Deuxième jour en Arles. Les mollets commencent à tirer et les coups de soleil à se faire sentir. Après la découverte des Ateliers hier, nous sillonnons aujourd'hui le centre-ville qui regorge d'expositions In et Off. Au programme, la Maison des peintres, Iran année 38, les Diaologues photographiques d'Olympus, la Fondation Manuel Rivera-Ortiz...

La Maison des peintres : the place to be and to see

En raison de la réquisition des Ateliers par la fondation Luma, les Rencontres doivent trouver de nouveaux lieux d'exposition (deux cette année) et la Maison des peintres est l'un d'eux. Elle se trouve sur le boulevard Emile Combes, qui longe les remparts en direction de la gare. Ce nouvel espace, atypique à plus d'un titre, accueille trois des expositions qu'il ne faut absolument pas rater cette année.

Le travail remarquable du photographe Mathieu Pernot sur Les Gorgan en fait partie. Il a suivi pendant plus de 20 ans toute une famille rom de la cité arlésienne, les Gorgan, et présente dans cette exposition une petite sélection des images issues de son travail. Pour chaque membre de la famille, il dédie un panneau et nous raconte leur histoire. Nous reviendrons évidemment en détail sur cette exposition au cours de l'été.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Mathieu Pernot - Les Gorgan. Photo La rédaction Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Mathieu Pernot - Les Gorgan. Photo La rédaction

On peut également citer Road to Death de Christophe Rihet. Son projet a consisté à référencer les lieux où 27 célébrités (en grande partie américaines et européennes) ont trouvé la mort dans un accident de voiture ou de moto. C'est le fait d'être passé là où James Dean s'était tué qui lui a en quelque sorte donné le virus. Il en résulte une très belle série de 27 paysages ou "roadscapes", comme il aime le dire, réalisés à la chambre. Ce qui frappe dans ce travail, c'est la contradiction entre la relative douceur des images et des scènes photographiées face à la violence des légendes qui retracent avec détail les circonstances tragiques de l'accident.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Christophe Rihet - Road to Death. Photo La rédaction

Enfin, faites un tour dans la maison "creepy, creepy" de Roger Ballen, The House of the Ballenesque (en évitant si possible d'y emmener des enfants). Le photographe a réalisé une installation impressionnante et dérangeante dans la fameuse maison du peintre qu'il a découverte par hasard, quelques années auparavant. Après quelques recherches, il s'est rendu compte que cette maison renfermait beaucoup de mystères et nourrissait beaucoup de fantasmes alentour.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Roger Ballen - The House of the Ballenesque. Photo La rédaction
Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Roger Ballen - The House of the Ballenesque. Photo La rédaction

Iran, année 38

En 2017, la révolution islamique a 38 ans et l'exposition qui retrace toutes ces années d'errements est l'une des plus courues de ces Rencontres 2017. À peine quelques pas faits à l'intérieur de l'église Sainte-Anne, vous êtes "accueilli" par cette femme en tchador et armée. Le ton est donné. Nous sommes en 1977 et les manifestations contre le Shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, laissent place en 1979 à la République islamique d'Iran menée par l'ayatollah Khomeiny. D'une dictature où la liberté d'expression n'avait pas sa place à un régime islamique tout aussi peu enclin à l'ouverture...

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Iran, année 38. Photo La rédactionIran, année 38 - exposition collective / Arles 2017

Iran, année 38 présente le travail de 66 photographes iraniens qui dressent un panorama complet de l'Iran contemporain. Entre l'héritage séculaire de la civilisation perse et la révolution islamique, le pays et les habitants se cherchent. Déchirés entre la modernité et les modes de vie prescrits par le pouvoir, les Iraniens sont en quête d'identité et les photographes interrogent aussi bien les habitants des cités que les peuples oubliés ou les marginaux. La photographie porte un regard critique sur une société parfois déroutante qui vient assister, portable en main, à des exécutions publiques.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Iran, année 38. Photo La rédactionIran, année 38 - exposition collective / Arles 2017

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Iran, année 38. Photo La rédactionIran, année 38 - exposition collective / Arles 2017

Depuis les années 1980, les Iraniens sont également confrontés à la guerre et aux problèmes environnementaux : sécheresse, déforestation sont autant d'enjeux majeurs pour assurer un avenir au pays.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Iran, année 38. Photo La rédactionIran, année 38 - exposition collective / Arles 2017

Rencontres de la photographie Arles 2017, Exposition Iran, année 38. Photo La rédactionIran, année 38 - exposition collective / Arles 2017

Olympus - Guillaume Herbaut et Alex Majoli

Depuis maintenant deux ans, Olympus a trouvé place au palais de Luppé, à côté des arènes. Vous pourrez naturellement découvrir les dernières nouveautés de la marque, poser toutes vos questions et emprunter, contre une carte d'identité, le dernier E-M1 Mark II pour en découvrir tout le potentiel dans les rues arlésiennes.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Antenne OlympusL'équipe d'Olympus France, prête à répondre à toutes vos questions.

