Malgré un positionnement intermédiaire entre les M5/M6 et le M100, l'EOS M50 pourrait enfin marquer l'essor – avec une volonté réelle – de Canon sur le segment des hybrides. Il était temps !

Canon EOS M50

Si vous êtes lecteur régulier de Focus Numérique, vous avez sans doute noté que nous n'avons jamais bien compris la position de Canon vis-à-vis des appareils hybrides. On se souvient du lancement en catimini du premier EOS M en plein mois de juillet 2012 sans la moindre conférence de presse ou le plus petit événement médiatique pour mettre en avant cette première incursion en territoire hostile. Si Canon souhaitait passer inaperçu, c'était réussi.

De notre point de vue, le développement de la gamme EOS M chez Canon s'est déroulé en freinant des quatre fers, comme pour laisser encore du temps aux reflex, notamment en milieu de gamme. Résultat, sans être inintéressants les boîtiers ne nous ont jamais vraiment convaincus avec des fonctionnalités trop classiques, un positionnement trop souvent “débutant” et un parc d'optiques indigent. Certes, il est possible d'utiliser des optiques EF/EF-S via un adaptateur, tout en perdant l'un des principaux bénéfices : la compacité. Plus ambitieuse, la série M5/M6 a été positionnée beaucoup trop haut niveau prix (l'EOS M5 est vendu actuellement à plus de 1 100 € avec le 15-45 mm) face à une concurrence bien plus agressive sur le plan tarifaire, tuant ainsi toute possibilité aux boîtiers de s'imposer. Pourtant, avec la technologie Dual Pixel AF, nous savons que Canon dispose des technologies pour développer des boîtiers experts capables de rivaliser avec les ténors du segment.

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Il n'y a actuellement aucune offre.

Moins de 700 €

Pour une fois, nous allons débuter la présentation du nouvel hybride Canon par ce qui pourrait être l'élément le plus important : le prix. En effet, l'EOS M50 sera disponible à partir du mois de mars en blanc ou noir au tarif conseillé de 699 € avec l'optique classique de kit 15-45 mm f/3,5-5,6 IS STM et une fiche technique qui a finalement de nombreuses similitudes avec celle de l'EOS M5.

Quelques nouveautés dans le classicisme de Canon

L'EOS M50 ne vient pas bouleverser la donne du côté des spécifications techniques, mais avec son positionnement au centre de la gamme hybride, il faut bien avouer que le petit dernier est plutôt musclé et vient damer le pion à l'EOS M5 sur certains aspects, à commencer par le processeur de traitement des données.

DIGIC de 8e génération

Le nouveau boîtier est équipé de la dernière génération de processeur DIGIC, soit la huitième. Cela permet à l'EOS M50 d'intégrer les derniers raffinements technologiques de Canon concernant le traitement des images. Vous disposerez ainsi de toutes les corrections automatiques des défauts des optiques comme la diffraction, les déformations géométriques et les aberrations chromatiques. Les ingénieurs de Canon auraient également amélioré l'optimiseur d'exposition automatique afin d'éviter les phénomènes de surexposition en prenant en compte, notamment, la présence d'un visage dans le cadre. Pour le portrait, les algorithmes seraient à même de détecter les zones de brillance (front, nez, menton…) et d'en limiter l'apparition (ne fonctionne que sur une personne à la fois sur un cliché). Toujours dans le même esprit et pour conserver le maximum d'informations dans les hautes lumières, l'EOS M50 dispose – et c'est une première – d'un nouveau mode “priorité hautes lumières” baptisé D+2.

Canon EOS M50 capteur

Plus rapide, le nouveau processeur autorise des rafales à 10 i/s sans suivi autofocus et 7,4 i/s en mode Ai Servo (suivi autofocus). La mémoire tampon est toutefois assez limitée puisqu'en mode AF-S, vous n'enregistrerez que 10 images RAW (soit une seconde) ou 33 photos JPEG. En mode AF-C, le tampon atteint 47 images JPEG et sans doute 10 RAW, mais l'information n'est pas précisée.

Nouveau module Dual Pixel AF

Concernant le capteur, Canon a reconduit le modèle APS-C à 24 Mpx Dual Pixel, mais a amélioré le système autofocus à corrélation de phase avec de nouveaux algorithmes. Ainsi, il est désormais possible de travailler avec une zone AF plus large pour sélectionner plus rapidement les sujets. En outre, l'autofocus est plus sensible et la plage de travail est de -2 à +18 IL.

Les ingénieurs auraient également amélioré la reconnaissance des yeux, a priori plus rapide. Surtout, il est désormais possible de passer d'un œil à un autre par simple déplacement du doigt sur l'écran arrière. Enfin, la couverture AF est plus importante. Elle passe de 80 à 88 % en horizontal et de 80 à 100 % en vertical.

Vidéo UHD, mais sans Dual Pixel AF

Nous l'attendions depuis un bon moment, mais voilà que l'enregistrement vidéo au format UHD (3 840 x 2 160 px) est enfin disponible dans un boîtier grand public. Même si le format est très peu utilisé, il est important que Canon le propose dans ses boîtiers, car la concurrence, elle, n'a pas attendu.

