Alors qu'un soleil de plomb s'apprête de nouveau à inonder la cité arlésienne, l'équipe de Focus Numérique se prépare à entamer son troisième jour de marche forcée afin d'explorer les Rencontres de la Photographie en long, en large et en travers. Au programme de cette journée, l'inévitable et centrale exposition consacrée à Joel Meyerowitz, la photographie colombienne à travers le prisme de 28 artistes, Un monde qui se noie en gare d'Arles, une visite dans le studio investi par Hasselblad le temps du festival et un bref retour au parc des Ateliers pour découvrir un projet photo sur l'utopie pavillonnaire des années 1970.

Joel Meyerowitz – Early Works (6)

C'est dans la salle Henri-Comte, en plein cœur de la ville, que prend place l'exposition consacrée au grand maître de la photo de rue — oustreet photography — qu'est Joel Meyerowitz. Baptisée Early Works, celle-ci s'attarde sur une période charnière dans l'œuvre du photographe : celle de son basculement, à partir des années 1960, d'une esthétique noir et blanc (qui constituait alors la norme artistique) à un travail faisant la part belle à la couleur.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Joel Meyerowitz - Early Works. Photo La rédactionJoel Meyerowitz – Early Works / Arles 2017.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Joel Meyerowitz - Early Works. Photo La rédactionJoel Meyerowitz – Early Works / Arles 2017.

De New York à Paris, en passant par la cité balnéaire de Provincetown, Meyerowitz étale sa maîtrise de la mise en forme des hasards qui peuplent les rues. Sans surprise, il est donc difficile de ne pas tomber sous le charme des images produites par ce photographe connu et reconnu. Nous regrettons cependant le choix d'un lieu d'accrochage central mais quelque peu quelconque, ainsi que le manque de parti pris d'une exposition prenant la forme d'une rétrospective.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Joel Meyerowitz - Early Works. Photo La rédactionJoel Meyerowitz – Early Works / Arles 2017.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Joel Meyerowitz - Early Works. Photo La rédactionJoel Meyerowitz – Early Works / Arles 2017.

La Vuelta - États des lieux de la photographie colombienne (7)

C'est la chapelle Saint-Martin du Méjan, située non loin de l'accueil du festival, qui a été choisie pour accueillir les œuvres des 28 photographes et artistes permettant aux Rencontres de dresser un état des lieux de la photographie colombienne. Appartenant aussi bien au genre de la photographie traditionnelle qu'à une pratique plus conceptuelle et expérimentale, ces 28 artistes ont en commun d'être nés durant la seconde moitié du 20e siècle et d'aborder des problématiques contemporaines liées à l'histoire de leur pays.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition La Vuelta : Edwin Sánchez. Photo La rédactionEdwin Sánchez – La Vuelta / Arles 2017.

Si le conflit armé qui a rythmé les 60 dernières années du pays, et le trafic de drogue qu'il a alimenté, tiennent une place prépondérante dans l'exposition, on y trouve également des thématiques abordant la féminité et les stéréotypes de genre, la sexualité, l'architecture et la structuration de l'espace urbain, la notion d'identité à l'époque du selfie ou encore les parties génitales "extrêmement complexes" des insectes... Variée dans ses formes et dans les sujets abordés, La Vuelta n'en parvient pas moins — en alternant humour et gravité — à conserver une certaine homogénéité et à renseigner le spectateur sur les problématiques modernes d'une culture peu connue dans nos contrées.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition La Vuelta : Juan Pablo Echeverri. Photo La rédactionJuan Pablo Echeverri – La Vuelta / Arles 2017.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition La Vuelta : Karen Paulina Biswell. Photo La rédactionKaren Paulina Biswell – La Vuelta / Arles 2017.