Profitez de votre passage pour découvrir la "Conversation photographique" entre le photographe Guillaume Herbaut et l'étudiante Éléonore Lubna.

Et ne manquez pas de pousser le rideau dans le seconde salle pour découvrir la très belle installation du photographe italien Alex Majoli, membre de l'agence Magnum, qui s'interroge et interroge sur la réalité. Avec une mise en scène contrôlée (éclairage frontal au flash), Majoli joue sur la théâtralité de ses images pour conter des situations bien réelles, liées aux problématiques qui touchent actuellement l'Europe dont la montée des mouvements extrémistes, le flux migratoire et l'accueil des nouveaux arrivants.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Carte blanche Olympus à Alex Majoli. Photo La rédactionCarte blanche Olympus à Alex Majoli - Titanic / Arles 2017

Léa Lund & Erik K.

À l'angle des rues Robert Doisneau et du 4 Septembre se niche une galerie éphémère tenue par un couple radieux : Léa et Erik. La première est photographe, le second est LE modèle. Depuis sa rencontre avec Erik K. en 2011, Léa n'a de cesse que de le photographier, ce qui l’'amène à réunir enfin la gravure, le dessin et la photographie pour proposer un large éventail de réalisations. Un étonnant temple "à la gloire d'Erik" à découvrir pendant votre séjour en Arles.

Rencontres de la photographie Arles 2017, Lea Lund et Erik K. Photo La rédactionLéa & Erik / Arles 2017

La fondation Manuel Rivera-Ortiz - The Arles Doc'House #1

Si les expositions de la fondation Manuel Rivera-Ortiz ne font pas partie de la programmation officielle des Rencontres de la Photographie, l'établissement, situé à deux pas de la place de la République, vit bel et bien au rythme du festival. Du 3 juillet au 24 septembre se tient ainsi The Arles Doc'House #1, événement rassemblant les œuvres d'une quinzaine de photographes.

Le rez-de-chaussée du bâtiment présente le travail des photographes Enri Canaj, Ismail Ferdous et Tony Gentle, soit 3 regards documentaires et complémentaires sur notre monde et ses dérives. À travers un court film et une série d'images noir et blanc baptisée "The wind cries war", le premier nous emmène sur les chemins de l'exil d'une partie du peuple syrien. L'exposition propose ensuite quelques photographies d'Ismail Ferdous, photographe bangladais qui est parvenu à documenter les cicatrices laissées par l'effondrement du Rana Plaza, bâtiment qui hébergeait plusieurs ateliers de confection travaillant pour des marques internationales de vêtements. Enfin "The war: a sicilian story", la dernière série d'images visible au rez-de-chaussée et présentée en partenariat avec le festival Photolux, nous plonge dans le Palerme des années 1980. Alors jeune photographe pour un quotidien local, Tony Gentle photographie un territoire ravagé par la guerre entre l'État et la mafia.

Exposition Enri Canaj - Fondation Manuel Rivera-Ortiz (Arles). Photo La rédactionEnri Canaj - Fondation Manuel Rivera-Ortiz.

Exposition Ismail Ferdous - Fondation Manuel Rivera-Ortiz (Arles). Photo La rédactionIsmail Ferdous - Fondation Manuel Rivera-Ortiz.

Par ailleurs, après avoir investi, à Paris, le Mois de la photo-OFF, Fotofever arrive à Arles avec un tout nouveau partenariat avec la fondation Manuel Rievra-Ortiz. L'objectif reste le même : faire découvrir de nouveaux talents et initier à la collection un nombre croissant d’amateurs de photographie. Les œuvres de 10 photographes dialoguent ainsi d'un mur à l'autre du premier étage de la fondation. Chacune, tirée à moins d'une trentaine d'exemplaires, tente de faire de l'œil au visiteur pour trouver acquéreur. Et si Fotofever souhaite ici nous vendre une photographie documentaire d'avant-garde, force est d'avouer que les regards des 10 artistes exposés diffèrent grandement par leur approche et leur qualité.

Fotofever, David Nicolas Parel, Fondation Manuel Rivera-Ortiz (Arles). Photo La rédactionDavid Nicolas Parel - Fondation Manuel Rivera-Ortiz.

Piotr Zbierski, David Nicolas Parel, Fondation Manuel Rivera-Ortiz (Arles). Photo La rédactionPiotr Zbierski - Fondation Manuel Rivera-Ortiz.

Seule partie de la Fondation dont l'accès est payant, le dernier étage héberge quant à lui l'exposition "Piaf, la môme du XXe" constituée de 100 clichés issus de la collection privée Mazillier-Berrot. Sans être inintéressante d'un point de vue historique, cette dernière partie manque terriblement d'un véritable discours et trouve difficilement sa place dans le contexte des Rencontres de la Photographie.

Exposition Piaf, Fondation Manuel Rivera-Ortiz (Arles). Photo La rédaction"Piaf, la môme du XXe" - Fondation Manuel Rivera-Ortiz.

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