abordables : Praktica MTL5B, Canon AE1, Zenit EM, Canon EOS 30/33, etc.

Utilisation du stigmomètre : les branches sont au point sur l’image de droiteUtilisation du stigmomètre : les branches sont au point sur l’image de droite
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Le cas un peu à part des appareils bi-objectifs

Pourquoi deux objectifs ? Facile ! Un pour viser, un pour focaliser l’image sur le film. Majoritairement en format 120, ces appareils sont assez encombrants et parfois lourds, mais ils permettent une pratique photographique tout à fait différente et ont un rendu qui leur est propre. Tel un Vivian Maier en herbe, vous accédez ainsi au format carré, à la visée inversée par le dessus et à la légère contre-plongée qui en résulte, aux sourires (ou pas) des passants étonnés, et j’en passe…

Lubitel 166 UniversalLubitel 166 Universal.

Encore une fois, vous pouvez vous pencher vers les bijoux d’horlogerie que sont les Rolleiflex, les Mamiya et autres qui ont une cote assez élevée. Mais si comme moi vous aimez le rustique, pour moins de 80 € je vous conseille en occasion le bon vieux Lubitel soviétique, le Semflex français ou le Flexaret VI. Si vous pouvez mettre un tout petit peu plus, le Yashica Mat 124 G est une référence et offre un posemètre intégré.

Exemples d’appareils abordables : Lubitel 166, Lubitel 2, Meopta Flexaret VI, Yashica Mat 124, etc.

La chasse au trésor peut commencer !

Une fois le type d’appareil défini, vous pouvez commencer à chercher votre “précieux”.

Internet est votre meilleur allié et vous pouvez fouiller aussi bien les sites d’annonces que ceux d’enchères. On y trouve de tout, de l’appareil qui a passé 30 ans à moisir dans un grenier, à l’appareil à l'état neuf avec tous les accessoires fournis, en passant par des personnes qui se débarrassent de caisses entières de matériels et qui ne savent pas vraiment ce qu’ils vendent.

Cependant, pour débuter, j'aurais davantage tendance à recommander les forums spécialisés dans lesquels les appareils sont souvent testés et les conseils généreusement donnés. Cela demandera peut-être un plus gros investissement financier, mais l’appareil aura a priori été testé et sera fin prêt à l’emploi.

De la même façon, n’hésitez pas à aller chez des professionnels. Beaucoup de magasins photo proposent des occasions, notamment sur le boulevard Beaumarchais pour les Parisiens. Vous pourrez également trouver des occasions au sein d’associations et de clubs. Encore une fois, rien ne remplace les conversations avec des passionnés, et il est tout de même plus agréable de pouvoir échanger en direct avec le précédent propriétaire.

Dans un autre registre, vous pouvez la jouer à l’ancienne et chiner sur les brocantes. Trouver la perle rare n’est pas facile et les appareils sont souvent en mauvais état… Mais on n’est jamais à l’abri d’une trouvaille (c’est ainsi que j’ai acquis mon premier Praktica MTL5B, souvenirs...). Enfin, il existe des foires spécialisées telles que la célèbre Foire internationale de la photo à Bièvres.

Foire de Bièvre.

Avant d’acheter, il y a toujours quelques détails à vérifier, mais nous y reviendrons dans un prochain article. En attendant, j’espère que ces conseils basés sur ma propre expérience vous auront aidé à y voir plus clair et à vous lancer dans le bain.

Bienvenue dans le côté obscur !

Julien Maillard
Julien Maillard

Ingénieur​ avec de vrais morceaux de photographe dedans. Expert des 0 et des 1, apprenti sorcier de l'argentique, préfère se poser la question "pourquoi ?" plutôt que "comment?". Confond parfois classe et coquetterie. Ses publications