Gideon Mendel - Un monde qui se noie (20)

Si vous venez à Arles par le train, les clichés de Gideon Mendel, exposés à quelques foulées de la gare, sont à voir à votre arrivée où à votre départ. L'ancienne zone de fret, rebaptisée pour l'occasion "Ground Control", renferme deux expositions, Un monde qui se noie étant la plus accessible. Plus accessible, car plus universelle. Que le photographe soit au Royaume-Uni ou en Inde, le regard de ces naufragés semble le même. Un regard perdu, hébété et comme égaré dans le chaos qui les entoure.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Gideon Mendel - Un monde qui se noie. Photo La rédactionGideon Mendel - Un monde qui se noie / Arles 2017

Gideon Mendel parcourt le monde Rolleiflex en main pour capturer les premiers instants de désespoir et rappeler l'impuissance des humains face aux colères de mère Nature. Pour le photographe qui a exposé ses clichés juste avant la COP21 à Paris, c'est également une voie à explorer pour sensibiliser le public au réchauffement climatique et ses conséquences. Une voie intime, inattendue, mais parlante.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Gideon Mendel - Un monde qui se noie. Photo La rédactionGideon Mendel - Un monde qui se noie / Arles 2017

La seconde partie de l'exposition, "Traces d'eau", montre les photos abîmées, détruites, les portraits défigurés à jamais, retrouvés dans les différentes maisons autour du globe. Autant de stigmates qui montrent combien nous sommes vulnérables.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Gideon Mendel - Un monde qui se noie. Photo La rédactionGideon Mendel - Un monde qui se noie / Arles 2017

Hasselblad – Philippe Echaroux

Niché entre la rue des Arènes et la rue Robert Doisneau, ne manquez pas le superbe studio dans lequel Hasselblad vous propose à la fois d'essayer et d'emprunter le (encore un peu) nouveau X1D et de découvrir le travail du photographe (et ambassadeur) Philippe Echaroux connu, entres autres, pour ses installations de projections dans les rues de Marseille. Il ne sera présent que ce jour.

Vue de l'entrée du studio Hasselblad, en marge des Rencontres de la photographie Arles 2017. Photo La rédaction

Profitez-en pour découvrir, quand vous remontez la rue des Arènes en direction de l'ENSP, les collages de William Gaye sur le démantèlement de la jungle de Calais. Les collages sont cette année encore plus rares que lors de précédentes éditions et sans doute encore plus éphémères. Dépêchez-vous !

Collages de William Gaye sur le démantèlement de la jungle de Calais, en marge des Rencontres de la photographie Arles 2017. Photo La rédaction

Levitt France – Une utopie pavillonnaire (24)

La diversité des expositions est la grande richesse des Rencontres d'Arles. Ainsi, en visitant les expositions de l'Atelier électrique (voir notre carnet de bord, jour 1), vous découvrirez à la fois le travail de Mathieu Asselin sur Monsanto, mais aussi des rebelles suisses (Karlheinz Weinberger) et un projet photo autour de l'arrivée des pavillons Levitt en France dans les années 1970.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Levitt France - Une utopie pavillonnaire. Photo La rédactionLevitt France - Une utopie pavillonnaire / Arles 2017.

Sous la houlette Béatrice Andrieux, commissaire de l'exposition, les 5 photographes Julie Balagué, Bruno Fontana, Vincent Fillon, Camille Richer et Fanny Taillandier nous présentent leur regard sur ce phénomène venu tout droit des USA. Entre une uniformisation qui rassure tout autant qu'elle effraye, les photographes nous interrogent sur la porosité entre cette utopie américaine et la société française.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Levitt France - Une utopie pavillonnaire. Photo La rédactionLevitt France - Une utopie pavillonnaire / Arles 2017.

Symbole d’avenir ou de cauchemar, c'est selon le point de vue. Le lancement de ces maisons standardisées est le symbole de toute une génération à la recherche du bien-être individuel dans une démarche collective.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Vue de l'exposition Levitt France - Une utopie pavillonnaire. Photo La rédactionLevitt France - Une utopie pavillonnaire / Arles 2017

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Renaud Labracherie

Rédacteur en chef de Focus Numérique. Grand évangéliste du RAW. Ses publications 

Arthur Azoulay

Spécialiste des optiques et rédacteur en chef adjoint de Focus Numérique. La photo est pour lui une obsession. Ses publications 

Paul Nicoué

Rédacteur polymorphe. Chantre occasionnel de la photophonie, grand chambellan des accessoires photo et chevalier de l’ordre du degré Kelvin. Ses publications 

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