Canon EOS M50 avec flash ouvert

L'enregistrement UHD utilise uniquement les pixels nécessaires et prend en compte toute la surface du capteur. Il faut donc ajouter un recadrage équivalent à 1,56x. Adieu, les optiques grands-angles, mais la qualité devrait être au rendez-vous sans rééchantillonnage des données pour produire le flux vidéo. Autre contrainte, l'autofocus Dual Pixel AF, qui permet une mise au point souple, rapide et sans effet de pompage, n'est pas fonctionnel… Il faudra se contenter d'une mise au point par détection de contraste avec tous les aléas qui vont avec (pompage, lenteur…). Enfin, le format utilisé est le MP4 avec une compression AVC/H.264, et les cadences proposées en NTSC/PAL sont uniquement 23,98/25p. Si le format UHD est bien présent, il n'arrive pas avec tout son potentiel. Heureusement, l'EOS M50 propose la stabilisation 5 axes en vidéo. Celle-ci est optimisée quand le boîtier est utilisé avec une optique stabilisée, les données des gyroscopes étant utilisées pour mieux appréhender les mouvements. Attention, la stabilisation électronique opère un nouveau recadrage 1,75x en stabilisation "classique" et 2,2x en stabilisation avancée. Nous sommes curieux de voir si la stabilisation fonctionne en UHD. A tester donc.

Canon EOS M50 vue de dos

Le mode HDTV 1080 est un peu plus souple et enregistre en 1 920 x 1 080 à 59,94/50/29,97/25/23.976p. Classique, donc. En HDTV 720, la cadence monte à 120 i/s pour réaliser des ralentis fluides, mais nous aurions aimé jouir de cette cadence en HDTV 1080. Pour compléter la fonctionnalité vidéo, l'EOS M50 dispose d'une entrée audio stéréo au format mini-jack 3,5 mm, mais pas de sortie casque, pourtant essentielle pour s'assurer de la qualité de l'enregistrement sonore. Un choix que nous ne comprenons pas.

Nouveau format RAW .CR3

Eh oui, l'EOS M50 signe la fin du format RAW .CR2 chez Canon en introduisant le .CR3 qui enregistre les données sur 14 bits. Le potentiel du nouveau format n'est pas encore très clair – nous essayerons de glaner des informations supplémentaires au CP+ 2018 lors de nos rencontres avec les ingénieurs –, mais Canon indique avoir développé ce nouveau format pour être compatible avec les avancées des technologies de la photographie et pour que les prochains appareils puissent proposer de nouvelles caractéristiques et fonctions qui vont être développées et n’auraient pas été possibles avec le CR2. On pense notamment à toutes les possibilités qu'offrent les capteurs Dual Pixel avec un système HDR, par exemple. Un nouveau fichier C-RAW remplacera les M-RAW et les S-RAW. À pleine résolution, il sera jusqu'à 40 % plus petit à 100 ISO, 30 % plus petit à 51 200 IS0.

Si le logiciel maison DPP (Digital Photo Professional) prendra en charge immédiatement ce nouveau format, il faudra attendre la mise à jour des éditeurs tiers pour travailler les fichiers bruts de l'EOS M50.

Ergonomie

L'EOS M50 accueille un écran LCD monté sur rotule, une première bien appréciable pour la gamme EOS M. La dalle affiche 1 040 000 points pour une diagonale de 7,5 cm. L'écran peut être utilisé comme trackpad géant quand le viseur électronique est enclenché afin de déplacer le point AF rapidement au doigt. Côté viseur, c'est la dalle OLED de 0,39” qui est reconduite avec ses 2 360 000 points et une cadence de rafraîchissement de 120 i/s.

Canon EOS M50 écran ouvert

Connexions et transfert automatique des images

Le nouvel hybride dispose d'un lot de connecteurs, là encore assez classiques comme le micro-USB (qui pourra recharger la batterie), une sortie HDMI Type-D (compatible HDR) et des puces Wi-Fi, Bluetooth 4.1 et NFC. Point de port USB-C pour un transfert plus rapide. Petite nouveauté, il sera possible de commencer un transfert automatique des images vers un smartphone ou une tablette via la connexion Wi-Fi, la liaison Bluetooth permettant uniquement (apparemment) de conserver la connexion active pour un transfert par Wi-Fi plus rapide. Nous regrettons toutefois que Canon n'ait pas choisi de transférer les données directement par la connexion Bluetooth, beaucoup moins gourmande en énergie.

Canon EOS M50 vue de dessus

Toujours au chapitre des connexions, l'EOS M50 sera le premier hybride Canon à fonctionner avec le logiciel maison EOS Utility pour travailler en mode connecté depuis un ordinateur. Une fonctionnalité qui permet au nouvel hybride de travailler pour des séances de packshot en studio.

Le boîtier proposera aussi une assistance au filé en réglant automatiquement le temps de pose et l'axe de stabilisation de l'optique en fonction des mouvements de l'appareil.

Notre premier avis

Canon EOS M50 blanc et noir

L'EOS M50 est clairement une nouvelle étape dans la stratégie de Canon sur le segment des hybrides avec un boîtier assez bien construit et un tarif abordable. Il semble pourtant que Canon soit encore un peu timide, notamment sur la partie vidéo avec un format UHD encore trop balbutiant, une autonomie de batterie beaucoup trop courte (235 vues selon la norme CIPA), une seule molette de réglage… Tout va dans le bon sens, donc. Nous vous donnons rendez-vous pour le test complet.

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Renaud Labracherie
Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications